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Equipe de France: pourquoi le Kazakhstan, adversaire des Bleus samedi, ne décolle pas

Proche de décrocher son billet pour la prochaine Coupe du monde 2022, l'équipe de France accueille samedi soir le Kazakhstan (20h45). Une sélection qui n'a plus gagné depuis plus d'un an et qui peine à progresser. Tentatives d'explications.

Quatorze matchs de suite sans goûter à la victoire. Non, on ne parle pas ici de la terrible série noire de Saint-Etienne, qui y a mis fin en venant à bout de Clermont (3-2) le week-end dernier. Ce funeste bilan, c’est celui du Kazakhstan, adversaire des Bleus samedi soir au Parc des Princes (20h45), dans le cadre des qualifications pour la Coupe du monde 2022. A l’aller en mars, dans le froid de Noursoultan et sur le synthétique de l’Astana Arena, les champions du monde avaient assuré l’essentiel avec un succès 2-0, malgré un penalty raté par Kylian Mbappé. A Paris, une victoire serait synonyme de billet pour le Qatar pour les hommes de Didier Deschamps, qui a appelé son groupe à ne "pas avoir de crainte" mais à "respecter l'adversaire".

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S’il ne fallait pas s’attendre à l’entendre dire autre chose, le sélectionneur français sait que ces Kazakhs n’ont rien de redoutable. Leur dernier succès remonte au 4 septembre 2020 (2-0 en Lituanie), ils n’ont grappillé que trois points dans leur groupe de qualification pour le prochain Mondial et les voilà aujourd’hui coincés à la 125e place au classement Fifa. Entre le Guatemala et la Guinée Equatoriale. En poste depuis 2020, Talgat Baysufinov s’appuie en grande partie sur des joueurs évoluant dans le championnat local. Pour beaucoup issus du Tobol Kostanaï, le champion en titre, qui s’est fait sortir cet été dès les tours de qualification de la nouvelle Ligue Europa Conference.

"Les joueurs kazakhs ne s’exportent pas"

"Si on organisait un Kazakhstan-Dijon, par exemple, je miserais sur une victoire difficile de Dijon. Si on fait dix fois ce match, le Kazakhstan peut en gagner deux", confiait en mars à RMC Sport l’ancien milieu de terrain nantais Mathias Coureur, passé par le club de Kaysar Kyzylorda, en première division kazakhe (2017-2019). Si le futsal a trouvé un terreau favorable dans ce pays d'Asie centrale, en témoignent les excellents résultats dans cette discipline du Kairat Almaty sur la scène européenne, le foot est encore à la traîne. "Les joueurs de la sélection sont réalistes. Ils savent qu’ils n’ont pas de grandes chances face aux Bleus. Ce pays a des manques au niveau de ses académies. Les Kazakhs sont de bons joueurs de ballon, mais tactiquement…", glisse Jérémy Manzorro, milieu français du Tobol Kostanaï et invité du podcast de RMC, "After Europe".

Un avis partagé par Damien Feuillie, contributeur pour le site Footballski, spécialisé sur le football de l'Europe de l'Est : "Les spectateurs n’ont aucun espoir pour la sélection, ça n’aide pas trop à créer une émulation autour de l’équipe. Pourquoi le Kazakhstan ne progresse pas ? Parce que les joueurs ne s’exportent pas, le niveau n’est pas très bon au Kazakhstan et les entraîneurs ne sont pas non plus exceptionnels. Il y a surtout des coachs bulgares dans le pays. La formation n’est pas non plus au niveau et il y a peu de public." Il pointe également du doigt la "mentalité des joueurs kazakhs", qui auraient tendance à rester "dans leur zone de confort". "Il y a eu des bons joueurs mais ils n’ont pas passé le "step", comme Bauyrzhan Islamkhan (suspendu depuis décembre 2020 pour dopage, ndlr). Certains vont en Russie pour tenter de s’aguerrir. La star de l’équipe, Baktiyar Zaynutdinov, est partie au CSKA Moscou. Ça commence à s’ouvrir, ils savent que leur progression passe par la Russie", estime-t-il.

Une progression au point mort

Devenu indépendant en 1991 après l'éclatement du bloc soviétique, le Kazakhstan a rejoint la Fifa trois ans plus tard en étant d’abord rattaché à la Confédération asiatique, avant de rejoindre la Confédération européenne en 2002. Au-delà d'une volonté politique de se rapprocher de l'Europe, le but était clair : progresser sportivement. "Notre fédération s'est donnée pour mission de jeter les bases d'un avenir meilleur, expliquait en 2006 le président de la Fédération kazakh de football, Rakhat Aliev. Nous avons franchi le pas. Au sein de l'UEFA, nous sommes confrontés à une concurrence plus forte. Mais dans le sport, vous n’élevez votre niveau qu'en affrontant des adversaires plus coriaces. Si vous gagnez facilement, vous faites un pas en arrière. Le foot européen a des standards élevés et nous voulons les respecter pour devenir meilleurs. Nous avons un programme de développement pour les cinq à dix prochaines années."

Un programme qui n’a pas franchement porté ses fruits puisque le meilleur classement Fifa du Kazakhstan reste une 83e place obtenue en 2016. A côté de ça, toujours pas de qualification pour une phase finale d'une compétition internationale. Mais des motifs d’espoir existent. "Au Kazakhstan, l’Etat est propriétaire des clubs. Et ce sont les gouverneurs des régions qui gèrent leur budget. Ils ont de gros moyens et depuis quelques années, ils veulent développer leur foot, nous assurait Mathias Coureur en début d’année. (…) Ça progresse, même s’il y a encore beaucoup de chemin à faire. Les jeunes kazakhs qui sont en train de percer, c’est pas mal. Ils vont être plus fort que la génération actuelle, à mon avis. Dans une dizaine d’années, ils seront moins ridicules face aux grandes nations."

"Ils ont énormément investi dans certaines villes et des académies ont été construites avec les fonds de l’Etat, confirme Damien Feuillie. Mais la corruption est un problème endémique. C'est un pays riche avec beaucoup d'argent et de ressources naturelles. Sauf que l'argent n'est pas forcément alloué au bon endroit..."

https://twitter.com/rodolpheryo Rodolphe Ryo Journaliste RMC Sport