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Euro 2020: la seconde jeunesse de Keserü, devenu une machine à marquer en Bulgarie

C'est un nom qui parle surtout aux amoureux du FC Nantes et des belles pattes gauches. Ancien chouchou de la Beaujoire, Claudiu Keserü s’éclate depuis quatre ans en Bulgarie, du côté de Ludogorets. Auteur d’une vingtaine de buts chaque saison, il est également l’un des éléments importants de la sélection roumaine, qui défiera samedi les îles Féroé (18h) dans le cadre des éliminatoires de l’Euro 2020.

Quel est le point commun entre Claudiu Keserü et Cristiano Ronaldo? Il n’a pas cinq Ballons d’or dans son armoire à trophées, pas plus que cinq Ligues des champions, mais Keserü partage avec Ronaldo la même faculté à empiler les pions depuis le début des éliminatoires de l’Euro 2020. Si l’Israélien Eran Zahavi occupe pour l’instant la tête du classement des buteurs avec ses neuf pions inscrits, Keserü et Ronaldo ne sont pas si loin avec chacun cinq réalisations. Contrairement au capitaine de la sélection portugaise, le Roumain peut en plus se targuer d’avoir distillé deux passes décisives. Et le déplacement sur le terrain des îles Féroé, samedi (18h), pourrait lui donner l’occasion de gonfler un peu plus ses statistiques, d’autant que sa forme est optimale en ce moment. Comme, globalement, depuis cinq ans. Car si vous vous avez perdu de vue Keserü lorsqu’il a quitté Bastia en janvier 2014, sachez qu’il s’éclate aujourd’hui en Bulgarie.

Arrivé à Ludogorets à l’été 2015 après des piges en Roumanie (Steaua Bucarest) et à Doha (Al-Gharafa), l’ancien chouchou de la Beaujoire n’a jamais semblé aussi performant depuis qu’il a mis le cap sur Razgrad, au nord-est de la Bulgarie. Il suffit de regarder ses chiffres pour s’en convaincre: 15 buts toutes compétitions confondues pour sa première saison, 30 en 2016-2017, 28 en 2017-2018 et 24 lors du dernier exercice. En 181 matchs disputés avec Ludogorets, il facture 108 buts et 30 passes décisives. Pas mal pour un attaquant recruté pour un petit million d’euros. Bien sûr, certains rappelleront à juste titre que le niveau de la Parva Liga n’est pas franchement similaire à celui des plus grands championnats européens et qu’il convient donc de relativiser les performances de Keserü, qui fêtera ses 33 ans le 2 décembre prochain. Certes. Mais il a également prouvé en début de saison qu’il avait par exemple le niveau pour briller en Ligue Europa. Le CSKA Moscou peut en témoigner.

Un triplé en Ligue Europa

Le 19 septembre dernier, Igor Akinfeev et ses coéquipiers ont sombré sur la pelouse de Ludogorets (5-1), encaissant au passage un triplé de Keserü. Un premier but du gauche sur une lumineuse volée sans contrôle, un deuxième d’un tir croisé imparable dans la surface et un troisième en force sur penalty. Leader de son groupe devant l’Espanyol Barcelone, avec deux victoires lors de ses deux premiers matchs, Ludogorets est bien parti pour atteindre les seizièmes de finale d’une compétition qui permet à Keserü de se rappeler aux bons souvenirs de ceux qui n’avait pas suivi sa trajectoire depuis son départ de France, où il a connu le FC Nantes, le SCO d’Angers et le Sporting Club de Bastia. C’est d’abord sur les bords de l’Erdre, en 2003, que Keserü avait posé ses valises, à l’âge de 16 ans. Au regard de sa nationalité et de son poste, certains supporters nantais voulaient alors voir en lui le successeur de Viorel Moldovan. Mais la marche était trop haute pour l’ancien du Bihor Oradea, doté d'une belle qualité de frappe mais rapidement rattrapé par ses lacunes athlétiques et son manque de vitesse.

Sans parvenir à marcher dans les pas de son illustre compatriote, Keserü aura tout de même séduit la Beaujoire par son insouciance, sa générosité et la précision de sa patte gauche. Parmi ses 16 buts inscrits sous le maillot jaune et vert, on retiendra surtout ce lob plein de sang-froid réussi un soir de derby en 2005 face au rival rennais pour sa première titularisation ou ses coups francs direct claqués contre Lille et Troyes. Après un peu moins d’une centaine de matchs, entrecoupés de plusieurs prêts, Keserü quitta Nantes en 2010 pour rejoindre Angers, avant de tenter sa chance en Corse. C’est là-bas qu’il rencontra le plus de difficultés: dix-huit matchs, un petit but et un contrat résilié sept mois après son arrivée. "La Ligue 1, c’était compliqué pour lui, pas parce qu’il n’avait pas le niveau, il l’avait selon moi, mais parce qu’il n’enchaînait pas assez les matchs: un coup titulaire, un coup sur le banc, quelques minutes par-ci par-là, c’est pas suffisant pour un attaquant comme lui qui marche à la confiance et à l’affectif ", racontait en 2006 à So Foot le milieu de terrain Ricardo Faty, qui l’a connu à Nantes en 2008-2009.

Alors qu’on pouvait le penser sur le déclin à la fin de son aventure bastiaise, Keserü a eu la bonne idée de répondre à l’appel du Steaua Bucarest, avant de s’offrir un court passage doré à Al-Gharafa, puis de se relancer véritablement à Ludogorets. Avec, en parallèle, des convocations toujours régulières en équipe nationale. Buteur à 12 reprises en 36 sélections, il doit toutefois faire face à un nouveau défi ces derniers mois: gérer la concurrence à son poste du joyau George Puscas, 23 ans, qui s'est illustré l'été dernier lors de l'Euro U21. Mais la Roumanie aura sans doute besoin d'associer les deux pour espérer se qualifier pour l'Euro 2020. Après six matchs, l'équipe de Cosmin Contra occupe la troisième place de son groupe derrière la Suède et l'Espagne, alors que seules les deux premières nations seront qualifiées.

dossier :

Euro 2021

Rodolphe Ryo