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Du retour des "anciens" au crash sud-africain, les années Domenech chez les Bleus

Tout proche d'être nommé officiellement entraîneur du FC Nantes, Raymond Domenech reste sur une fin de mandat catastrophique en équipe de France. L'épilogue d'un mandat de six ans partagé entre un bilan d'abord prometteur et des jeunes lancés en Bleu avant le double fiasco de l'Euro 2008 et du Mondial 2010 avec un jeu atone.

Un bilan d'abord prometteur

Sélectionneur d'août 2004 à juin 2010, Raymond Domenech s'empare à l'époque du record de matches dirigés à la tête de l'équipe de France: 79 rencontres. Un total dépassé par Didier Deschamps en 2018. L'ancien défenseur lyonnais égale aussi le record de Michel Hidalgo: 41 victoires à la tête des Bleus, là aussi, un chiffre battu par Deschamps.

Nommé après l'élimination en quarts de finale de l'Euro 2004, il doit gérer les départs en retraite de Zinédine Zidane, Lilian Thuram et Claude Makelele. Mais un an plus tard, Domenech réussit à les convaincre de revenir chez les Bleus. Le trio sera performant au Mondial 2006 jusqu'à la défaite en finale contre l'Italie aux tirs au but, le plus bel accomplissement de l'ère Domenech.

Depuis, la performance du sélectionneur a souvent été minimisée avec l'argument d'un groupe en "autogestion". Un point de vue nuancé par Jean-Pierre Paclet, l’ex-médecin des Bleus: "C’est en partie vrai, mais en partie seulement. C’est évident que Domenech avait perdu le contrôle de ses joueurs dès avant 2008. (Mais) à cette époque-là, il y avait des cadres qui tenaient les choses. C’était une cogestion entre gens intelligents et responsables".

Les deux autres compétitions internationales disputées par Domenech et les Bleus se finissent très mal: deux éliminations au premier tour de l'Euro 2008 et la Coupe du monde 2010, sans aucune victoire.

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Les joueurs: un renouvellement inachevé

Face aux retraites internationales de plusieurs champions du monde 1998, Domenech tente de renouveler l'effectif des Bleus en lançant par exemple Florent Malouda ou Patrice Évra. Il se passe ensuite de Robert Pirès et Ludovic Giuly pour emmener Franck Ribéry au Mondial 2006 où l'ailier est l'une des révélations. Le nouvel entraîneur nantais lance aussi Hugo Lloris dans les buts et Bacary Sagna en latéral droit.

C'est aussi sous son mandat que le trio phare de la génération 1987, Karim Benzema, Hatem Ben Arfa et Samir Nasri connaît ses premières sélections. Mais entre les trois hommes et Raymond Domenech, ce sera "je t'aime, moi non plus". Irrégulier en Bleu, le trio est absent de l'Euro 2008 et de la Coupe du monde 2010.

Le sélectionneur reproche par exemple à Benzema une forme de suffisance comme il l'explique mardi dans France Football: "Physiquement, il est monstrueux, mais il n'exploitait pas ce potentiel, se contentait de se dire: 'Moi, je suis là pour marquer, les autres n'ont qu'à faire le boulot.' Il était dans cette phase-là, et il n'était pas le seul".

Le jeu: le point noir de son mandat

Raymond Domenech est immédiatement sous le feu des critiques après des performances offensives médiocres en début de mandat: quatre 0-0 consécutifs au Stade de France. Avant le Mondial 2006, il ne fixe son schéma tactique (4-2-3-1) qu'en match de préparation.

Une fois la Coupe du monde achevée, le jeu des Bleus va péricliter pour de bon. En attaque, le sélectionneur ne trouve plus la solution pour associer Ribéry, Henry et Malouda. L'intégration de Yoann Gourcuff est aussi un fiasco et Nicolas Anelka ne brille pas en pointe. Le jeu frustre de nombreux observateurs.

"J'ai l'impression qu'avec Raymond, on ne parle jamais football, qu'il essaie de nous enfumer à travers sa communication. Depuis deux ans et demi, l'équipe de France ne propose pas grand-chose", assène Christophe Dugarry en novembre 2009 sur Canal +. Domenech se défend: "Le style de jeu de l'équipe de France dépend des joueurs. Christophe est bien placé pour le savoir, à son époque, ça dépendait beaucoup de 'Zizou'".

Des polémiques incessantes

Souvent accueilli par une bronca au Stade de France en fin de mandat, Raymond Domenech se plaît à être une cible. "Tout petit, déjà, j’étais de tous les combats, à la façon d’un don Quichotte, prêt à défendre les uns et les autres. Donc à me retrouver contre l’opinion générale [...] cela me va bien", résume le sélectionneur en 2012 dans Psychologies Magazine.

Son mandat est aussi marqué par des bisbilles incessantes entre le sélectionneur et des consultants ou anciens joueurs, à l'image de Christophe Dugarry. Dans son livre 'Tout seul : Souvenirs', Domenech raconte son enguelade avec Jean-Michel Larqué, invité à voyager dans l'avion des Bleus: "Je n'en voulais pas de ce tailleur de costards". 

Les rumeurs bruissent aussi sur une fracture irrémédiable entre le sélectionneur et son groupe. "Coach, on s'ennuie pendant vos entraînements. On ne sait pas comment jouer, où se situer, comment s'organiser. Ça ne va pas", lui dit même Thierry Henry en 2009 selon Le Parisien.

Domenech achève son mandat au beau milieu de l'autodestruction de l'équipe de France à Knysna. Le récit est connu: l'affaire Anelka, son exclusion, la grève des joueurs et le communiqué lu à la presse par Domenech en face du car.

Le futur coach nantais finit sur une ultime faute de goût en refusant de serrer la main de son dernier adversaire, l'entraîneur de l'Afrique du Sud, Carlos Alberto Pareira après la défaite des Bleus (1-2).

SSa