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Manu Petit: "On a oublié la notion d'équipe"

Champion du monde 98 et chgampion d'Europe 2000, Emmanuel Petit dresse pour RMC Sport un constat d'echec sans concession pour les Bleus sur leur Euro 2021.

Cette compétition, c’est un échec incontestable pour les Bleus. Après avoir été extrêmement emballé après le match d’ouverture face à l’Allemagne, j’ai vu le niveau de jeu des Bleus se déliter, match après match de façon incompréhensible, jusqu’à se prendre un mur dans un match France-Suisse complètement surréaliste.

Un des principaux responsables, c’est Didier, malheureusement pour lui, parce qu’il a souvent été inspiré ces dernières années avec l’équipe de France, mais là on peut dire qu’il ne l’a pas été du tout durant cet Euro. A la fois dans son onze titulaire, dans ses remaniements tactiques perpétuels, dans des schémas qui ont posé plus de problèmes à ses propres joueurs qu’à l’adversaire.

L'erreur de Didier Deschamps

Et puis en terme également de gestion de groupe. Pour une fois qu’on avait une liste de 26 joueurs, on s’aperçoit qu’il serait parti avec une liste de 15 joueurs, c’était pareil. DD et son staff se sont trompés dans les grandes largeurs. On a eu l’impression qu’à aucun moment ils ne contrôlaient les événements, mais qu’au contraire, ils les subissaient. Moi, j’attendais beaucoup mieux des champions du monde. J’attendais la confirmation de ce qu’on avait entrevu ces dernières années, avec une montée en puissance depuis la prise de fonction de Didier. On peut trouver des circonstances atténuantes, le covid et la saison particulière bien sûr, mais à partir du moment où tu sors premier de la « poule de la mort », j’avais l’impression que derrière, sur des matchs à élimination directe, l’équipe de France allait montrer son potentiel, et finalement ça a été complètement l’inverse.

Le seul match où l’équipe de France a semblé en maitrise face aux événements, c’était contre l’Allemagne, même si elle a beaucoup subi. On sentait au moins qu’il y avait une force collective qui se dégageait, une assise défensive… on avait retrouvé la défense qui avait fait notre force en 2018. Mais Didier a failli. Certes, il y a des déceptions individuelles, mais l’erreur est avant tout celle du management. Quand t’es champion du monde… je ne dis pas que de temps en temps, il ne faut pas s’adapter à l’adversaire, mais je trouve que c’est plutôt l’adversaire qui devrait se soucier à chaque fois de la qualité des Bleus. Et là, avec ces tâtonnements permanents, j’ai l’impression qu’on donnait le bâton pour se faire battre.

La Suisse, le Danemark, l’Ukraine, Ils n’ont pas les individualités qu’on a, mais ils ont une équipe

La gestion des hommes, c’était pourtant la grande force de Didier Deschamps, et là ça l’a entraîné au fond. Je l’ai senti venir, même si c’est facile à dire maintenant. J’en avais parlé sur RMC au début de la compétition. Ça me fatiguait d’entendre toujours parler de ce trident offensif « que le monde entier nous envie », alors qu’ils n’avaient pas fait leurs preuves ensemble tous les trois. Je n’ai pas souvenir qu’on mettait à chaque fois des individualités devant l’équipe, même à notre époque, et il y avait quand même Zizou, excusez du peu. Zizou, c’était notre maitre à jouer, notre dépositaire de jeu, la référence technique, mais on a gagné une partie des matchs de coupe du monde sans lui. Même si c’était Zizou, c’était un joueur de plus dans l’équipe. Là, avant le début de l’Euro, on ne parle que des trois de devant, et on oublie que la force de cette équipe, c’est l’équipe. A force à chaque fois de cibler le potentiel de cette équipe sur les trois de devant, ça déstabilise aussi, parce qu’on n’a pas l’habitude en équipe de France d’être comme ça. Même à l’époque de Platini et du carré magique, c’était une équipe. A partir du moment où tu oublies cette notion d’équipe, tu es en danger. Et je trouve que dans la plupart des matchs, on a oublié cette notion d’équipe et on s‘est trop appuyé sur les individualités. Il n’y a qu’à regarder le dernier match contre la Suisse où on marque deux buts sur deux gestes de classe mondiale, et pourtant on est déjà rentrés à la maison. Regardez les équipes qualifiées en quart : La Suisse, le Danemark, l’Ukraine, Ils n’ont pas les individualités qu’on a, mais ils ont une équipe. C’est la leçon qu’on doit retenir : le football se jouera toujours à 11. T’as beau avoir parmi tous les joueurs qui composent l’équipe de France une bonne majorité des joueurs qui font partie du top 5 mondial à leur poste, ces joueurs-là ne sont rien sans le collectif.

Par Emmanuel Petit