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Comment l’OM s’est enfoncé dans la crise

Le naufrage de l’Olympique de Marseille contre Lorient (3-5), vendredi au Vélodrome, a plongé un peu plus les Phocéens dans la crise. Comment en est-on arrivé là ? Avant un déplacement à Metz vendredi, RMC Sport décrypte les raisons d’un fiasco pas si surprenant.

Des joueurs entre démission et épuisement

Marcelo Bielsa est-il trop exigeant ou ses joueurs sont-ils fainéants ? Le débat sera éternel. Mais plusieurs membres du vestiaire marseillais avaient, très tôt, lancé l’alerte. Entre le rythme des entraînements, des séances vidéo à rallonge et des changements de programme incessants imposés par leur entraîneur (voir les révélations de RMC Sport les 20 et 21 février), certains pensaient qu’ils ne tiendraient pas jusqu’à la fin de saison. « Usure mentale » : deux mots qui ont très tôt résonné dans le groupe olympien comme le principal risque qui guettait l’OM et qui allait plomber la saison marseillaise. Après un début d’année 2015 très compliqué, le manque de fraîcheur psychique a pourtant connu sa parenthèse enchantée au mois de mars. Mais après, tout s’est écroulé. « Inéluctablement », confie un proche du groupe : « A partir du moment où ils ont perdu contre le PSG (2-3), puis contre Bordeaux (1-0) dans les conditions que l’on connait, les gars ont totalement lâché mentalement. C’est malheureux à dire, car il y avait une Ligue des champions à aller chercher, mais il ne faut pas leur en vouloir (sic). Les tauliers, en tout cas, ont tout donné. Maintenant ils sont secs, ils n’ont plus de jus. Depuis qu’ils ont réalisé que le titre n’était plus jouable, ils n’avancent plus, ça se voit et ils me le disent ! »

Bielsa l'a bien remarqué, lui qui reproche ces dernières semaines à ses cadres de ne plus faire d'efforts et de ne plus montrer l'exemple. D’ailleurs, en ce printemps meurtrier (4 matchs au mois d’avril, 4 défaites), ne cherchez plus les tauliers sur les terrains d’entraînement. Les maux de tête pèsent sur les jambes. Selon nos informations, Nkoulou, Ayew, Mandanda - pour ne citer qu’eux, car leur mentalité a souvent été jugée « irréprochable » - font la queue à la table de massage. Et n’attendent qu’une seule chose : que la saison se termine. Une qualification pour la prochaine Ligue des champions a beau être vitale, elle en serait presque devenue un objectif abstrait pour certains… car la plupart d’entre eux ne seront pas là après l’été.

L’espoir du titre était leur moteur. « L’illusion » du titre diront certains. Pourtant, les anciens du vestiaire ont très tôt été sceptiques quant à la capacité de l’effectif olympien à jouer le sacre national jusqu’au bout. « Comment voulais-tu qu’on soit champion avec cet effectif-là ? », râlait encore vendredi soir l’un des cadres du vestiaire. Dans le viseur : l’attitude de certains jeunes de l’OM, peut-être ceux qu’André Ayew accusait « de se prendre pour des autres », à chaud, au micro, après l’humiliation lorientaise (3-5). Une rencontre lors de laquelle le Ghanéen n’avait pas hésité à s’en prendre verbalement à Florian Thauvin. 

Bielsa a perdu la main

La cassure dans le vestiaire ne date pas de vendredi soir. L’attitude de Florian Thauvin, jugé trop individualiste, agace certains de ses coéquipiers. Les retards de Benjamin Mendy et ses absences répétées aux rendez-vous fixés par le staff médical ont aussi été la source de non-dits et de tensions. Malgré les prestations poussives du premier (pas aidé par le rôle défensif auquel le confine son coach) et le manque de sérieux du second, Marcelo Bielsa a toujours défendu ses jeunes. Parfois à l’excès, n’hésitant pas à promettre devant tout le groupe ou face aux micros, que Thauvin et Mendy étaient promis à un avenir radieux, parmi les meilleurs joueurs d’Europe !

Selon nos informations, cette mise en valeur des jeunes, en décalage avec leurs performances et leur attitude, n’est pas du tout passée chez certains coéquipiers. Jalousie quand tu nous tiens... Des cadres du vestiaire de l’OM confiaient même après le match contre le PSG leur ras-le-bol de ne pas être écoutés par Bielsa, quand ils se permettaient de remonter quelques dysfonctionnements tactiques. Ce fut par exemple le cas à la mi-temps d’OM-PSG. Ayew et Gignac ne s’étaient pas privés d’expliquer à leur entraîneur qu’ils couraient à la déroute si l’OM continuait avec ce fameux marquage individuel.

