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OL: les coulisses de l'exploit lyonnais contre la Juve

L’OL a réalisé un superbe coup en battant mercredi la Juventus à domicile, en huitième de finale aller de Ligue des champions (1-0). Au lendemain de cette performance, RMC Sport vous raconte les coulisses d’une folle soirée, entre discours d'avant-match, ambiance au coup de sifflet final... et projection vers le derby.

Le discours improvisé de Cornet, Dubois et Lopes

Et si c’était à cet instant que ce huitième de finale contre la Juve s'était gagné? Nous sommes dans les derniers instants de préparation du match. Le compte à rebours du protocole UEFA a commencé, l’arbitre en ayant déjà donné le départ par son coup de sifflet. Dans ce groupe lyonnais sans "leaders naturels" et malgré la pression de l’organisateur helvète, trois joueurs demandent au dernier moment à leurs coéquipiers de se rassembler autour de la table au cœur du vestiaire: Maxwel Cornet, Léo Dubois et Anthony Lopes. Tour à tour, ces "meneurs" improvisent une prise de parole spontanée. Des mots importants sont lâchés: "Ça a tapé fort", détaille un témoin de la scène. Mais de façon naturelle, pas surjouée.

Et dès le premier duel gagné ("c’est notre juge de paix et notre indicateur pour mesurer l’implication du groupe", dixit un proche de l'équipe), cette unité intime du vestiaire se répand sur le terrain et dans les tribunes chauffées à blanc par l’hymne de l’OL qui a précédé la fameuse musique de la Ligue des Champions. La mayonnaise d’un grand soir a pris et n’a jamais tourné puisque les joueurs ont emballé leurs fans: "Ils ont fait le taf en première mi-temps, ils nous ont fait plaisir, ils ont été à la hauteur. Pourvu que cela continue", ont lancé les "capos" des supporters en virage sud.

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La pression (finalement) positive des supporters 

En "on" ou en "off", les joueurs ont tous le même refrain: le message des supporters dimanche avant l’entraînement ne les a pas forcément dérangés, et quel que soit le sens de cette piqûre de rappel. "Ils ont bien répété qu’ils ne nous lâcheront pas et qu’ils seront dans tous les cas derrière nous", résume un cadre. Grégory Coupet, l’entraîneur des gardiens, abonde en prenant de la hauteur: "Ce fut peut-être un moment déclencheur, car inconsciemment, ils (les joueurs) ont eu peut-être la trouille et cela leur a permis de se rassembler autour d’un objectif commun." Pour d’autres intimes du vestiaire, ce huitième de finale était tant attendu – le tirage au sort remonte à décembre – que dès dimanche, les joueurs étaient dans leur bulle de concentration, étanches à la pression.

De la solidarité dans l’effort, mais… de la fatigue

Ces 90 minutes dessinent-elles les contours d’un match référence? Grégory Coupet le pense: "Ce n’est pas forcément leur ADN de souffrir ensemble et là, ils l’ont fait et ils se sont peut-être prouvés à eux-mêmes qu’il faut mettre dans l’ordre les deux ingrédients suivants: le collectif puis le talent individuel. Et en plus, ils ont pris du plaisir. Cela change tout dans leur perception." Revers immédiat de la médaille, le staff a récupéré ce jeudi pour le décrassage matinal à huis-clos des joueurs fatigués, et qui le seront encore quelques heures. "Place à la récupération", a lancé Rudi Garcia à la fin de sa brève intervention à l’issue du match.

Dans la peau du Petit Poucet

Et si cet OL-Juve était aussi un match modèle pour le staff? Ce dernier a mis au point une feuille de route parfaitement respectée par le groupe, qui s’en est imprégné de façon naturelle: "Nous ne nous sommes pas cachés dans la façon de leur présenter la chose, explique en chœur l’encadrement. Et nous n’avons eu qu’à appuyer sur la concentration naturelle de la Ligue des champions." Rudi Garcia a su ainsi délivrer avec son équipe un message clair, accepté, approuvé, et au final bien récité. Le plan s’est déroulé sans accroc, avec ce soupçon d’alignement de planètes, à commencer par le but inscrit face à des Italiens réduits à dix, De Ligt étant en train de se faire soigner.

