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Riolo: "Bielsa, décryptage d’une démission"

Daniel Riolo

Daniel Riolo - -

Retour sur le départ de l’OM de Marcelo Bielsa samedi soir après la défaite face à Caen (0-1) lors de la 1ère journée de L1 et analyse de l’affaire.

Pendant que les chiens continuent d’aboyer, la caravane Bielsa est donc rentrée en Argentine. Bon débarras, le foot français dans sa très large majorité, du public aux consultants en passant par les acteurs, joueurs, entraîneurs et dirigeants, est ravi ! Un tel consensus reste à mes yeux effrayant. Depuis des années, je déplore justement cette pensée unique et dominante qui paralyse notre foot. J’ose à peine imaginer si on avait eu Mourinho en L1, ou Van Gaal, ou Zeman, ou Klopp… On a eu Ancelotti, le plus sage de tous et ça a été une boucherie.

Autour de ce départ, j’ai lu des choses d’une telle violence. Tout ça pour du foot !? Des éminents confrères m’ont dit que j’étais devenu « infréquentable » ! Comme une mise en garde. Une passion, une violence folle ! J’ai entendu des « acteurs » qui d’habitude ne parlent jamais de ce qu’il se passe ailleurs, se lâcher ! On donnait des leçons à tour de bras. Un seul exemple parmi mille des donneurs de leçons, Triaud, celui qui pendant six mois cherchait à nous faire avaler que Blanc ne bougerait pas de Bordeaux alors que tout le monde savait depuis décembre qu’il avait signé avec la FFF. Vous me direz, il n’était peut-être pas au courant. Et ceci nous ramène au cœur du sujet, le seul qui vaille vraiment dans cette affaire Bielsa. Toujours le même : Qui gère nos clubs et comment ?

Parce qu’au fond le départ de Bielsa, on s’en fout. Joueurs et coaches passent dans les clubs, rien de neuf. Dans ce cas précis, qu’avons-nous ? Un entraîneur avec une réputation « d’original » qui arrive et qui d’entrée humilie le président en conf’ de presse. La saison se passe, il se passe un truc. Les supporters adhèrent. Le président qui s’est effacé toute la saison, ne peut pas aller contre son public. Il doit garder Bielsa. Il a nettoyé les comptes, il faut maintenant poursuivre l’histoire avec ce coach. La grande patronne est ok, tout va bien. Sauf que le contrat ne se signe pas, sauf que Bielsa ne revient pas, sauf que ça traîne, que tout traîne. A deux jours de la reprise, le contrat n’est toujours pas signé. Et après toutes ces semaines de négociations, on nous dit aujourd’hui que ça s’est joué sur 2-3 détails, un téléphone, une bagnole ????? Mais on parle d’un club de CFA ou de l’OM ?? La patronne a envoyé son avocat pour signer le contrat, le régler, et faire enlever d’un accord global, d’un projet, 2-3 détails, 2-3 caprices ?????

Moi perso, cette affaire me fait marrer depuis le début. Depuis que Bielsa est arrivé en France, je me marre. Pour qui connaît un dixième de son parcours, il fallait prévoir une issue aussi comique. Un type capable d’aller se battre avec un ouvrier chargé de bosser sur la pelouse à Bilbao… comment être étonné ? Parce qu’au fond, ce qui me fait rire, c’est sans le vouloir, sa façon de rouler tout le monde dans la farine.

Dès le début, tout aurait dû être clair. Les domaines de compétences, les attributions, les caprices acceptables ou pas et c’est le chef qui décide. Sauf qu’à l’OM, il n’y en a pas ! Et ça dure depuis des années. Le départ de Deschamps, la gestion Anigo, l’arrivée de Baup pour le fantasque projet Dortmund, les transferts foireux, tout marche à l’envers.

Et dans le cas Bielsa, oui, en quelque sorte, l’OM a été pris en otage. Sa personnalité, le rapport avec le public ont tout emporté et le vrai faux président Labrune, le soi-disant as de la com’, s’est écrasé. Il règle le contrat, tout dépend de lui et il ne vient pas pour la signature définitive ? Et tout capote pour une bagnole, un téléphone et un bout de salaire ? Comment ne pas se marrer devant autant d’amateurisme ? Ou alors, c’est qu’on l’a fait exprès. Pour profiter de sa folie, pour que le supporter voit un traitre et non plus le coach tant aimé. Peu importe, le problème reste le même. Qui dirige, comment et pourquoi ? Quelle est la direction, où va le club ?

Quand le Bayern a engagé Guardiola, j’imagine que les éminents dirigeants du club ont dû imaginer qu’ils prenaient un grand coach, mais aussi un capricieux. Ils le sont quasi tous, Mourinho, Van Gaal… C’est un rapport de force. Depuis longtemps, Guardiola agace au Bayern. Son jeu, ses décisions. On a même viré des gens, des joueurs, pour lui faire plaisir. Mais je veux croire que les dirigeants savent ce qu’ils font et qu’à un moment, tout Guardiola qu’il est, on lui dira : « T’es gentil, mais nous, on est le Bayern et tu commences à nous les briser ! » Au Real, on n’a pas viré un coach qui a juste redonné de la fierté et un sourire aux gens, non, on a viré Ancelotti, l’homme de la « Decima » ! Ça paraît fou. Mais Perez assume. C’est le chef et sa présidence sera jugée en temps et en heure. Aulas qui est pourtant notre plus grand président, a toujours pris des coaches sous-fifres (à l’exception d’Houllier) pour ne jamais perdre la main. Moi je préfère qu’on prenne un « gros » et qu’on reste le chef. Mais notre foot ne sait pas faire ça. On préfère le coach jetable, interchangeable…

Avec Bielsa, l’OM a raté une belle petite histoire. Rien de grave. Ce club est habitué aux gestions hasardeuses. Et puis, on risque de continuer à se marrer. Visiblement, Marseille ne va pas prendre d’entraîneur français ! Un étranger donc ? Malheur ! Notre foot français n’est pas prêt de desserrer ses coudes…