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Manchester City et l’UEFA, et si c’était la fin du fair-play financier?

Et si la sanction de Manchester City pour non-respect du fair-play financier allait amener les dirigeants à remettre en cause le règlement comptable européen auprès du Tribunal arbitral du sport? Et si l’UEFA prenait un gros risque en sanctionnant lourdement un grand club comme City? L’avenir économique du football semblerait se jouer dans les prochains mois.

Alors que Manchester City va entamer la deuxième partie de la Ligue des champions, en huitièmes de finale, contre le Real Madrid mercredi 26 février prochain (en exclusivité sur les antennes de RMC Sport), une autre chose préoccupe les hommes de Guardiola: joueront-ils la compétition l’année prochaine?

City sanctionné, quelles conséquences?

En effet, une bombe a explosé, vendredi dernier, avec la lourde sanction de l’UEFA à l’encontre de Manchester City: après de "graves violations" des règles du fair-play financier, le club a écopé d’une exclusion, pour les deux prochaines saisons, de toutes les compétitions européennes ainsi qu’une amende de 30 millions d’euros.

Tant sportivement qu’économiquement, cela semble très inquiétant pour City, qui devrait faire, à la fois, sans la manne financière de la Ligue des champions, estimée entre 50 et 100 millions d’euros par an, et sans la visibilité, la réputation et la médiatisation de la compétition. Ses joueurs et ses sponsors pourraient donc tout à fait partir, plutôt que de rester au sein d’une équipe qui ne jouera plus l’Europe.

Mais tout n’est pas fini pour Manchester City. Dans sa déclaration, l’UEFA indiquait que le club pouvait saisir le Tribunal arbitral du sport (TAS) afin de faire appel de la décision. Chose que les dirigeants se sont empressés de faire. Une décision devrait ainsi être prise dans les prochains mois.

Et si on allait vers la fin du fair-play financier?

Et toute la question dorénavant concerne les moyens de défense. City va-t-il seulement défendre son cas, prouver la bonne gestion de ses comptes et l’absence de toute fraude, ou alors, comme le suppose un récent article du Financial Times, décidera-t-il d’attaquer directement le principe même du fair-play financier?

Cité dans l’article, un proche de la direction de City admet que la défense devant le TAS "ne servira pas à réduire la peine. Il s’agit surtout du fond de l’affaire, la légitimité des règles comptables du fair-play financier, en contradiction avec le droit concurrentiel européen. (…) Nous attendons à ce qu’une juridiction indépendante (ndlr: le TAS) puisse entendre nos arguments et prenne une décision importante."

Une décision aussi forte que l'arrêt Bosman

Dit autrement, Manchester City envisage une stratégie juridique ambitieuse dans laquelle il ne fera pas seulement valoir qu'il n'a pas enfreint les règlements du fair-play financier, mais que ces derniers ne devraient pas exister du tout. Et si une décision venait à être prise dans ce sens, cela pourrait être aussi important que l'arrêt Bosman en 1995, qui avait acté la libre circulation des joueurs dans l’espace communautaire, suite à une décision de justice.

D’après Daniel Geey, avocat en droit du sport, interrogé par le Financial Times, "si Man City avance un argument selon lequel la FFP est anticoncurrentielle, qu’elle est une contrainte injuste pour les clubs, et que le TAS est d'accord avec cela, l'UEFA devra revoir toute sa réglementation. Cela pourrait être une révolution dans la sphère du football européen."

Le TAS a en effet la légitimité pour imposer une nouvelle jurisprudence auprès d'une juridiction comme l'UEFA. Un revirement est donc toujours possible dans ce cas. Ce qui va compter maintenant, c'est le détail des conclusions du TAS et surtout la stratégie de City: vers une seule défense de son propre cas, chiffre à l’appui, ou alors une attaque frontale contre le fair-play financier?

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Pierre Rondeau