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OM: le Vélodrome, Mandanda, son jeu au pied, l'interview intégrale de Pau Lopez

Pau Lopez s’est longuement confié à RMC Sport avant le match à Lyon dimanche. Il évoque ses premières sensations (13 matchs titulaire dont sept sans encaisser de buts), l’ambiance unique du Vélodrome, les consignes de Sampaoli. Le gardien espagnol se montre aussi très sincère et loquace au moment d’évoquer la concurrence avec Mandanda.

Pau Lopez, quelles sont vos premières sensations après quelques semaines à l’OM?

Je me sens très bien intégré ici à Marseille. Je profite de chaque instant avec une vraie envie de venir m’entraîner tous les matins. Je prends beaucoup de plaisir et j’ai le sentiment d’avoir fait le bon choix cet été.

Vous n’aviez pas hésité quand l’OM vous a contacté?

Je connaissais un peu Marseille forcément, par sa réputation et car c’est un club qui a souvent été qualifié en Coupe d’Europe. Quand la Roma m’a prévenu qu’ils ne comptaient pas sur moi, j’ai eu une discussion avec Pablo Longoria. Il m’a expliqué le projet de l’OM, le projet de jeu de Sampaoli, les recrues envisagées. J’ai aussi posé la question à Alvaro, que je connaissais de l’Espanyol Barcelone. On a parlé du club, du secteur sportif, de l’ambiance. Alvaro adore tellement Marseille et ce Vélodrome que je ne sais pas si c’était la personne la plus objective! La seule chose qui m’inquiétait, c’était de vivre un nouveau changement de pays. J’ai connu Londres avec ma femme, on est passés à Séville, puis à Rome, avec trois enfants désormais… C’était ma préoccupation majeure. Si ta famille n’est pas bien, toi non plus tu ne vas pas être à l’aise, c’est une réalité.

"Le Vélodrome? Une ambiance incomparable…"

L’ambiance du Vélodrome, cette passion dans les virages derrière les buts, aviez-vous déjà vu cela?

C’est une ambiance qu’on ne voit pas ailleurs dans les grands championnats européens. Il y a un peu cette passion à Séville, avec le Betis et le FC Séville. Mais ces deux tribunes, ces deux virages derrière chaque but, avec autant de gens, de folie, d’animations… Je ne saurais pas vous dire s’il y a un stade en Europe qui arrive à la hauteur du Vélodrome. Dans les championnats que j’ai connus, c’est incomparable.

Sur les 13 matchs que vous avez disputés, il y en a eu sept sans encaisser de buts, c’est le signe d’un bon début de saison sur le plan personnel?

Mon début de saison a forcément été particulier. Je n’ai pas eu de préparation physique, j’ai fait un seul match amical. Je me sens de mieux en mieux. Les premiers matchs, tout était un peu nouveau: mes partenaires, s’habituer à l’équipe, que l’équipe s’habitue à toi… Sept matchs sans encaisser de but, c’est très positif. Cela montre qu’on travaille bien tous ensemble.

"Je retrouve les sensations que j’avais au Bétis"

On est donc proche de voir le meilleur niveau de Pau Lopez?

Je retrouve vraiment les sensations que j’avais par exemple au Betis ou à l’Espanyol Barcelone, des sensations que j’avais un peu perdues, c’est vrai, à Rome. Je ne sais pas si je suis à mon meilleur niveau ou si ce sera pour bientôt, mais je me sens très bien, physiquement et mentalement, avec beaucoup d’envie et de confiance pour aider l’équipe.

Face aux premières critiques ou aux débats sur la concurrence avec Steve Mandanda, on vous a toujours senti serein, tranquille. C’est votre caractère?

Je savais où j’arrivais. Et je trouve cela très bien que les supporters apprécient autant Mandanda. Steve est une légende ici. Il est resté de nombreuses saisons au très haut niveau, et ce changement a forcément choqué. Mais je prends les choses très simplement. Je profite de mon quotidien. A l’entraînement, on essaye de s’améliorer mutuellement, et pour moi Steve est vraiment un exemple à suivre

"Avoir Steve à mes côtés, ça me booste et m’oblige à être au maximum"

Le débat existe dans d’autres clubs aussi, au PSG par exemple avec la concurrence Navas-Donnarumma. N’est-ce pas mieux quand un gardien sait qu’il est le titulaire, quand il est moins sous pression?

Je ne pense pas que cette concurrence soit un souci. Le problème, il est pour l’entraîneur, qui doit faire un choix. Moi, je vois le bon côté des choses: il faut être à fond tous les jours, ne jamais se relâcher. Si tu sais que tu es un titulaire indiscutable, tu peux avoir tendance à croire que c’est acquis, donc moins faire les efforts, car tu sais que tu vas jouer. Avoir Steve à mes côtés, ça me booste, ça m’oblige à être au maximum de mes performances. Ne serait-ce que par respect, car l’entraîneur te fait confiance et parie sur toi alors qu’il y a un gardien du standing de Mandanda dans l’effectif. Tu te dois absolument d’être à 100%. Par respect pour Steve, l’entraineur et l’équipe.