A force de trop protéger ses jeunes, et de ne pas assez écouter ses « vieux », Bielsa s’est pris le retour de boomerang en plein sprint final. Le technicien argentin, qui a très mal vécu les états d’âme de certains joueurs ces dernières semaines, ne l’avouera pas, mais l’un de ses proches le confie à sa place : « Il se sent trahi. Bielsa ne comprend pas l’attitude des joueurs, qu’ils soient complètement amorphes alors que l’OM est en plein sprint final. » La fracture a même atteint un point où la moquerie, par rapport à certains choix tactiques, s’invite à la Commanderie. Selon nos informations, la mise en place de jeudi dernier - lors de laquelle Bielsa a eu l’audace de repositionner Ayew latéral gauche - s’est terminée par quelques sarcasmes. « Vous connaissez la dernière les gars ? Ayew va jouer arrière gauche ! », n’ont pas hésité à lâcher, à voix haute et rire aux lèvres, de nombreux joueurs lors de leur retour au vestiaire.

Une tactique remise en cause. « Illisible » pour certains et pourtant « prévisible » pour de nombreux adversaires : Bielsa a perdu de sa splendide et de son autorité dans le vestiaire, pas aidé par l’incertitude qui règne quant à son avenir. L’Argentin n’a-t-il pas commis une grave erreur en dévoilant très tôt un secret bien gardé par la direction de l’OM : son engagement avec le club phocéen n’est que d’une année et non de deux. Idéal pour s’engouffrer dans la brèche dès que la méthode Bielsa s’est mise à grincer. Selon nos informations, de nombreux joueurs ont très vite confié à leur entourage qu’ils étaient « persuadés que Bielsa ne prolongerait pas à l’OM et que, de toute façon, son management n’était pas tenable une saison de plus… » Une cassure entre Bielsa et son groupe qui n'est toutefois pas à généraliser : Mandanda, respectueux envers son coach, Payet, trop heureux d'avoir été placé comme meneur de jeu par l’Argentin, voire Thauvin, malgré les chamailleries des dernières semaines, continuent de croire en « El Loco ».

Labrune, président impuissant

Président, mais impuissant, tel est le paradoxe de la situation de Vincent Labrune, dont l’interventionnisme sur le plan sportif est quasiment réduit à néant hors période de mercato. Son bureau était celui des pleurs la saison passée. Labrune est aujourd’hui obligé de refuser toute sollicitation de la part de joueurs désireux de se plaindre. Ainsi va le système Bielsa, qui n’accepterait pas qu’une autre voix vienne s’immiscer dans sa gestion sportive. « Dans de nombreux clubs, un président serait venu dans le vestiaire au moins une fois, pour taper du poing sur la table, mettre les joueurs devant leurs responsabilités, explique un proche de Labrune. Avec Bielsa, c’est impossible. En période de crise, un savon présidentiel ferait pourtant le plus grand bien. »

Le président de l’OM n’est pourtant pas exempt de tout reproche dans la situation actuelle. « Quasiment l’intégralité du onze titulaire était susceptible d’avoir la tête ailleurs en fin de saison. Comment voulez-vous qu’ils restent concentrés ? », affirme un agent de joueur. Entre ceux qui disposent de bons de sortie en cas de bonne offre (Mandanda, Nkoulou, Payet), ceux qui sont en fin de contrat (Ayew, Gignac, Fanni, Morel) et les jeunes que le président ne veut surtout pas critiquer sur la place publique pour ne pas faire chuter leur valeur marchande (Imbula, Thauvin, Mendy), neuf éléments de l’équipe-type sont concernés par de probables spéculations estivales.

« Les gars en fin de contrat gèrent leur avenir et ont peur de se blesser, assure la même source. Les "quatre fantastiques" (Thauvin, Imbula, Mendy, Lemina), ils croient ce qu’on leur dit quand ils entendent qu’ils sont les meilleurs et que les plus grands clubs européens les observent ». Pas étonnant de voir certains d’entre eux baisser les armes aujourd’hui pour finir la saison en roue libre. Entrainant l’OM dans une chute infernale au classement.

Florent GERMAIN