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Bordeaux: "Un autre côté sombre du business football", un économiste inquiet pour les Girondins

Le retrait de King Street a mis en doute l’avenir des Girondins de Bordeaux en Ligue 1 sur le court et moyen terme. Interrogé par RMC Sport, l’économiste du sport Virgile Caillet a expliqué pourquoi Bordeaux s’est retrouvé dans une telle crise et comment le club pourrait s’en sortir économiquement.

En difficulté sur le plan sportif avec une triste seizième place en Ligue 1 à cinq journées de la fin de la saison, Bordeaux traverse une crise profonde en interne. Ce jeudi, le propriétaire King Street a annoncé son départ et le club a été placé sous protection du tribunal de commerce. Pour RMC Sport, Virgile Caillet n’a pas paru surpris ce nouveau rebondissement aux Girondins.

"On sait que c’est un dossier sensible depuis un moment, c’est une semi-surprise, a expliqué l’économiste du sport. […] Avec la Superleague, on a vu de manière exacerbée les plus grands clubs vouloir toujours plus d’argent, et là on voit un autre côté sombre du business football avec ce fond d’investissement qui au bout de deux ans s’aperçoit qu’il n’y pas d’argent à faire. Et s’il n’y pas d’argent à faire, on s’en va et tant pis pour les Girondins. Ce n’est pas un sujet de cœur ni de stratégie, c’est juste de l’argent."

Caillet: "Ses habitudes de fonctionnement étaient calquées sur la Ligue des champions"

Le fonds d’investissement américain à la tête du club bordelais en a eu assez de couvrir les pertes financières. Malgré un budget conséquent et des ambitions, les Girondins n’ont pas réussi à briller en championnat ces dernières années avec notamment des quatorzième et douzième place en 2019 et 2020. Malgré l’éclaircie Mediapro et la brève hausse des droits TV, Bordeaux a vu ses finances plonger dans le rouge.

"Certes il y a eu la crise sanitaire et économique, l’explosion de Mediapro, cela a accéléré les choses. Mais Bordeaux est un club déficitaire depuis dix ans, a encore souligné Virgile Caillet. Ses habitudes de fonctionnement étaient calquées sur la Ligue des champions, mais sans les revenus. Et à chaque fois, c’était masqué par M6 qui couvrait ces pertes. Sauf qu’en vendant à un fond d’investissement, c’est une autre logique. Lui paie pour voir mais s’il s’aperçoit que les pertes sont plus importantes que les entrées, il part sans scrupule. Ce sont des acteurs à sang-froid."

Un risque de dépôt de bilan malgré la vente de joueur

Placé sous protection du tribunal de commerce et à la recherche d’un repreneur potentiel, Bordeaux n’est pas sauvé pour autant. Si Virgile Caillet félicite le choix de placer le club sous tutelle, "la meilleure solution de la part de Frédéric Longuépée pour protéger le club jusqu’au terme du championnat", le spécialiste n’y voit qu’une solution à court terme. Pour la suite, les Girondins vont sérieusement devoir réduire leur train de vie et se séparer des joueurs avec la plus grosse cote sur le marché des transferts.

"Il y aura de la restructuration, un niveau de vie qui va complètement changer, peut être malheureusement le départ d’un certain nombre de salariés, a poursuivi l’économiste. C’est probablement la seule issue pour que les Girondins de Bordeaux survivent, restent peut-être en Ligue 1 et puissent retrouver une histoire dans quelques années."

Pire, malgré les efforts, Bordeaux pourrait même être obligé de déposer le bilan avant de repartir au niveau amateur même si Virgile Caillet veut faire preuve d’optimisme.

"[Un scénario à la Bastia ?] Sur le papier, c’est envisageable. Il y a un risque de dépôt de bilan et donc repartir en bas de l’échelle, a prévenu celui qui est aussi délégué de l’Union Sport & Cycle. En ce qui concerne les Girondins, je reste confiant car c’est une marque qui peut s’exporter, il y a un vrai contenu, un historique, un palmarès. Il peut intéresser des investisseurs ou une entreprise. Mais si vous arrivez sur un club structurellement déficitaire, vous allez devoir ajuster son organisation, son train de vie."

Un mauvais message pour les investisseurs étrangers

Moins choqué que d’autres illustres anciens tels que Alain Giresse ou Christophe Dugarry, Virgile Caillet n’espère pas voir d’autres clubs de Ligue 1 sombrer malgré les difficultés. A l’inverse de Bixente Lizarazu, inquiet pour d’autres formations de l’élite, l’économiste croit à une reprise économique.

"Je pense qu’on va faire la fin de la crise sanitaire, on pourra retrouver des spectateurs dans les stades et un rythme un peu plus normal. Je ne vois pas de casse énorme à court terme, a-t-il analysé avant de conclure. C’est un très mauvais signal envoyé aux investisseurs étrangers. On montre qu’en France, gagner de l’argent avec un club c’est compliqué. Il y avait cette bulle spéculative avec Mediapro avec des gains sûrs. La situation a changé et je ne suis pas sûr qu’on soit encore exposé à cette situation à très court terme."

JGL avec Aurélien Tiercin