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Mönchengladbach-Manchester City: Thuram, l’image écornée après le crachat

La belle histoire de Marcus Thuram avec Mönchengladbach a un peu déraillé après son crachat sur un joueur d’Hoffenheim en décembre. Depuis, l’international français a repris et postule pour l’affiche face à Manchester City, ce mercredi en Ligue des champions (21h, sur RMC Sport) mais quelque chose s’est brisé.

L’aventure de Marcus Thuram en Allemagne ressemblait à un conte de fée… jusqu’au 19 décembre dernier. L’attaquant français, transféré à Mönchengladbach en provenance de Guingamp en 2018, était apprécié pour sa sympathie, sa réussite sportive et ses prises de position fortes. Il fut l’un des premiers à poser le genou au sol et à lever le poing vers le ciel avant les matchs pour protester contre les violences policières après la mort de George Floyd aux Etats-Unis.

"Que ce soit au niveau de ses partenaires, du club, de l’opinion publique, des journalistes, il avait une belle cote, rembobine Patrick Guillou, consultant beIN Sports où il commente la Bundesliga. Il avait toujours le sourire, un côté positif et amenait sa bonhommie. C’était le ‘sunny boy’, un gars un peu solaire, radieux."
Le crachat de Thuram sur Posch
Le crachat de Thuram sur Posch © Capture

Et puis, le train a déraillé le 19 décembre dernier. Après un accrochage anodin avec le défenseur d’Hoffenheim, Stefan Posch, Thuram a envoyé un crachat dans le visage de l’Autrichien. Carton rouge et scandale en Allemagne. Le joueur formé à Sochaux l’a payé d'une amende de cinq matchs de suspension. Mais la sanction est plus profonde dans un pays où ce genre de geste est impardonnable, notamment depuis la célèbre affaire du crachat de Frank Rijkaard sur Rudi Völler lors de la Coupe du monde 1990. Les anciennes gloires du football allemand, comme Lothär Mathaus, se sont emportées contre Thuram, certains journaux réclamant même son transfert le plus rapidement possible.

"Il a tout détruit en 10 secondes, témoigne Polo Breitner, spécialiste du football allemand pour RMC Sport. Il a pris un coup terrible en ce qui concerne les médias. On est dans la bonne conscience où les mecs doivent êtres des modèles, tout le monde s’en est pris à lui. Quand il mettait le genou à terre pour George Floyd, tout le monde disait que c’était un ange, et là, comme il a craché, le message est brouillé."

Buteur dès sa reprise, puis touché au genou

Ses excuses n’ont pas tout arrangé, pas plus que les explications de Lilian, son père champion du monde 1998 avec la France, arguant que son fils n’avait pas fait exprès de cracher. Deux mois plus tard, Marcus a repris la compétition. Il a même marqué dès son match de reprise face au Borussia Dortmund un quart d’heure après son entrée en jeu. Il a ajouté un autre but en Coupe d’Allemagne contre Stuttgart, sans pour autant retrouver une place indiscutable dans le dispositif de Marco Rose. Il n’a été titulaire qu’à deux reprises lors des cinq derniers matchs, manquant le nul face à Wolfsburg (0-0) en raison d’un coup à un genou.

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Sa présence dans le onze de départ ce mercredi face à Manchester City en 8e de finale aller de la Ligue des champions (21h, sur RMC Sport) à Budapest, n’est pas assurée. "Ce n’est pas une poursuite de la punition, tempère Guillou, ancien joueur de Fribourg, Rennes, Sochaux ou Saint-Etienne. Rose estimait peut-être qu’il n’était pas à 100% et préférait le faire entrer en cours de match."

Marcus Thuram à l'entraînement avant d'affronter Manchester City
Marcus Thuram à l'entraînement avant d'affronter Manchester City © AFP

En son absence, l'entraîneur a aussi tenté une nouvelle formule à trois milieux de terrain, retirant un poste en attaque où Alassane Pléa et Lars Stindl se sont installés. La concurrence est aussi forte avec Brees Embolo, Hannes Wolf ou Patrick Herrmann. Thuram est aussi revenu dans une période compliquée pour l’équipe, en difficulté en championnat avec quatre matchs de suite sans victoire et une 8e place à neuf points de la 4e place qualificative pour la C1. L’annonce du départ de Rose en fin de saison au Borussia Dortmund a plongé le club dans le flou.

Thuram reste dans les petits papiers du technicien et l’un des éléments offensifs les plus utilisés. Mais il paie son geste, le climat actuel et les habituelles difficultés de l'année de confirmation. Auteur d’une première saison flamboyante (14 buts, 9 passes décisives en 39 matchs), Thuram affiche un rendement moindre en 2020-2021 avec trois buts en championnat, mais des performances remarquées en Ligue des champions (2 buts face au Real Madrid, 4 passes décisives). Ce qui lui a ouvert les portes de l’équipe de France (3 sélections).


"Si on compare à la saison de feu de l’année dernière, elle est moins aboutie statistiquement, abonde Guillou. Peut-être que les défenseurs lisent mieux son jeu et savent comment il va attaquer la profondeur. Il y a peut-être plus de prises à deux sur lui. La saison dernière, il n’était pas attendu. Là, ça demande confirmation. Il y a aussi eu l’équipe de France qui a donné une loupe supplémentaire."

"Ce geste lui restera comme un chewing-gum collé à la godasse"

De quoi pousser le numéro 10 vers un départ l’été prochain alors qu’il n’aura plus que deux ans de contrat? Pour Polo Breitner, cela n’est pas à exclure. Ce ne devrait pas être au Borussia Dortmund puisque Rose a assuré qu’il n’emmenerait aucun de ses joueurs avec lui. L’Angleterre pourrait être une piste et le choc face à Manchester City permet aux médias britanniques de jeter un coup de projecteur sur sa trajectoire. Son avenir pourrait aussi passer par une prolongation à Mönchenglabach même si son dossier sera moins prioritaire que ceux de Matthias Ginter, Denis Zakaria, Florian Neuhaus, Stindl ou Herrmann. Son cas sera peut-être étudié par Max Eberl, directeur sportif du club régulièrement cité comme référence en Allemagne. Ce dernier a récemment absous le joueur en assurant que la page était tournée.

"Même si ça passe avec le temps, ce geste malheureux lui restera en Allemagne comme un chewing-gum collé à la godasse", craint Guillou qui conclut sur une note positive. Entre la Ligue des champions, la fin du championnat et la Coupe d’Allemagne, les opportunités de se racheter sur le terrain ne manqueront pas. "On ne peut pas laisser un joueur comme Marcus sur la touche vu tout ce qu’il a montré en Bundesliga, promet l’ancien défenseur. Sa vitesse et son volume de courses sont des éléments moteurs dans le jeu. Il est précieux dans le replacement, le travail, le jeu avec et sans ballon, pour être dense et profiter du jeu de position. C’est un joueur-clé de Gladbach."

Nicolas Couet Journaliste RMC Sport