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Nice: Delort, sur des airs de Jean-Pierre Papin

Arrivé cet été en Côte d’Azur à Nice, Andy Delort (7 buts cette saison dont 5 avec le Gym) a largement été influencé, dans sa jeunesse, par les cassettes de Jean-Pierre Papin que lui faisait regarder son père. Au point, aujourd’hui, de partager plusieurs caractéristiques avec le Ballon d’or 1991.

Le 31 octobre dernier, Nice s’offrait une victoire sur le fil à Angers (2-1) libéré par une volée venue d’ailleurs signée Andy Delort déjà buteur peu avant l’heure de jeu. Après la rencontre, en zone mixte, l’attaquant revenait sur son dernier chef d’œuvre, sa 68e réalisation en Ligue 1.

"Mon père nous en a fait bouffer, expliquait-il en faisant référence à des cassettes de Jean-Pierre Papin vues et revues dans sa jeunesse. Il m’a envoyé un message d’entrée, ça fait plaisir parce qu’il aime ça, il m’a dit 'le premier t’as un peu de cul mais la deuxième c’est les cassettes que je t’ai fait bouffer.' C’est un hommage à lui, ça me fait plaisir."

Les différentes cassettes de "JPP"

Contactée par RMC Sport, la source d’inspiration s’est dite flattée se rappelant même d’un de ses buts face à Lille similaire à celui inscrit par le numéro 7 du Gym sur la pelouse angevine.

"Ce n’est pas la première fois avec Andy. Il m’avait dédicacé quelques buts il y a quelques années déjà. C’est un des seuls qui en parle régulièrement (de lui et de ses gestes) mais certainement parce qu’il l’a vécu avec ses parents, qu’il regarde les cassettes. Cela fait toujours plaisir de se retrouver là-dedans, sourit Jean-Pierre Papin persuadé de savoir à quelle vidéo l’attaquant niçois fait référence. La première cassette ce n’était que des buts mais je pense qu’Andy parle de la deuxième même s’il a dû toutes les voir. Sur celle-ci c’était l’entraînement et les buts, je pense que c’est ça qui l’a marqué. On était moi et Alain Casanova sur de longues séances d’entraînement, en un contre un. C’était des volées perpétuelles, des frappes dans tous les sens."

Ce que cherche à reproduire Delort au centre d’entraînement de la Plaine du Var selon Christophe Galtier. "Le but marqué par Andy ne doit rien au hasard. Deux jours avant il avait fait une séance devant le but où il avait ébloui tout le monde."

Avant de répondre à d’éventuelles ressemblances entre son joueur et le ballon d’or 1991: "Il est très instinctif dans le jeu comme pouvait l’être Jean-Pierre. On peut voir à l’entraînement quelques similitudes car il y a la répétition des gestes. Quand Jean-Pierre est arrivé à Marseille, il débordait d’énergie, il ratait beaucoup des choses et d’un coup on a dit 'tiens, il réussit'. Le premier but qu’il a pu marquer, sur des reprises de volée, des ‘papinades’, vous vous rappelez des 'papinades'? On a dit 'c’est de la chance', non, c’était du travail."

Une ressemblance dans le jeu et dans la tête

Coéquipier de Papin à Marseille entre 1988 et 1992, Eric Di Meco abonde dans ce sens. "Quand Jean-Pierre arrive à l’OM il connait une année difficile, il ne mettait pas beaucoup de buts, les supporteurs l’appelaient J’en Peux Plus parce qu’il vendangeait beaucoup, a estimé le membre de la Dream Team RMC Sport. Mais c’était un gros travailleur et avec ses séances devant le but il est devenu irrésistible. Quand on regarde Andy Delort, les séances qu’il doit faire à l’entrainement le font aussi progresser, lui font marquer des buts et devenir de plus en plus efficace. A Nice, il est monté d’un cran car c’est un club très ambitieux, à lui de confirmer. Il a la mentalité et la force de travail de Jean-Pierre qui était une machine de guerre physiquement."

Aujourd’hui consultant pour RMC Sport, l’ex-arrière gauche dresse les contours de leur ressemblance dans le jeu: "Quand on regarde Andy jouer il y a cette faculté à prendre les espaces, cette spontanéité au moment de faire le dernier geste. Je retrouve dans son jeu tout ce qui faisait la force de Jean-Pierre: la vitesse, l’envie d’aller de suite vers le but, ne pas réfléchir quand il faut aller au but, toujours tenter sa chance et même quand il n’est pas en réussite, continuer à le faire. Un joueur moyen, tendre, on peut lui montrer des cassettes de JPP pendant tout un mois 24/24h je ne suis pas sûr qu’il atteigne les objectifs qu’a atteint Delort donc c’est qu’il avait des prédispositions au départ par son physique, par sa mentalité, par son envie de réussir."

Papin: "Quand il ne marque pas il est triste comme je l’étais moi"

En plus des gestes acrobatiques, du travail de gestes à répétition, la comparaison se justifie également sur le plan caractériel. "Jean Pierre était tellement exigeant qu’il pouvait en devenir pénible, se remémore Di Meco. J’ai le souvenir de lui qui boudait quand on gagnait 3-0 et qu’il n’avait pas marqué. En regardant le comportement d’Andy Delort sur le terrain, il a l’air d’avoir la même mentalité."

Jean-Pierre Papin confirme: "Quand on est à ce poste il faut aimer courir, ne pas rechigner sur les efforts et avoir envie de marquer tout le temps. Ce sont deux caractères que je vois régulièrement avec Andy. Quand il ne marque pas il est triste comme je l’étais moi, c’est dans nos natures."

Andy Delort avec Nice
Andy Delort avec Nice © Icon Sport

Entraineur de C’Chartres (N2) depuis l’été 2020, celui qui regarde encore aujourd’hui ses buts d’antan pour "se rappeler des souvenirs et continuer à vivre de ce beau métier" observe l’attaquant niçois d’un œil attentif.

"Quand je le regarde jouer je sais qu’il va se passer quelque chose, il peut être brouillon pendant de longues minutes et à un moment il va sortir un truc que ne font pas les autres, c’est ce qu’on attend quand on regarde Andy Delort, explique encore Jean-Pierer Papin. On n’est pas buteur par hasard, il a le nez, le pied qui va bien, il a ça dans le sang. Quand il a l’opportunité même si c’est compliqué il tente la chose."

Et il continuera certainement de tenter ce dimanche, sur la pelouse du promu clermontois. Si les cassettes ne sont peut-être plus d’actualité, c’est sur les réseaux sociaux que ses prochains buts pourraient faire le tour du monde. A l’époque du "highlights", le buteur à la larme se distingue déjà, une vidéo de ses buts compilés cumulant plus d’un million de visionnage.

Clément Brossard