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ASSE-OL: pourquoi ça s’est très mal fini pour Puel avec les Lyonnais

Libre depuis son éviction de Leicester, Claude Puel est le nouvel entraîneur de Saint-Etienne. Il dirigera son premier match dimanche contre Lyon (21h). Un baptême du feu forcément particulier pour le technicien français, dont l'histoire avec l'OL (2008-2011) s'était terminée en justice.

Ces derniers mois, son nom a longtemps été évoqué du côté de Monaco. Mais c’est finalement à Saint-Etienne que Claude Puel a décidé de rebondir. Huit mois après son renvoi de Leicester, le technicien français de 58 ans arrive dans le Forez en remplacement de Ghislain Printant, qui aura donc disputé son dernier match sur le banc des Verts jeudi contre Wolfsburg (1-1) en Ligue Europa.

Propulsé numéro un en juin dernier après le départ de Jean-Louis Gasset, Printant n’aura dirigé que dix matchs sur le banc de l’ASSE pour un total de deux victoires, trois nuls et cinq défaites. Il laisse l’équipe à la dix-neuvième place de la Ligue 1, à deux jours du derby contre l’OL (21h).

Car oui, c’est face à son ancien club que Claude Puel va faire ses débuts comme entraîneur de Saint-Etienne. Un premier match forcément particulier pour celui qui a passé trois saisons à Lyon (2008-2011), avec la seule demi-finale du club en Ligue des champions à son actif, et contre lequel il avait intenté une action en justice.

Puel et Aulas
Puel et Aulas © AFP

Retour il y a onze ans. Nous sommes en juin 2008 lorsque Puel est choisi par les Gones pour succéder à Alain Perrin. Avec un contrat de quatre ans à la clé, un salaire estimé à 300.000 euros par mois et les pleins pouvoirs. Concrètement, Jean-Michel Aulas décide de lui accorder une confiance totale sur la politique sportive et le mercato.

Un choix très fort de la part d’Aulas, qui l’impose contre l’avis de la plupart des membres du comité directeur du club. Engagé pour aider l’OL à construire sur la durée, Puel ne tarde pas à commettre une première erreur. Dans les colonnes du Progrès, il annonce qu’il "faut tout changer à Lyon", alors que l’OL vient de remporter sept titres de champion de France. Cette sortie médiatique, qu’il considérera comme une erreur un peu plus tard, froisse beaucoup de monde au sein du club. Sa tendance a souvent parler du Losc agace également en interne. "Alors qu'à Lille, il n'avait rien gagné...", persifle un ancien joueur.

Des décisions qui sont mal passées

La situation ne s’arrange pas lorsqu’il demande à ce que les VIP soient virés du vestiaire à la fin des rencontres. Une décision perçue comme un crime de lèse-majesté. Certains répliqueront en refusant par exemple de manger à ses côtés lors des traditionnels repas d’après-matchs. D’autres imaginent carrément qu’il va tuer le club.

"Il voulait installer de la rigueur là où il n’y en avait plus", se rappelle un vieux connaisseur de la maison lyonnaise. Un épisode illustre bien l’ambiance très particulière qui règne alors à l’OL. Un jour, avant une séance d’entraînement, Bernard Lacombe, bras droit du président Aulas, apostrophe les journalistes: "Vous allez à la Nasa?" Etonnement des médias: "Pourquoi la NASA?" Réponse de Lacombe: "Parce qu’il ne fait que des expérimentations."

A Lyon, Puel est aussi celui qui a mis sur pied un groupe "Pro 2" pour les jeunes qui sont considérés comme "trop bons" pour rester avec la formation mais pas assez pour être avec les professionnels. Une nouvelle organisation inaugurée notamment par Alexandre Lacazette et Clément Grenier. Concernant les joueurs, sa relation avec eux repose sur un paradoxe: certains l'apprécient comme Jean II Makoun, alors que les rapports sont plus compliqués avec des cadres comme Cris.

Juninho, lui, n’est pas fan de la manière dont Puel gère la fin de son aventure lyonnaise. Il se sent prêt à continuer encore une ou deux années, même en goûtant un peu plus au banc, mais Puel n'est pas vraiment de cet avis. Les résultats sont également délicats: une troisième place en Ligue 1 et des éliminations en huitièmes de finale en Ligue des champions, Coupe de France et Coupe de la Ligue.

Le 100e derby perdu, un affront pour les supporters

La saison suivante se termine également sans trophée, mais avec tout de même une demi-finale de Ligue des champions au compteur (2010). Pas de quoi contenter les historiques de l’OL, qui voient avant tout Puel comme celui qui a interrompu à la domination lyonnaise sur la scène nationale. La période des pleins pouvoirs est alors révolue pour l’ancien entraîneur de Lille. A l’été 2010, Aulas lui impose ainsi l’arrivée de Yoann Gourcuff en provenance de Bordeaux.

