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Son explosion en Bleu, sa vie en Angleterre, l'OM... Payet a tout dit dans Team Duga

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Invité exceptionnel de Team Duga ce lundi sur RMC, Dimitri Payet est revenu sur l’équipe de France, l’OM, ainsi que son avenir. Il espère rejouer la Ligue des champions au plus vite, et ne ferme pas complètement la porte à un retour à Marseille à moyen terme.

SON ANNEE EN BLEU

Quelle est votre sentiment sur cette année qui vient de s’écouler ?

C’était une année chargée. Je pense que c’est plutôt une bonne année pour moi. A une victoire près, elle aurait été magnifique, mais l’expérience de l’Euro a été belle, enrichissante, et j’en garde un très bon souvenir.

Vous continuez à penser à la finale perdue ?

On est obligé de passer à autre chose, mais on n’oublie pas, on vit avec. Il y a quelques flashes qui reviennent de temps en temps sur certaines actions mais malheureusement il faut faire avec.

Qu’est-ce qu’il vous a manqué dans cette finale ?

Honnêtement, sans trouver d’excuse, il nous a manqué un petit brin de fraîcheur. Le match de l’Allemagne en demi-finale nous a fait mal. Et il nous a manqué aussi ce brin de réussite, avec le poteau de Gignac.

On vous a vu en larmes après votre but contre la Roumanie. Pouvez-vous nous expliquer cette émotion ?

Quelques mois auparavant, je me blesse assez gravement (trois mois d’absence après une blessure à la cheville, ndlr) et je ne faisais plus partie de la sélection, donc être à l’Euro, c’était exceptionnel, être titulaire au premier match, c’était encore meilleur, et marquer ce but, vu son importance, toute cette pression qui est sorti d’un coup, ça s’est traduit avec des larmes. C’était aussi un soulagement de montrer que j’étais capable de le faire.

Votre statut en équipe de France a beaucoup changé…

J’ai vécu des périodes où je venais en sélection sans jouer, et quand je jouais je n’étais pas au niveau. Il y a eu ce déclic avec le coach. Une discussion très brève où on s’est dit ce qu’on avait besoin d’entendre et ensuite il y a eu les matches du mois de mars (victoires 3-2 aux Pays-Bas et 4-2 contre la Russie avec un excellent Payet) qui ont lancé tout ce qui s’est passé après.

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On vous a senti un peu moins bien en fin d’Euro. Vous étiez moins bien physiquement ?

C’était ma première grande compétition internationale. Plus la compétition avançait et plus je bouffais de l’énergie et du jus avant les matches et je pense que ça a dû jouer sur mes performances.

Que répondez-vous à eux qui vous accusent de n’être pas assez décisifs dans les gros matches ?

Durant cette année en Angleterre, on joue tous les trois matches contre de grosses équipes européennes, et on voit que j’ai fait des bons matches contre des grosses équipes. Mais c’est vrai que j’ai encore une marge de progression là-dessus. Je travaille pour faire en sorte de répondre présent dans ces moments-là.

Vous avez beaucoup travaillé physiquement notamment…

Je l’ai vécu pendant cet Euro, au niveau international, il n’y a plus de petites nations, il n’y a plus de 6-0 ou 8-0 comme à ton époque Duga où c’était plus facile d’être champion du monde (rires). En Angleterre, si tu n’es pas présent physiquement si tu n’es pas constant dans les efforts et si tu n’es pas costaud, tu n’existes pas dans n’importe quel match qui se joue le week-end. Ça m’a rapproché du niveau international et ça m’a aidé pour l’équipe de France.

Pensez-vous que la finale de l’Euro aurait dû se jouer au Vélodrome ?

Si on avait joué la demi-finale ailleurs qu’au Vélodrome, peut-être que ça ne serait pas passé. Par contre, on commence à avoir un public au Stade de France qui joue son rôle de douzième homme. Peut-être aussi qu’à Marseille, en finale, le poteau de Gignac aurait été rentrant.

C’est vrai que vous interdisez à vos enfants de prononcer le nom de Ronaldo ?