Les ingrédients du discours? Pêle-mêle: "Oui, la Juventus est plus forte mais à nous d’être malins, à nous d’hausser notre niveau d’investissement, de les faire courir plus." Résultat: sans davantage de séance vidéo que d’ordinaire, cela a créé, d’après un joueur, un surplus de solidarité. "Il y a eu ce douzième homme intime, ce lien entre nous", résume une source. Comme peut le faire un Petit Poucet en Coupe de France face à une équipe professionnelle dans les tours de janvier… "C’est aussi notre référence la plus récente, qui va servir à mieux appréhender la suite et le sprint final", explique un membre du staff.

"Nous ne sommes qu’à la moitié"

C’est la phrase qui a servi "d’élément de langage" en zone de presse pour les Lyonnais, de Juninho à Lucas Tousart, de Léo Dubois à Anthony Lopes… Même si pour la première fois dans son histoire européenne, l’OL a battu la Juventus de Turin, les Rhodaniens savent que le plus dur commence: personne en France n’a éliminé la Vieille Dame en Coupe d’Europe et l’OL n’a sorti une équipe italienne qu’à deux reprises (Lazio en 1995-96 et l’AS Roma en 2016-17) sur huit autres affrontements. Et la statistique de l’UEFA - à peine 61% de chances de passer après une victoire 1-0 à l’aller - accentue cet état d’esprit de prudence généralisée.

Le capitaine du LOU bluffé

Le troisième ligne Julien Puricelli, invité VIP pour le match, et qui a pu croiser le plus rugbyman des membres de l’OL (Grégory Coupet) dans le vestiaire après le coup de sifflet final, est resté bluffé de bout en bout de la rencontre. Par l’ambiance dans le stade, mais aussi par cette projection sur l’enchaînement à venir: le 120e derby contre l’ASSE dimanche, la réception du PSG en demi-finale de Coupe de France mercredi, puis le déplacement à Lille pour refaire le retard en Ligue 1. Il y avait déjà, quelques dizaines de minutes après la victoire, de la concentration dans l’air. Et pas question de fêter outrageusement ce succès: "Cela est resté dans la mesure", raconte un membre du staff. 

Le derby dans les esprits

"Tout était très contenu, confirme Grégory Coupet. Il n’y avait pas d’euphorie particulière. J’y vois plusieurs raisons: nous avons tellement souffert en deuxième mi-temps que nous étions 'rincés' et il rodait comme une atmosphère de soulagement aussi." Et puis, c’est le coach qui a tout résumé en rappelant le calendrier en haute altitude qui se profile: "C’est top ce que vous avez fait", a lancé Rudi Garcia en substance, tout en rappelant l’importance de la préparation invisible pour le match d’après face au rival stéphanois, qui l’avait emporté à l’aller le 6 octobre (1-0) sur un but de Robert Beric.

Pendant ce temps, Tsonga, Bruel ou Neyret en loges

Rempli jusqu’aux cintres, le Groupama Stadium (57.335 spectateurs) n’a toutefois pas battu le record en Ligue des Champions (57.889) établi lors du huitième de finale face à Barcelone, le 19 février 2019. La faute peut-être aux 500 supporters italiens qui ne se sont pas présentés aux guichets après avoir pourtant acheté leurs billets. On appelle cela les "no show". Au final, ils n’étaient que 2.720 à s’être déplacés dans la tribune réservée aux fans adverses tandis que dans le reste du stade, contrairement à des rumeurs sur les réseaux sociaux, il y a eu moins de 3% d’absents, en-deçà des chiffres habituels sur ce genre de rencontre de prestige, plutôt supérieur à 4%. Pas d’effet coronavirus, donc.

Si la recette "matchday" (billetterie, VIP et autres recettes des buvettes) n’est pas encore connue, elle devrait s’approcher du précédent record établi face à Barcelone, de l’ordre de cinq millions d’euros. La Brasserie Bocuse installée dans le stade a elle fait double service: 450 couverts avant la rencontre, et autant après. Quant à la Président Box, elle affichait aussi complet avec Raymond Domenech, Patrick Bruel, Stéphane Diagana, Michel Neyret, Bruno Genesio, Jo Wilfried Tsonga ou encore Jérôme Seydoux. Sans oublier tout ce que l’agglomération lyonnaise compte de politiques en campagne à moins de trois semaines des municipales…

Edward Jay