Côté terrain, la situation ne s’arrange pas vraiment. Surtout, Lyon perd le 100e derby de l’histoire face à son voisin stéphanois (1-0) et voit s’envoler une invincibilité exceptionnelle entretenue depuis la saison 1993-1994. Cette défaite est vécue comme un affront par les supporters lyonnais, qui prennent Puel en grippe.

Une banderole "Puel démission"
Une banderole "Puel démission" © AFP

Si Aulas parvient à empêcher l’embrasement de la tribune des Bad Gones avec une formule choc dont il a le secret ("Les Stéphanois, la Ligue des champions, ils la jouent à la PlayStation"), le divorce est acté entre le public lyonnais et son entraîneur. La suite est un long calvaire pour Puel. Même si Aulas lui apporte un soutien sans faille sur le plan médiatique. Le patron de l’OL, qui a lui-même choisi ce technicien qui l’avait tant séduit lors de son passage à Lille, ne peut pas se résoudre à le virer.

Certes, il rend visite à Leonardo à Milan en octobre 2010, alors que son club patauge au fond du classement de la Ligue 1, mais il est alors question d’évoquer l’avenir à long terme de l’OL. Chez les supporters, la gronde se fait toujours plus entendre. Les banderoles anti-Puel commencent à fleurir au stade, en ville et sur différents points de vue, comme sur les ponts de la Saône et du Rhône. Même quand il fait son footing à Gerland ou lorsqu'il va voir son fils au centre de formation, Puel fait face à des insultes. Sa maison est taguée. Mais sa carapace est assez incroyable et il tient bon.

Une longue bataille judiciaire

Dès le mois de mars, Puel sait toutefois qu’il prendra la porte en fin de saison, qui verra finalement les Gones s'emparer de la troisième place. Son départ est officialisé en juin 2011. Mais l’histoire Puel-OL n’est pas pour autant terminée. Viré pour faute grave par Lyon, qui lui reproche de ne pas avoir répondu à un mail de son président, Puel se tourne vers les Prud'hommes.

Il réclame sept millions d’euros de salaires et de dommages et intérêts à son ancien employeur pour rupture abusive de contrat. Après une longue bataille judiciaire, le match est remporté par l’OL. Puel est définitivement débouté de ses demandes en juin 2016 par la Cour de Cassation, qui confirme ainsi l’arrêt rendu en février 2015 par la Cour d’appel de Lyon, qui avait elle-même confirmé le jugement du Conseil des Prud’hommes de Lyon prononcé en mars 2014.

Entre le début et la fin de la procédure, les deux camps ne s’épargnent pas. En juin 2011, à la reprise de l’entraînement menée par Rémi Garde, Aulas lâche devant les médias: "Ça fait plaisir de voir des joueurs qui jouent au ballon." Une référence évidente aux séances de reprise réputées très physiques et sans ballon dirigées par Puel, qui réplique deux mois plus tard dans un entretien au Journal du Dimanche: "Il y a eu l’ultimatum (après le derby perdu contre Saint-Étienne) et ses demandes aux supporters de soutenir le club plutôt que Puel. Il a aussi eu des contacts avec Leonardo. Il paraît que ce n’était pas pour être entraîneur. C’était pour avoir un autre conseiller? Cela m’interpelle aussi que des banderoles anti-Puel aient pu rentrer à Gerland."

Claude Puel en 2011
Claude Puel en 2011 © AFP

Il a aidé à structurer le club

Aujourd’hui, beaucoup considèrent que Puel a été plombé d’entrée par sa communication et qu'il n'a pas pris le temps de regarder où il mettait les pieds, tout en estimant qu’il n’est pas arrivé au bon moment et que les dirigeants lyonnais ont eux aussi leur part de responsabilité dans cet échec. Ils ont vendu à Puel une certaine rigueur, alors que le club faisait face à un chantier pour gérer l'après-Perrin.

"C’était il y a dix ans, et il a évolué depuis. A l’époque, il était encore "joueur". Il participait aux séances. Cela gonflait les joueurs de le voir au cœur des petits jeux ou sur l’aspect physique. Surtout, les "remplaçants" lui en voulaient car ils pensaient qu’il n’avait pas de hauteur pour ajuster ses choix", nous confie un ancien technicien qui a travaillé avec lui. "Il n’a pas réussi à se faire aimer à Lyon, alors que c’est un mec attachant, intellectuellement brillant", complète un ancien joueur de l’OL.

Il faut aussi reconnaître que Puel a structuré le club en demandant par exemple à ce qu'une personne gère tous les à-côtés du vestiaire, ce qui était précieux pour les joueurs. A Lyon, on estime d'ailleurs que Saint-Etienne a réussi un magnifique coup en attirant un entraîneur de ce calibre. Un entraîneur qui, sans surprise, n'a pas voulu s'attarder sur son passé lyonnais ce vendredi lors de sa présentation chez les Verts. Les retrouvailles promettent tout de même un derby bouillant à Geoffroy-Guichard.

Rodolphe Ryo avec Edward Jay