La seule chose que je peux lui reprocher, c’est d’avoir soulevé le trophée à notre place. Je n’ai rien contre lui évidemment. Je pense aussi que la polémique est partie de ce fait de match où il s’est blessé après un contact avec moi. Mes enfants ont l’âge d’adorer Ronaldo, Messi ou encore Neymar. Bien évidemment, ce sont les meilleurs joueurs du monde donc je ne vois pas pourquoi je l’interdirais à mon fils. C’était sur le ton de la plaisanterie mais, aujourd’hui, on est tellement dans ce buzz où il faut faire des articles, faire monter la sauce. C’est malheureux et il faut faire attention. Pour moi, il n’y avait pas de polémique. Peut-être que j’ai reçu des menaces de mort de la part de Portugais sur les réseaux sociaux (rires).

L'OM ET BIELSA

Vous avez pris une nouvelle dimension après votre départ de Marseille. Comment le vivez-vous ?

Je le vis très bien, c’est très naturel. Tout est parti de la saison que j’ai faite avec Marcelo Bielsa. Quand on a réussi son passage à l’OM, on peut aller jouer n’importe où. A West Ham, c’était presque trop tranquille. Je suis arrivé sur la pointe des pieds, personne ne me connaissait. Je n’avais pas de pression plus que ça, personne ne m’attendait. J’ai pu travailler sereinement, et après c’est vrai que le coach m’a confié les clés tout de suite, avec toute sa confiance.

Racontez-nous votre année avec Marcelo Bielsa

Lui il m’a fait des choses que personne ne m’avait faites (rires). Tout est parti de là. Le premier jour, il m’a dit "toi je ne vais pas te lâcher". Et je l’ai vu, quand j’ai relâché une fois, il ne m’a pas pris dans le groupe et il m’a envoyé en vacances. Il a compris ce qu’il me fallait, et il l’a fait sans être trop dur, en étant toujours juste. En partant de Marseille, j’ai gardé ce quotidien.

Pourquoi avez-vous attendu Bielsa pour travailler votre régularité, alors que vous deviez savoir que c’est ce qui vous manquait…

Le fait de savoir, sans prétention aucune, qu’en L1, peu importe le club, on jouera… Je pense que c’est arrivé au moment où je voulais aller plus loin en sélection. Je savais qu’en étant toujours à ce niveau-là, je n’avais aucune chance. J’allais en sélection, mais je jouais des bouts de match, sans être dans le rôle dans lequel je suis aujourd’hui. L’arrivée de Marcelo a coïncidé avec ce que je voulais moi. C’est arrivé au même moment et j’ai eu la chance de tomber sur lui. C’est ce qui a lancé le reste.

Vous servez-vous des enseignements de Marcelo Bielsa ?

Oui je m’en sers. Je dose. Avec lui, même si tu gagnais 4-0 à la 75e il fallait presser. Maintenant je fais la même chose en gérant si je vois qu’on peut souffler un peu selon le match, même 15 minutes, ça fait du bien. Je me sers toujours des conseils de Christophe Galtier, de Rudi Garcia, de mes anciens coaches parce que j’ai toujours eu une relation particulière avec eux. Bout à bout chaque coach m’a amené quelque chose et m’a permis d’être là où je suis aujourd’hui.

Verriez-vous Marcelo Bielsa entraîner à Lille ?

Je le vois entraîner partout.

Etait-il avec vous comme il était avec les médias, avec une image assez austère ?

Non. Il avait une barrière aussi. Déjà de la langue, il avait un traducteur. Je soupçonne qu’il parlait mais qu’il voulait garder cette barrière joueur-entraîneur. Mais quand le traducteur traduisait mal, il lui disait « je n’ai pas dit ça ». Je pense que secrètement il comprenait mais il voulait garder cette barrière. Il n’était pas dans l’affectif. Il traitait tout le monde de la même façon.

Il vous faisait peur ?

Pas peur, mais on savait que c’était quelqu’un capable de prendre des décisions fortes. Je suis bien placé pour le savoir. Quand tu sais ça… Qui s’y frotte s’y pique.

Vous gardez beaucoup de souvenirs de l’OM ?

Des souvenirs, des contacts. Le plus gros souvenir que j’ai c’est ce Classico avec un point d’écart entre Paris et nous (octobre 2013, 2-1 pour le PSG). La semaine avant c’était une folie, le stade était une folie, le tifo était exceptionnel, c’est l’image qui me reste de Marseille, et je pense que le Vélodrome doit être comme ça tous les jours. Jouer un Classico comme ça, c’était magnifique.

