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Juninho : "Ce n’est pas que je n’ai pas envie"

A 40 ans, Juninho ne nie pas être intéressé par la possibilité de devenir entraîneur de l’OL. Mais le Brésilien, qui a assisté à la défaite contre Angers samedi à Gerland (0-2), estime qu’il n’est pas encore prêt.

Juninho, qu’a-t-il manqué aux joueurs de l’OL samedi contre Angers (0-2) ?

Ils ont touché 760 ballons, c’est beaucoup. Il faut un peu plus d’agressivité, d’impact, de niaque. Quand tu perds le ballon, il faut essayer de le récupérer vite. Ton adversaire ne peut pas jouer facilement contre toi. Il y a certaines choses qui manquent dans cette jeune équipe. Ils ont été la plupart formés à la maison. Ils sont encore jeunes. Ils ne savent pas ce que c’est, la pression. Ça m’est arrivé aussi. Des fois, on réagit mal. La différence, c’est qu’on avait la culture et l’envie de toujours gagner. Ça nous aidait à passer les moments difficiles.

Comment analysez-vous les difficultés lyonnaises ?

Il y a la qualité technique. Après, je ne suis pas là tous les jours pour savoir ce qu’il se passe. L’impression, et tout le monde l’a eue, c’est que c’est une équipe qui est dans le doute, en perte de confiance, qui manque un peu d’agressivité. Ce sont des jeunes. Il manque quelque chose pour le haut niveau, cette niaque dont on a besoin, cette force, la rage. De temps en temps, il faut gagner avec l’envie, le courage, dans les duels. On ne peut pas dominer son adversaire chaque fois. Lyon est obligé de faire le jeu. Les adversaires viennent et en profitent. Dans une période difficile, il faut essayer de calmer un peu. Je suis passé par ça plusieurs fois, mais on avait une équipe plus âgée, avec beaucoup de compétiteurs. Ça s’apprend, de jour en jour.

Les blessures peuvent-elles expliquer cette mauvaise passe ?

J’ai vu beaucoup de talent techniquement, une équipe qui garde le ballon, qui essaye de jouer vers l’avant. Mais très peu de provocations, de changements de côté. Il y a pas mal de blessures importantes. L’entraîneur n’arrive pas à maintenir la même équipe. Si lui n’y arrive pas, les autres entraîneurs n’y arriveront pas non plus. Perdre un joueur clé comme Fekir a fait beaucoup de mal. A Madrid, quand ils ont perdu Özil à l’époque, il y avait Di Maria, Kaka… A Paris, s’ils perdent un joueur important, il y aura toujours les autres. Des joueurs du même niveau que Fekir, avec le pouvoir de décision, il n’y en a pas beaucoup. Grenier était blessé aussi. Il y a plein de choses. Je ne sais pas, mais de loin, l’équipe donne l’impression de ne pas très bien vivre ensemble.

Qu’avez-vous dit aux joueurs lors de la réception à la mairie de Lyon après le match ?

On y est juste allé pour fêter le dernier match à Gerland. J’ai parlé un petit peu avec Mathieu Valbuena parce que j’ai joué contre lui. Avec (Clément) Grenier et (Anthony) Lopes, aussi. Plutôt des joueurs que j’ai côtoyés quand j’étais encore à Lyon. Ils commençaient à travailler avec nous. J’ai parlé un peu aussi avec (Alexandre) Lacazette. Il était avec nous, il était monté avec l’équipe pro. C’était plutôt pour essayer de leur faire relever la tête, pour leur dire que c’était une période difficile et qu’il allait falloir s’en sortir ensemble.

On parle d’un duo Juninho-Houllier sur le banc de l’OL…

Je n’ai pas entendu (rires). Gérard, c’est un entraîneur qui m’a fait beaucoup progresser. Il m’a fait grandir comme joueur. Il n’y aura pas de problèmes à travailler avec Gérard, bien sûr. Mais j’ai une famille, tout un projet. J’ai un contrat avec une télé (O Globo, ndlr), jusqu’à l’Euro. J’ai été très bien à Lyon pendant huit saisons. Au moment de partir, il y avait un doute, mais c’était bien pour tous. Je vais le dire honnêtement : bien sûr que j’ai toujours envie de commencer une nouvelle vie dans le foot. Mais je ne suis pas prêt. Comme joueur, tu prends ton sac, tu signes trois, quatre ans de contrat et tu commences à jouer peu à peu. Mais comme entraîneur, ce n’est pas parce que je m’appelle Juninho, que j’ai une histoire à Lyon, que je ne vais pas être viré au bout de trois, quatre, cinq ou six mois si les choses ne marchent pas bien.

Avez-vous eu des propositions ?

J’ai déjà reçu de très bonnes propositions pour travailler au Qatar, mais avec un an de contrat et sans projet. Je n’ai pas envie de ça. Je ne vais pas arrêter les cours que j’ai avec l’UEFA (diplôme de manager général, ndlr). Ce n’est pas que je n’ai pas envie. Mais le projet n’est pas encore prêt. On est en train de réagir à chaud, sur les émotions. Il faut être raisonnable. Le football, c’était mon métier depuis tout petit. Ça continue à l’être parce que je travaille. Je ne rigole pas. Ce n’est pas le moment de rigoler. C’est un moment difficile pour le club. Il y a la pression des supporters qui réagissent avec l’émotion. Les gens qui sont dans le club n’ont pas le droit de réagir avec l’émotion, mais avec raison. L’émotion, c’est 10, 20%.

la rédaction avec Edward Jay