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OL: Vaudeville Genesio-Aulas, qui est responsable?

Après la tragi-comique non reconduction de Genesio (pour l'instant) par Jean-Michel Aulas après la pitoyable élimination en Coupe de France face à Rennes, RMC Sport pointe les responsabilités des uns et des autres.

Comment on en est arrivé là?

C’est l’histoire d’un match au long cours avec beaucoup d’acteurs qui ont "marqué contre leur camp": car tout le monde s’y est mis du président à l’entraîneur, des joueurs aux supporters. Mais qui a "scoré" en premier? Quel est le buteur décisif? Qui a les clefs pour rebondir? RMC Sport vous livre quelques éléments de compréhension d’un psychodrame à la lyonnaise qui puise ses racines bien avant cette soirée de cauchemar. Et qui rappelle les grandes heures de la gestion d’un coach, lui aussi bousculé, un certain Claude Puel.

Les joueurs: Pas de lâchage, mais beaucoup de nonchalance

Sans envie face à Rennes, ils ont laissé passer une occasion unique d’emmener "le peuple lyonnais" au Stade de France, cinq ans après le dernier voyage (perdu) et sept après celui gagnant de la Coupe de France 2012. Circonstance aggravante: ils l’ont fait dans une rencontre à la maison. Mais est-ce surprenant quand on sait qu’ils ont fait vivre à leurs supporters le même supplice en janvier en Coupe de la Ligue dans une opposition à leur portée, face à Strasbourg en quart de finale de Coupe de la Ligue (1-2)? Sans oublier une autre couleuvre à faire avaler aux fans, il y a un an, une couleuvre à deux têtes: d’abord l’élimination à la maison en 8e de finale d’Europa League face à Moscou après avoir fait l’essentiel à l’aller (0-1 et 94% de probabilité de passer) mais en se prenant les crampons dans le tapis au retour (2-3). Et c’est un autre Olympique (celui de Marseille) qui deux mois plus tard participe à la finale organisée au Groupama Stadium.

Et sans le savoir, la bande à Nabil Fekir a aussi fragilisé son entraîneur, Bruno Genesio qui arrive en conférence de presse d’après match, les yeux rougis par l’élimination mais aussi par la déception de ne pas avoir compris le (non) match de ses hommes. Et dire que la veille, Anthony Lopes avait servi de guide mental en expliquant en conférence de presse qu’il fallait avoir "l’image qu’on soulève la Coupe" comme repère…

"Rien ne surprend dans leur production de mardi soir, ils ont fait ce qu’ils font d’ordinaire, dans leur style mêlant nonchalance et investissement intermittent", résument deux anciens de la maison, désormais spectateurs neutres qui balayent par ailleurs la théorie facile du "lâchage" du coach. Certaines attitudes ressenties de la tribune de presse mais peut-être aussi en bord de terrain, pourraient laisser penser le contraire, même s’il est difficile malgré tout, de quantifier cette donnée "intime" du vestiaire.

Bruno Genesio: Des erreurs fatales

"A trop vouloir jouer «corporate», il ne s’est pas fait respecter", décrypte un habitué de la maison. "Corporate"?, car Bruno Genesio a tellement son club dans le sang qu’il en a oublié les fondamentaux du football moderne, à l’image du timing de la prolongation de son bail. En acceptant de ne pas être prolongé malgré la qualification directe en Ligue des champions en mai 2018, il s’est mis dans une position difficilement tenable au fil du temps d’une saison en dents de scie. A l’époque, il ne veut pas d’agent et encore moins de conseiller juridique. Un tort comme une faute originelle pour un proche: "il aurait du gérer cela dès le mercato d’hiver, en surfant sur la qualification en 8e de finale de la Ligue des champions, quitte à inclure des avenants calqués sur la fin de saison et la qualité de celle-ci au niveau national". Le 27e entraîneur de l’histoire de l’OL a dit vouloir se battre pour atteindre la 2e place et gratter quelques points sur Lille avant la confrontation de la 35e journée. C’était à chaud après la sentence présidentielle vécue en direct à ses côtés mardi soir. Il compte bien se servir de ce fil rouge au cours de la série à venir (8 matches) pour relever ce défi d’une qualification en Ligue des champions en fin de saison. Un défi qu’il devra mener avec des joueurs motivés. Et peut-être l’a-t-il déjà fait ce retour ce mercredi matin en piquant l’orgueil de ses hommes qu’il a retrouvés après une toute petite nuit?

