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Ligue 1: des speakers (presque) seuls au monde

Malgré le maintien des rencontres du foot professionnel dans ce contexte sanitaire difficile, des métiers liés au ballon rond sont bouleversés. Les speakers se retrouvent face à des sièges vides, un environnement inhabituel pour les showmen des stades de Ligue 1.

Gaël Vicedomini, le speaker du Nîmes Olympique ne travaille plus: "Le club m’a appelé en fin de semaine dernière en me disant qu’il n’avait plus besoin de moi tant que les matchs se disputaient à huis clos." La voix des Crocos ne résonnera plus au stade des Costières avant le retour du public. Depuis le 30 octobre et au moins jusqu'au 1er décembre, soit durant le reconfinement décidé par le gouvernement, le sport professionnel peut continuer en France, mais à huis clos. Des métiers liés au ballon rond se retrouvent bouleversés et les speakers font face à des sièges vides. Gaël Vicedomini, l’homme aux 14 années de fidèles et loyaux services, avait innové contre Metz: "On a fait un Facebook live avec le club de dix minutes pour la présentation des équipes. Le but était d’intégrer les supporters à l’avant match."

La volonté de ne pas oublier le public n’est pas propre au sud de la France. Au Losc, François Vandeweghe use d’Instagram pour partager sa vue du bord du terrain aux téléspectateurs: "J’échange beaucoup avec les Lillois avant les matchs et je fais passer des messages aux joueurs. Ça motive et ça fait du bien à tout le monde." François est toujours concerné par les matchs à domicile et son travail reste presque inchangé: "Ça me paraît logique qu’on soit présent, je n’ai plus de retour des tribunes après les buts mais au moins les joueurs ressentent qu’ils ne jouent pas un troisième tour de coupe de France."

'Le joueur est en train de s'échauffer, il entend son nom avec enthousiasme et peut être que pour lui ça compte"

L’Allianz Riviera accueille toujours son speaker les jours de matchs. Fabrice Mauro continue de donner de la voix: "A Nice, le stade résonne avec sa forme ovale, les joueurs m’entendent davantage. Dans tous les cas, je veux faire le taf, je n’ai pas envie de faire quelque chose au rabais. Le joueur est en train de s'échauffer, il entend son nom avec enthousiasme et peut-être que pour lui ça compte." Habitué à s’époumoner devant 20.000 spectateurs, l’annonce des compositions d’équipes est perturbante: "Balancer un nom et avoir un retour du public c'est un grand moment. La compo pour un speaker c'est un moment haut en couleur. Là je suis frustré, je donne un prénom et il n'y a rien qui revient." Sur les buts, c’est un peu à la volonté du speaker.

La voix du club de Montpellier, Eric Larchevèque, a décidé de moins s’emporter: "Je joue la sobriété, sur les buts, même si le MHSC n’a pas encore marqué, il n’y aura pas d’enflammade." A l’inverse des filets, les cordes vocales d’Eric tremblent moins. Pourtant, pendant le match, son soutien renaît: "Je me surprends à dire plusieurs phrases d’encouragement à haute voix que tout le monde entend. C’est vrai que c’est spécial."

"On a l’impression d’assister à un match amateur du dimanche après-midi"

Au Parc des Princes où l’absence du public se fait largement ressentir sur l’ambiance mais aussi dans les caisses du club, les joueurs eux semblent s’acclimater. "On a l’impression d’assister à un match amateur du dimanche après-midi. Mais t’as l’impression qu’ils sont à l’aise avec ça. […] On s’aperçoit quand même qu’il y a des matches d’un très bon niveau. Dès l’instant où l’arbitre donne le coup d’envoi ils sont vraiment dans leur truc", indique Michel Montana, speaker du PSG. Il laisse entrevoir un point positif au huis clos mais seulement du point de vue des joueurs: "Je suis content qu’on se rende compte combien le public est important. Je ne vais pas dire qu’il est plus important que les joueurs, mais il l’est tout autant."

Adrien Blettery avec RMC Sport