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PSG: "Prendre un but plutôt que dégager n’importe où", Verratti se livre "comme jamais" sur son amour du risque

Marco Verratti porte les couleurs du PSG depuis sept ans. Mais ça fait bien plus longtemps encore qu’il prend des risques insensés sur le rectangle vert. Et malgré les critiques et les sueurs froides, l’Italien de 26 ans n’a pas l’intention de changer son style de jeu, comme il l’a expliqué dans l’émission Comme jamais sur RMC Sport 1. De toute façon, il ne sait pas faire autrement.

Pour l’amour du risque est une célèbre série TV américaine, diffusée au début des années 1980, dans laquelle un couple de milliardaires (Jonathan et Jennifer Hart) jouent les détectives amateurs. C’est aussi un morceau mythique du rap français, sorti en 1997 par la Fonky Family sur la BO du premier film Taxi. "Rien n’est prêt de changer sauf les gueules des bouffons sur les billets", balançait alors Sat, le leader du groupe marseillais. Vingt ans plus tard, Marco Verratti continue de porter cette philosophie selon laquelle la vie doit être assaisonnée d’un zeste de danger. Un credo que le milieu de terrain du PSG applique balle au pied, en mondovision. Sans jamais laisser l’enjeu ou la pression pervertir son âme de funambule.

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Dans des zones où la plupart de ses semblables ont le pied qui tremble, lui conserve tranquillement le cuir et multiplie les feintes du corps. Jusqu’à trouver l’ouverture. Quitte à donner des sueurs froides à tout un stade. "C’est vrai que je déteste dégager le ballon sans savoir à qui je le donne. Je déteste vraiment ça, explique l’artiste italien dans un entretien fleuve accordé à l’émission Comme jamais (diffusée ce mercredi sur RMC Sport 1). Je préfère prendre un but plutôt que de dégager n’importe où. Je n’y arrive pas et je n’y arriverai jamais."

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"On me prend pour un fou"

Une posture jusqu’au-boutiste sur laquelle le surdoué de Pescara a lui-même du mal à mettre des mots. "C’est dur à expliquer. Je pense que certains sont nés pour jouer au football. Parfois, tu arrives à faire des choses parce que tes pieds le font tout seuls. Tu ne sais pas comment. On me prend pour un fou mais ce sont des choses dont je ne me rends même pas compte." Dans un football de plus en plus lisse et discipliné, la "folie" du jeune Marco lui a permis de se faire rapidement remarquer. Dès ses premières sorties avec le club de la capitale, à l’été 2012, le gamin effronté a séduit l’assistance grâce à son insouciance et sa finesse technique.

Paris n’avait encore jamais vu un tel phénomène dans l’entrejeu. Il n’existe d'ailleurs pas deux Verratti sur la planète foot. Son style est inimitable. "C’est ma façon de jouer. Je savais que je devais faire les choses que je maîtrise. Jouer de façon naturelle et pas essayer de tout changer", se rappelle celui qui sera vite adoubé par Zlatan Ibrahimovic et annoncé comme "le nouveau Pirlo" (une comparaison pas tellement pertinente).

"Je sais ce que je dois faire avant que le ballon arrive"

Sept ans après son arrivée, l’international italien (35 sélections) est aujourd’hui un cadre de la maison rouge et bleue. Et tout le monde a pris l’habitude de ses numéros périlleux sur le pré. Lorsqu’il reçoit le ballon à l’entrée de sa surface de réparation, le "regista" de poche (1,65m) attend volontairement de se faire presser par plusieurs adversaires, jusqu’à les laisser croire qu’il est pris au piège, avant de s’enfuir par un trou de souris ou délivrer une passe qui prend tout le monde à revers. C’est sa spéciale. Une marque quasiment déposée.

"J’ai toujours dans l’idée qu’en te dégageant un peu d’espace, tu peux chercher à faire une bonne passe, détaille sereinement l’intéressé. Si tu arrives à trouver un coéquipier derrière cinq ou six adversaires, tu élimines ces joueurs de l’action. J’arrive à voir mon coéquipier avant que le ballon arrive. Je sais déjà un peu ce que je dois faire. Ça me permet de réfléchir plus vite et d’agir plus rapidement. Ce sont des choses qui me viennent naturellement. Je connais mes points forts. Quand je protège le ballon, je suis à l’aise parce que je suis un peu petit. J’arrive à bouger très vite. Je cherche toujours une passe dangereuse derrière le dos de la défense, surtout quand l’équipe d’en face jouer regroupée".

