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Le lundi est-il le pire jour pour jouer au football?

Stade Geoffroy-Guichard (Saint-Etienne)

Stade Geoffroy-Guichard (Saint-Etienne) - AFP

La Ligue 1 va connaître une programmation inhabituelle avec une rencontre disputée ce lundi soir entre Saint-Etienne et Nîmes (20h30), en match décalé de la 30e journée. La Liga, la Liga NOS, la Premier League ou encore la Ligue 2 ont eux l'habitude de jouer le lundi. Mais ce créneau a de nombreux détracteurs.

Le match du lundi soir n’est pas une institution mais il est de rigueur dans certains championnats professionnels (Espagne, Angleterre, Portugal). En France, une affiche de Ligue 2 est systématiquement programmée le lundi soir (20h45). En Premier League, un cador est parfois au menu mais les matchs opposent davantage des équipes du ventre-mou. Même son de cloche en Liga, où le Real Madrid de Zidane se rendra toutefois à Leganés le lundi 15 avril, et au Portugal.

Les Verts l’ont mauvaise

A l’inverse, la Ligue 1 n’est pas une habituée des programmations hors week-end. Elle a pourtant fait une entorse pour cette 30e journée. D’abord prévu dimanche (15h), le match Saint-Etienne-Nîmes se jouera plutôt ce lundi à 20h30, en raison des manifestations de gilets jaunes. Certains supporters stéphanois passeront leur tour, et des opérations sont prévues en tribunes pour protester. De même, l’affluence prévue pour dimanche était de 30.000 personnes. Elle devrait perdre au moins 10.000 unités ce lundi. "Jouer un lundi est catastrophique pour nos supporters", a ainsi jugé Frédéric Paquet, le directeur général de l’ASSE.

Affluences mitigées, audiences moyennes

Surtout que les matchs du lundi ne sont donc que rarement des affiches. Hormis un improbable Clasico Barça-Real Madrid le 29 novembre 2010, les championnats espagnols, anglais ou portugais ne programment que des rencontres à intérêt plus limité.

Une façon d'étendre les week-ends de diffusion (du vendredi au lundi), alors que par le passé, certains championnats jouaient également le jeudi. Mais un frein avéré pour le suivi. Dans l’absolu, les gens, et surtout le grand public, sont moins disponibles pour aller au stade en début de semaine. Voire pour regarder les matchs devant leur télévision. Les faibles affluences, lors des journées programmées en cours de semaine, ou lors de certains tours de coupes nationales, l’illustrent aussi. Le football spectacle, hors rendez-vous européens d'importance (la Ligue des champions notamment) est taillé pour le week-end.

La Ligue 2 en a marre

Une tendance largement ressentie en Ligue 2, selon une enquête menée par le quotidien la République du Centre en février. Entre août et février, l’audience télé du lundi a ainsi subi un recul de 35% par rapport à la saison passée (88.000 téléspectateurs le lundi, contre 94.000 pour l'affiche du samedi). De la même manière, l’affluence moyenne dans les stades d’une journée de championnat de L2 est plus souvent supérieure à l’affluence du lundi soir qui fait donc baisser cette affluence moyenne malgré des clubs majeurs programmés ces jours-là.

Gérard Heinrich, supporter du FC Metz, qui a déjà joué une douzaine de fois un lundi cette saison, connaît le sujet. "Il y a beaucoup de gens qui travaillent le mardi matin, alors rentrer à minuit et demi le lundi pour se lever à cinq heures le lendemain, ça ne les arrange pas… On espère monter en Ligue 1 pour ne plus avoir ce genre de problème, glisse le membre des "Grenats et Blancs". Cet horaire nuit à l’ambiance du stade. Si vous voulez videz les tribunes, continuez comme ça… Le football est un sport populaire, et les matchs le lundi ne conviennent pas aux supporters, c’est clair. Ça arrange peut-être les diffuseurs, mais certainement pas les fans, ni l’ambiance. C’est un horaire merdique."

Un avis partagé par Clément, supporter lensois: "On est complètement contre. C’est une énorme contrainte à domicile pour les personnes qui travaillent, pour les enfants aussi, puisqu’il y a école en semaine. En tant que section on a beaucoup de difficultés à ramener du monde le lundi soir…" Et à l'extérieur, c'est quasiment mission impossible. "Pour ne rien vous cacher, on ne propose même pas des déplacements le lundi, on sait qu’on ne remplira pas le bus dans notre section, que financièrement ce n’est pas jouable. Un samedi à l’extérieur, il va y avoir facilement 1000 ou 2000 supporters dans le parcage lensois. Un lundi, on sera entre 300 et 600, détaille-t-il. Ça arrive régulièrement de devoir poser un RTT pour voir un match. C’est trop lourd en terme d’organisation."

Maxence Glevarec, responsable des ultras au Paris FC, résume la chose: "Pour nous, ultras, et même plus largement supporters, le football c’est le week-end, pas le lundi. Et ce n’est pas une bonne pub pour la Ligue 2 que de voir tous ces stades vides…"

Les supporters de Liga obtiennent gain de cause

La question est sensible dans tous les pays. Et un exemple de fronde a récemment abouti. Début mars, la Fédération espagnole de football a mis fin aux matchs du lundi pour la saison prochaine. Une décision prise après mobilisation des supporters, auteurs d’opérations gradins vides. Dans le cas espagnol, ces matchs du lundi soir n’étaient jamais accessibles aux qualifiés en Coupe d’Europe. Une bizarrerie qui fait écho aux demandes de Rudi Garca la saison passée. L'entraîneur de l'OM s’imaginait bien jouer le lundi soir en fin de semaine européenne, afin de pleinement récupérer des matchs de Ligue Europa du jeudi. 

Une demande non-restituée par la LFP dans ses différents lots TV. Plus prompte à opter pour des reports que des programmations le lundi soir, elle a conscience de la sensibilité du dossier pour les clubs de Ligue 1. Entre 2012 et 2017, seulement deux matchs ont d'ailleurs été disputés un lundi. La réaction annoncée du Chaudron en clôture de la 30e journée ne devrait pas mettre le créneau au goût du jour.

PL avec MD et CC