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Coupe de France féminine: les dotations ridicules, un problème central entre la FFF et les clubs

Le trophée de la Coupe de France féminine.

Le trophée de la Coupe de France féminine. - Iconsport

Alors que les quarts de finale de la Coupe de France féminine auront lieu ce week-end, les équipes encore engagées n'ont pas droit aux dotations de la FFF avant les demi-finales, contrairement au 7e tour chez les hommes. Un manque de reconnaissance qui exaspère certains clubs.

Renaud Fabre a la mine des mauvais jour. Pourtant, le directeur général du club d'Yzeure (D2 féminine) a assisté tout sourire à la qualification de son équipe pour les quarts de finale de la Coupe de France après la victoire face à Lille, également en D2 (1-1, 4-3 TAB), le 30 janvier dernier. Malgré cette belle victoire qui permet au club de l'Allier de faire partie du top 8, le club ne recevra aucune dotation de la part de la Fédération Française de Football.

"Il faut savoir que seules les demi-finalistes de l'épreuve reçoivent quelque chose. Chez les garçons, les clubs ont une dotation dès le 7e tour (200 équipes), c'est scandaleux", peste le directeur général, qui a tenté plusieurs fois l'alerter l'institution. Sans succès. "On sait très bien que les moyens entre les compétitions masculines et féminines sont complètement différents. On est conscient de ne pas avoir les mêmes droits. Ce qu'il l'est moins, c'est de ne rien avoir. Entre une petite somme et rien du tout, il y a une différence."

60.000 euros pour le vainqueur de la Coupe chez les filles

Cet écart entre les deux compétitions se traduit dans les chiffres. Un club masculin engagé au 7e tour touche 7500 euros. Cette somme augmente au fil des tours franchis et arrive à 307.500 euros en cumulé pour les clubs amateurs et de Ligue 2 en quart de finale (les clubs de Ligue 1 entrant en 32e de finale, le cumul est différent, ndlr). "Notre budget est nettement inférieur à ces sommes. En tant que club indépendant, cet apport n'aurait pas été négligeable. On essaie de faire bouger les choses, mais peu de gens se manifestent. Je ne sais pas si c'est parce que la majorité des équipes féminines sont rattachées à la section masculine. Mais on a besoin d'aide", poursuit Renaud Fabre.

En cas de qualification pour la demi-finale, le club d'Yzeure recevra un chèque de 20.000 euros de la part de la FFF. Une somme donnée aux quatre dernières équipes engagées dans la compétition. Le vainqueur de la Coupe de France féminine reçoit une dotation de 60.000 euros, 40.000 pour le finaliste. Une somme insignifiante comparée à celle du lauréat de la Coupe de France masculine (2.065.000 euros pour un club de Ligue 1, 2.087.500 pour un autre).

"L'épreuve féminine est en cours d'évolution. Elle est plus récente que son homologue masculine. Pour toutes les équipes visiteuses, la FFF verse une aide en fonction du barème kilométrique. Un groupe de travail est mobilisé sur le sujet afin de réfléchir à une amélioration, qui pourrait être effective la saison prochaine ou celle d'après", nous explique la Fédération.

Une jauge imprévue

Lors de son quart de finale face à Lille, Yzeure a également dû se confronter à une jauge imposée par la FFF. "On s'attendait à faire une bonne recette au niveau de la billetterie, avec 2.000 personnes dans les tribunes. Mais subitement, on reçoit un mail de la Fédération qui a décidé, avec le ministère, d'imposer une jauge de 30%. On avait prévu 1.000 billets pour le match et on en a pu en distribuer que 488. C'est une surprise, sachant qu'on avait jamais eu de jauges jusqu'au week-end du 30 janvier. La FFF se couvre derrière le ministère", explique Renaud Fabre.

Le directeur général d'Yzeure demande également "une égalité de traitement" pour... les maillots. Alors que les équipes masculines reçoivent une tenue complète (maillot, short, chaussettes) pour chaque match dès le 4e tour, les féminines doivent se contenter d'un maillot, un match sur deux. "Ce n'est qu'un détail, mais cela ne coûte rien à la Fédération. Pourquoi les filles n'auraient-elles pas droit à la tenue complète? C'est injustifiable", peste Renaud Fabre. Qu'il se rassure, la Fédération a confirmé qu'une tenue complète sera distribuée aux équipes encore en lice dès le 1er tour fédéral lors de la saison 2022-2023. "La mesure a été validée l'an dernier. Mais avec notre sponsor (Nike), il y a un délai d'un an à respecter."

Il y a quelques mois, les joueuses du Cercle Paul-Bert Bréquigny (R1), club de l'agglomération rennaise, ont voulu marquer le coup, en s'entraînant sans short, ni chaussette, en signe de protestation contre les différences de traitement au quotidien entre les hommes et les femmes en football. En attendant un signe de la Fédération, l'équipe d'Yzeure a rendez-vous avec Rodez (D2) pour son quart de finale, qui aura lieu ce dimanche (14h30), et continue de rêver à la promotion en D1 Arkéma (4e de sa poule en D2).

Analie Simon