Les supporters: le malaise jusqu'au bout

L’encre au bas du contrat est à peine sèche juste avant noël 2015 qu’une pétition recueille sur la toile plus de mille signatures contre son passage d’adjoint de Hubert Fournier à numéro 1 pour les 18 mois qui suivent. Le Genesio-bashing ne cessera jamais, malgré la remontée de la 9e à la 2e place en 6 mois, puis la demi-finale d’Europa League l’année suivante ou encore la qualification en LDC en mai 2018. Le 4e entraîneur de l’OL en terme de longévité (177 matches) affiche quelques statistiques flatteuses (3e meilleur taux de victoire avec 55%) derrière Houllier et Perrin et quelques victoires dans les derbies face à St Etienne (dont le 0-5 de novembre 2018); mais rien ne renverse la tendance et le piège se renferme peu à peu: "On ne peut pas me faire croire que l’atmosphère ambiante n’influe pas sur la sérénité de ses choix, ressent un ex-joueur. Forcément, dans sa tête, cela joue. Il est humain. Mardi soir, il aurait du sortir Nabil Fekir et faire rentrer Memphis. Et donner sa chance à Terrier, qui est en forme. A ce moment de la saison, tu tranches et tu arrêtes de subir le poids des statuts."

Jean-Michel Aulas, le pompier pyromane

Si son coach a les yeux rougis par la déception quand il arrive en conférence de presse moins de 10 minutes après le coup de sifflet final, le "Prez" qui l’accompagne a son regard des mauvais jours: noir et perlé de colère froide et palpable. "Quand j’ai vu qu’il parlait pendant 10 minutes sur les journalistes, je me suis dit, il ne va pas bien. La situation lui échappe", raconte, après coup, un ex de l’OL, rompu aux us et coutumes (médiatiques) de JMA. Alors qu’un autre, proche du staff actuel, douze heures plus tard avoue toujours et sans complexe: "je n’ai toujours pas compris ce qu’il s’est passé". Il conclut sa phrase d’un sourire qui souligne le surréalisme de la situation qui lui rappellera forcément des sorties médiatiques de l’époque de Claude Puel où les crises se multipliaient, notamment lors de sa dernière saison en 2010-2011.

Jean Michel Aulas affiche donc son regard noir. Et pour cause, son plan ne s’est pas déroulé sans accroc. Cette élimination en demi-finale chez lui fait tâche. Car ce "détail" - être battu par Rennes (les buts de ce Lyon Rennes à revoir par ici) qui avait déjà gagné pour la première de Julien Stéphan en décembre … - avait échappé à son scénario initial: "C’est dans son ADN de toujours penser positif et de zapper les scénarii catastrophe", expliquent les familiers du boss. C’est lors des préparatifs, en fin de semaine dernière, du comité de gestion de lundi soir que certains lui ont fait remarquer qu’au foot, il y a la "glorieuse incertitude du sport".

Au fil du week-end, l’idée de ce deal (finale + podium) prend forme. Il sera validé par les 14 membres du "board". Bruno Genesio l’accepte, emporté par la certitude de JMA qui pense très fort que la gagne face aux Bretons emballera l’annonce faite aux supporters. C’est ce lien et le côté persuasif du président qui a si souvent guidé les pas lyonnais depuis des années. En mars 2018, il avait réussi a renverser la tendance après l'épisode moscovite et le match à Marseille 72 heures plus tard pour emballer le sprint final. Cette fois, ça n'a pas marché.

En quelques sorte, en voulant aider son entraîneur en allant à rebours de l’agora des supporters et en minimisant l’aléa défaite face à Rennes, il l’a fragilisé. D’autres observateurs attentifs et anciens de la maison résument avec une autre formule plus cruelle: "à user le côté maison et ADN OL de son technicien, JMA en a abusé. A trop vouloir protéger son entraîneur, JMA ne l’a-t-il pas condamné?" 

Et maintenant?

Dans tous les cas, la marge de manœuvre de tous ces acteurs reste étroite alors que se profile un théorique "banal" match de Ligue 1 face à Dijon samedi à 17h où seront scrutées les attitudes (frondeuses quitte à effriter encore le mental friable de l’équipe?) des supporters, qui reviendront au stade, quatre jours après l’échec rennais.

Jean-Michel Aulas devra mener plusieurs fronts en parallèle: la gestion du quotidien mouvementé avec un staff technique à l’avenir flou alors que vont commencer à fleurir les rumeurs amenant de nouveaux coaches à l’OL … La routine des années Claude Puel, en quelque sorte.

Quant aux joueurs, il leur reste huit matches (Dijon, Angers, Lille et Caen à la maison, Nantes, Bordeaux, Marseille et Nîmes à l’extérieur) pour resserrer les liens et finir la saison en trombe pour si besoin, en tirer un profit personnel en terme de transfert cet été.

Bruno Genesio devra activer les bons leviers du rebond pour afficher sur son CV une nouvelle qualification en Ligue des champions, dans 39 jours au soir de la 38e journée. En cas de réussite, il pourrait se targuer, avec l’aide d’un agent désormais (Pini Zahavi) à Lyon ou ailleurs d’une troisième qualification en Ligue des champions en quatre saisons à la tête du groupe professionnel. En cas d’échec, il restera sur le quai avec une fin de contrat pour la fin du mois de juin, et donc sans aucune indemnité de départ.

Edward Jay