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EXCLU RMC SPORT

OL: l'ambitieuse Wendie Renard souhaite incarner "un OL conquérant"

Après l’officialisation de sa prolongation de contrat avec l’Olympique lyonnais jusqu’en 2026, Wendie Renard s’est confiée en exclusivité à RMC Sport sur le dernier grand contrat de sa carrière, sa fidélité à l’OL, la tentation d’une expérience à l’étranger, et le football féminin français.  

Wendie Renard, vous venez de prolonger avec l’Olympique Lyonnais, c’est le dernier grand contrat de votre carrière.

Je suis vieille (rire) ! Je pense, oui. Si Dieu me permet d’aller jusqu’en 2026, on verra comment mentalement et psychologiquement je serai, mais pour moi c’est l’un des derniers.  

Si vous allez au terme de ce contrat, vous serez la joueuse d’un seul club. A la manière d’un Paolo Maldini au Milan. Qu’est-ce que cela vous inspire ?  

C’est le club qui m’a fait confiance dès le premier jour parce que j’aurais pu retourner en Martinique et ne pas pouvoir vivre mes rêves. J’ai eu cette opportunité, et on a grandi ensemble. On s’est structuré année après année. Cela n’a pas été facile, même si j’ai toujours dit que je sais où je suis. Et que, pour moi, l’OL est le meilleur club dans tous les aspects. Mais j’avais cette envie d’aller voir ailleurs. La barre des 100 matches en Ligue des champions, cela m’a fait réfléchir: comment je suis arrivée à l’OL, l’histoire que je suis en train d’écrire personnellement, même si je n’aime pas trop parler de moi. J’ai réfléchi, et j’ai pris ma décision il y a peu de temps.

Ce record des 100 matches joués en Ligue des champions a-t-il été un déclic ?  

Personnellement, oui. Car j’ai reçu beaucoup de messages de joueuses, qui n’ont rien à voir avec l’OL. Je me suis dit "tu as toujours voulu laisser ton nom dans le football". Être la première à atteindre ce chiffre symbolique, qui sera d’ailleurs certainement battu et je n’ai aucun problème avec ça. Ton histoire avec ce club est encore à faire et à continuer. On s’est alors assis avec mon conseiller, et on a décidé de rester.  

C’est la première fois que vous prolongez aussi tardivement votre contrat, on a l’impression que la tentation n’a jamais été aussi forte de quitter le club notamment pour les Tigres de Monterrey n'est-ce pas ?  

C’est vrai, même s’il y aura toujours des "pourquoi tu n’es pas partie". Mais ça, c’est mon entourage et moi qui savons. C’est vrai que je voulais partir parce que j’avais des opportunités, et j’avais envie de continuer à grandir, gagner ailleurs, connaître une autre culture, pouvoir faire grandir un autre championnat. Avoir la perspective quelque part de faire venir d’autres joueuses. J’ai toujours dit que si je partais ce n’était pas pour les vacances mais pour continuer à gagner. On a bien discuté de cela avec le président, et Vincent Ponsot. Je suis quelqu’un d’ambitieuse, je veux continuer à gagner, voir un OL conquérant.

"Il faut professionnaliser le championnat français" 

Depuis plusieurs saisons, le championnat français a pris du retard sur les autres pays européens. Cela a-t-il pu compter dans votre réflexion ?  

Certains pays avaient du retard, mais ils nous ont passé devant. Nous avons deux clubs, Paris et Lyon, sans vouloir manquer de respect aux autres, qui attirent les joueuses étrangères, c'est une chance. Même à Fleury, Montpellier, ou à Soyaux. Il faut réussir à professionnaliser ce championnat. C’est important, car c'est comme cela que l’on va franchir les paliers, attirer les sponsors. Même au niveau des terrains, il y a un cahier des charges à revoir. La promotion de la discipline passe par de belles installations pour permettre à la télévision de filmer correctement, c’est aussi important d’avoir un bon terrain pour jouer. En Angleterre, c’est clean, en Espagne c’est nettement mieux.  

Beaucoup parlent de vous à l’OL comme d'un modèle, comment accueillez-vous cela ?  

Cela fait chaud au cœur. Mais tous ces titres, on les a gagnés ensemble. Cela se fait naturellement. Par moment, je ne me rends pas compte de la personne que je suis au sein du club, et d’une manière générale. Car j’ai toujours pensé collectif. Même si je suis la capitaine depuis plusieurs années, toute seule, je ne peux pas y arriver. On est un groupe, un staff. Je l’ai appris auprès des anciennes. Cet ADN du club est important, il faut mouiller le maillot et respecter toutes ces personnes qui travaillent pour le club. Mon conseiller me disait souvent: "tu es arrivée au bon moment dans le football", et cela s’est confirmé. Aujourd’hui j’ai gagné 31 titres, et j’en veux encore d’autres. Je ne veux pas m’arrêter. Jusqu’à a fin je donnerai toujours le maximum. 

La petite fille qui jouait au ballon dans la maison familiale au Prêcheur l’aurait-elle cru si on lui avait dit qu’elle jouerait 20 ans à l’Olympique lyonnais ?  

Pas du tout (sourire). Vraiment pas du tout. Je le dis souvent, la petite fille du Prêcheur a fait du chemin. Ce n’est pas facile, elle a tenu. Je suis très reconnaissante. Après Clairefontaine, j’aurais pu être désespérée et rentrer chez moi et puis Farid Benstiti a dit oui dès les premières secondes. Il y a quelque chose de spécial avec ce club et cette ville. J’ai fait la moitié de ma vie à Lyon. Cela compte énormément pour moi. Il y a des gens incroyables dans ce club et qui sont dans l’ombre. Ils comptent beaucoup pour moi, ils m’ont aidée. Il y a un lien fort.  

Une expérience à l’OL Reign (la franchise américaine du club) est-elle envisageable pendant ces quatre ans ?  

Tout est envisageable. Surtout que des joueuses l’ont déjà fait. De par ce nouveau contrat je peux me permettre d’aller aux Etats-Unis. Mais après il y a pleins d’aspects à prendre en compte : la sélection, le décalage horaire, les allers-retours, les terrains synthétiques qui ne sont pas bons pour les cartilages et les articulations.  

Anthony Rech