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"C'est plus difficile de gagner en jouant mal"

La formule fonctionne à merveille la plupart du temps, même si elle n’offre aucun filet de sécurité. Car si Verratti se manque dans une telle situation, il offre forcément une occasion de but à l’équipe adverse. Il en a parfaitement conscience et se nourrit volontiers de cette adrénaline. Avec la bénédiction de ses entraîneurs. Lors de son éclosion avec Pescara en Serie B, Zdenek Zeman l’a tout de suite encouragé à utiliser son instinct. Carlo Ancelotti, Laurent Blanc et Unai Emery ne lui ont jamais retiré cette liberté au PSG. Pas plus que Thomas Tuchel, avec qui il s’entend très bien depuis un an et demi. "J’ai eu la chance d’avoir des entraîneurs qui voient le football de la même manière que moi. Des coaches qui veulent la possession de balle. J’aime beaucoup le rôle que j’ai dans l’équipe et la façon dont on joue en ce moment."

Adepte du redoublement de passes et des crochets imprévisibles, Verratti aime combiner dans les petites espaces pour faire la différence. En essayant de maîtriser au maximum les événements. Son épanouissement en short et crampons passe par la domination de son équipe. Courir après le ballon et passer 90 minutes à colmater des brèches, très peu pour lui. "Je n’arrive pas à accepter le fait d’être toujours derrière. Le football d’aujourd’hui est très physique. Il y a beaucoup d’équipes qui jouent en contre-attaque. Ce n’est pas spectaculaire mais c’est parfois efficace. Moi, je préfère bien jouer pour gagner. Si une équipe joue bien, elle a beaucoup plus de possibilités de l’emporter. C’est plus difficile de gagner en jouant mal. Tu peux le faire une fois ou deux, mais à la longue je ne pense pas que tu puisses gagner grand-chose d’important."

"Je ne suis pas Roberto Carlos mais j’ai une bonne frappe"

Focalisé sur le beau jeu, le numéro 6 des champions de France en oublie parfois l’essentiel. Alors qu’il est en position idéale pour frapper, il cherche le plus souvent une passe supplémentaire, difficile à réaliser. Résultat: il marque très peu pour un milieu de terrain (9 buts en 288 matchs avec le PSG, toutes compétitions confondues). Et c’est l’un des principaux reproches qui lui est fait. "Je ne suis pas Roberto Carlos mais j’ai une bonne frappe. Une frappe normale quoi, se défend le délivreur de caviars. Mais j’essaie de faire ce qui me passe par la tête. Dès fois, je le sens mieux de faire une passe à un coéquipier bien placé, parce qu’il a plus de chances de marquer en étant près du but que moi à 30 mètres."

Malgré cet excès d’altruisme, Verratti sait qu’il doit se faire violence pour franchir un cap et être enfin considéré comme une référence mondiale à son poste. A l’heure où les statistiques vampirisent l’attention et relèguent le romantisme au seconde plan, il n’a pas vraiment le choix. "Je dois être plus décisif, même si ce n’est pas mon rôle principal, reconnaît le joueur de 26 ans. Tout le monde me dit: 'Pourquoi tu ne marques pas beaucoup de buts?' Je cherche plus à faire de bonnes passes, à trouver un partenaire qui peut être dangereux. Mais c’est vrai que j’aimerais bien marquer un peu plus."

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Et être un peu moins averti aussi. Car c’est l’autre grande critique qui accompagne sa carrière: Marco proteste sans cesse auprès des arbitres. Avec son visage scandalisé et ses gestes théâtraux, il vient contester chaque décision comme si la terre entière était contre lui. Une attitude qui lui a valu une pluie de cartons ces dernières années (85 jaunes et 5 expulsions avec le PSG).

Mais sur ce point, il sera certainement difficile de le faire rentrer dans le rang. Parce que c’est plus fort que lui. "Je trouve qu’on arrête les matchs toutes les vingt secondes pour tout et n’importe quoi, ose le plus bavard des Parisiens sur le terrain. Pour les spectateurs qui suivent le match, ça devient trop lent. En Italie, c’est normal de parler avec l’arbitre. Ici, si je demande: 'Monsieur l’arbitre, combien de temps il reste?', il ne me répond pas. C’est normal ça? C’est pareil à tous les matches. Mais je pense qu’ils font ça parce qu’ils savent que c’est moi." C’est le risque lorsqu’on porte ses convictions avec autant d'ardeur. Et à bien y regarder, c'est peut-être même une belle preuve d'amour. L'amour du risque, sans doute.

https://twitter.com/AlexJaquin Alexandre Jaquin Rédacteur