"Je ne me suis jamais senti titulaire au poste de gardien à l’OM"

Vous ne vous sentez donc pas dans la peau d’un titulaire, aujourd’hui?

Non. Je ne me suis jamais senti titulaire au poste de gardien à Marseille. Le "Mister" (Jorge Sampaoli, NDLR) décide avant chaque match. Je dois être prêt pour tout. Si je joue, pour être performant. Si je ne joue pas, pour mettre Steve dans les meilleures conditions afin qu’il soit performant comme il l’a été lors du dernier match face à Metz.

Est-ce vrai que Sampaoli vous annonce son choix le jour même du match?

Oui, le jour du match. En général, il fait une réunion le matin pour faire le point sur l’aspect tactique, notamment au niveau des coups de pieds arrêtés. Et c’est là que l’on sait qui va jouer, qui est titulaire. Avant ce moment-là, personne n’est au courant!

Avez-vous déjà parlé avec Steve de cette concurrence?

Je ne crois pas qu’il y ait vraiment la nécessité de clarifier les choses. C’est assez simple. On est tous les deux, on donne le maximum, et c’est Sampaoli qui décide. C’est un sentiment ou un concept bizarre de penser qu’il faudrait être en conflit avec l’autre gardien si tu ne joues pas. Cette concurrence est vraiment saine. A la limite, si on doit se fâcher avec quelqu’un car on ne joue pas, c’est avec l’entraîneur et non avec son coéquipier. Ce serait un peu égoïste, au final, de raisonner ainsi et de se dire que si un coéquipier prend ta place, il devient un ennemi ou un rival. Bon, l’idée n’est pas non plus de se fâcher avec l’entraîneur… Mais avec Steve, on s’aide, on parle, on se respecte. La relation est bonne, on est ensemble.

"Je ne prends jamais mal le fait que le public chante pour Mandanda, ce serait ridicule!"

D’ailleurs les supporters marseillais ont salué vos récentes performances. Ça n’enlève pas l’amour que les gens ont pour Mandanda, mais globalement l’avis des gens reste positif à votre égard, le ressentez-vous?

L’amour que les gens ont pour Steve est quelque chose d’admirable. J’espère réussir à avoir un jour, dans ma carrière, ne serait-ce que la moitié de ces gestes d’affection qui lui sont dédiés. C’est magnifique de voir comment les gens scandent son nom, ou même cette chanson qui lui est consacrée au Vélodrome. Peu de joueurs parviennent à avoir cette reconnaissance. Il faut admirer cela, et ça ne met pas plus de pression. Jamais je ne prends mal le fait que le public chante pour Mandanda et je ne considère pas que c’est contre moi, ce serait ridicule! C’est simplement de l’admiration pour un joueur qui a énormément donné au club et qui mérite cette reconnaissance.

Parlons foot. Jouer haut et relancer court, comme vous le faites, est-ce typique des gardiens espagnols?

Tu dois en fait t’adapter à ce que te demande le "Mister". Jorge Sampaoli veut que l’on ressorte le ballon très bas, même sous pression, et que l’on défende haut, quand on n’a pas la balle. Il faut s’adapter. Peut-être que dans quelques temps un autre entraîneur viendra et nous demandera de balancer loin devant quand on est sous pression. Évidemment, le joueur qui parvient à s’adapter aux consignes d’un entraîneur aura plus de chances de pouvoir jouer. A ce niveau, tu dois avoir cette capacité d’adaptation. Il ne faut pas croire que Sampaoli fait cela uniquement pour le plaisir et le beau jeu. Il veut surtout gagner, comme tous les entraineurs. Mais il pense que la meilleure façon de gagner, c’est en jouant comme ça, en essayant d’attirer l’équipe adverse. Il ne veut pas que l’on fasse 25 passes dans notre surface de réparation, mais il souhaite arriver attirer les adversaires, pour ensuite jaillir dans le camp adverse, et avoir alors moins de défenseurs face à nous. Les matchs dans lesquels on a eu des difficultés, ce sont notamment les rencontres où un bloc de 11 joueurs ne te laissait aucun espace et, ça, c’est plus compliqué.