Continuez-vous de suivre les matches de l’OM ?

Je regarde un peu plus maintenant avec un nouveau projet en cours et un coach que je connais très bien qui est aux commandes. On voit tout de suite que les résultats sont de retour, c’est bien. Marseille doit avoir un rôle important en L1. Les trois de devant sont plus costauds que Marseille cette année, mais j’ai l’impression que le club est sur la bonne voie pour retrouver son standing.

WET HAM ET LA SUITE

Pourquoi ce début de saison si difficile avec West Ham (13e à 5 points du premier relégable) ?

Tu es déjà venu à l’ancien stade ? C’était un traquenard. Tu arrives là-bas, tu prends un but, tu ne sais pas d’où il vient, tu es obligé de jouer et tu en prends un deuxième. Sauf que le nouveau stade est moderne, c’est un grand stade de tout grand club, et les équipes sont plutôt à l’aise dans ce stade-là. L’année dernière à Upton Park, je crois qu’il n’y a pas un des cinq premiers qui est venu gagner chez nous. Il y a ce nouveau stade à digérer et la saison dernière qu’on doit assumer. Les équipes nous attendent, il n’y a plus l’effet de surprise. Quand on a loupé les deux premiers mois, pour remonter dans le championnat anglais, c’est compliqué. Là on a pris sept points en trois matches, j’espère que ça va nous donner un peu plus de confiance pour être plus sereins. Le contenu n’est pas très bon, mais quand on est dans cette situation, on le laisse un peu de côté, on essaie surtout de prendre des points.

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Votre objectif est d’atteindre la quatrième place ?

Ça va être compliqué, vu le rythme devant. Si on arrive à se situer dans la première partie de tableau comme l’année dernière (7e), ce serait déjà bien.

Comment vous sentez-vous actuellement à West Ham ?

La situation de mon club m’affecte mais je suis quelqu’un d’ambitieux. La Ligue des champions me manque, je ne ferme la porte à rien. Je suis dans un combat avec mon club et je donne tout pour lui, pour sortir de cette situation sportive difficile, mais je ne ferme la porte à rien. J’ai de belles années devant moi et j’ai envie d’en profiter pour jouer des choses importantes.

Comment voyez-vous la suite ? Dilemme en vue ?

Dilemme, oui et non. Avec mon club, on est en train d’essayer de se sortir d’une situation difficile. Si je suis amené à quitter West Ham, ce sera fait dans les règles, et le club aura sa part du gâteau. Mon coach comprend que la situation d’aujourd’hui ne me convient pas. Mais je ne m’arrête pas là, je continue de travailler. Ça fait partie du métier d’être dans des situations où c’est plus dur, il faut passer au-dessus et faire ce qu’il faut pour relever la tête. Je me poserai les questions au bon moment.

Arsène Wenger a dit que vous étiez la pièce manquante au jeu d’Arsenal, qu’est-ce que cela vous fait ?

Il vous l’a dit ou vous l’avez lu ? (rires) Moi je l’ai lu aussi, mais il ne me l’a pas dit. On en a pris cinq ou six à la maison contre eux (1-5). Quand on les voit jouer, en tant que joueur de ballon, on ne peut que s’amuser dans cette équipe. Ils sont candidats au titre tous les ans…

L’important pour vous, c’est de jouer la Ligue des champions la saison prochaine ?

Tout joueur a envie de jouer la Ligue des champions, ou au moins une Coupe d’Europe. La Ligue Europa devient une compétition relevée quand on a passé les poules. L’Europe me manque, je ne peux pas le nier, d’autant plus après cet Euro où on a connu des trucs exceptionnels. C’est tellement beau… C’est pour ça qu’en équipe de France tout de suite après l’Euro le groupe est en mode « gagner ». On est focus sur 2018, le groupe a faim.

On ne vous reverra plus en France ?

Je ne ferme la porte à rien (sourire). Marseille a un nouveau projet qui me semble intéressant. Bien évidemment on est dans l’attente des premiers faits des nouveaux propriétaires. Tout le monde connaît mon attachement à ce club, j’en dis le plus grand bien, donc pourquoi pas.

Team Duga