"Les relances courtes? Ce n’est pas aussi difficile ou ‘dramatique’ que cela peut en avoir l’air vu des tribunes"

C’est d’ailleurs une prise de risques assumée par Jorge Sampaoli…

Oui, mais je crois que la sensation, vue de l’extérieur, est différente par rapport à celle que l’on ressent sur le terrain. L’équipe sait ce qu’elle fait, on connaît notre manière de jouer, et c’est plus simple que cela en a l’air. Quand les joueurs sont bien placés, que chacun est à son poste, tu sais sur qui tu peux t’appuyer. Des fois, évidemment, il peut y avoir des situations un peu limite, on peut se tromper dans notre sortie de balle mais, en théorie, ce n’est pas si difficile. Ce n’est pas aussi ‘dramatique’ que cela peut en avoir l’air vu des tribunes.

Vous faites notamment référence à la fin de match contre la Lazio?

Les gens vont au stade et veulent que l’équipe gagne. Des fois ils doivent se dire: "Mais que fait ce gardien à garder le ballon dans les pieds sans bouger?!" On peut comprendre que les supporters s’agacent, voire même te sifflent, car ils vivent le match, ça peut se comprendre. Mais c’est notre façon de jouer. Balancer pour balancer, des fois c’est bien pire que de faire ce que tu as planifié, travaillé, bref de respecter ta manière habituelle de jouer. Mais je pense qu’il n’y avait rien de personnel ou contre moi. C’est simplement la passion qu’il y a dans les tribunes, l’envie de gagner et cette fausse impression que l’on reste calme avec le ballon.

"OL-OM… forcément spécial"

Alvaro vous a-t-il parlé de la rivalité OL-OM?

Oui, je sais que ce match de dimanche est forcément spécial, que les deux rivaux de l’OM sont surtout Lyon et Paris. On va essayer de donner le maximum pour rendre les supporters marseillais fiers et heureux, après cette rencontre, même si en face il y a une très bonne équipe avec de grands joueurs.

Sentez-vous cet OM capable d’accrocher le podium?

Il reste quasiment deux tiers du championnat à jouer, je ne sais pas s’il est vraiment utile de se fixer un objectif trop tôt. Il faut se concentrer sur chaque rencontre, mais si on fait les choses bien on peut faire de grandes choses. On a une équipe avec de beaucoup de qualités, il faut le démontrer sur le terrain. En football, on a le classement qu’on mérite, donc le football décidera du poste que l’on doit occuper au classement en fin de saison.

Êtes-vous ressorti rassuré ou inquiet après le bloc de sept matchs disputés avant la trêve?

On a joué des matchs contre de grandes équipes, notamment Paris ou la Lazio. Sur beaucoup de ces matchs, on a terminé la rencontre avec le sentiment d’avoir été meilleur et d’être passé près de la victoire. A chaque fois, le match nul n’était pas totalement injuste mais tu finis avec la sensation d’être passé tout près de la victoire. On aurait dû gagner le dernier match contre Metz, mais globalement l’équipe est en progrès. Il reste neuf matchs avant de finir l’année, et ils seront probablement décisifs aussi bien en Ligue 1 qu’en ligue Europa. Il faudra être solide et efficace.

"C’est un défi d’imposer un style de jeu différent dans cette Ligue 1"

L’Espagne suit-elle de plus en plus la Ligue 1?

Évidemment, l’arrivée de certains joueurs comme Messi, aux côtés de Neymar à Paris, donne de la valeur et de l’intérêt à cette Ligue 1. Je ne suivais pas trop le championnat de France jusqu’à maintenant mais c’est vrai que j’ai été surpris par le niveau de beaucoup d’équipes, par l’ambiance dans les stades. C’est un championnat très attrayant, avec des matchs relativement équilibrés. La Ligue 1 est plus physique qu’en Espagne ou en Italie, avec des équipes qui jouent beaucoup en contre, avec donc des transitions très rapides. Notre style de jeu est différent. C’est donc un défi très motivant d’essayer d’imposer son jeu et de prendre le contre-pied de ce qui se fait dans la majorité des équipes en Ligue 1. On verra si ce style nous permettra d’atteindre le haut du classement.

Avez-vous un message pour les supporters marseillais?

J’ai l’impression qu’ils me respectent et m’ont bien accueilli. Je ne peux que remercier les supporters d’accepter l’idée que je joue dans leur club. Chaque match que je joue avec l’OM, je le vis comme quelque-chose d’incroyable, surtout le fait de profiter du Vélodrome. Jouer ici est une chance que peu de joueurs vont réussir à avoir dans leur carrière. Cela procure des souvenirs qui me marqueront à vie. Le jour où vous quittez le Vélodrome, cette ambiance vous manque, forcément. Comme je le disais, il n’y a pas d’endroit similaire, où l’on vit autant le football. Donc qu’ils continuent d’encourager l’équipe comme ils le font, et j’espère qu’on leur apportera le bonheur qu’ils méritent, en fin de saison.

F.Germain