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Real Madrid-PSG: pourquoi ce match aura une saveur particulière pour Mbappé

Courtisé par le Real Madrid depuis des années, Kylian Mbappé évoluera mardi soir avec le PSG en Ligue des champions (21h, sur RMC Sport) devant un public merengue qui le réclame, et sur une pelouse qui pourrait être, un jour, le théâtre de ses futurs exploits.

La scène était aussi impressionnante qu’inattendue. Le 13 juin dernier, alors que Madrid baignait sous un soleil d'été, environ 50.000 fans merengues s’étaient rendus au Santiago-Bernabéu pour la présentation officielle de la recrue phare, Eden Hazard. Après des mois et des mois de rumeurs, le Real avait officialisé quelques jours plus tôt le transfert du génie belge pour 100 millions d’euros, et convié ses amoureux au stade pour un accueil en grande pompe. Sauf que ce jeudi après-midi, en attendant l’arrivée d’Hazard sur la pelouse, c’est un autre nom que le public madrilène avait scandé: celui… de Kylian Mbappé. "Nous voulons Mbappé", s’était ainsi mis à chanter une bonne partie du stade, envoyant un message assez clair à la direction.

Cinq mois plus tard, le vœu des fans du Real va être exaucé, puisque Mbappé jouera mardi sur la pelouse du Real Madrid. Ce sera bien sûr avec le maillot du PSG, en Ligue des champions (21h, sur RMC Sport 1). Mais ce sera probablement, vu le contexte, une affiche particulière pour l’attaquant parisien.

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Mbappé, une "obsession" à Madrid

25 août 2018, puis 28 décembre, 26 mars, 21 mai, 23 mai, 29 juin… Il a beau jouer à 1.200 km de la capitale espagnole, et défendre les intérêts d’un club rival (à l’échelle continentale), Kylian Mbappé fait très régulièrement la Une de Marca ou d’As, les deux principaux journaux sportifs spécialisés dans le suivi du Real. Il y a tout juste un mois, le 25 octobre dernier, As exposait ainsi pleine page le visage rieur du buteur parisien, avec un titre équivoque: "Mbappé, l’obsession." A l’intérieur, le quotidien dévoilait une sorte de plan de bataille pour conquérir le cœur de l’international français à l’été 2020, et convaincre le PSG. Et listait des raisons d’y croire: les déclarations de Mbappé sur le besoin de "responsabilités", une relation soi-disant "compliquée" avec Thomas Tuchel… As évoquait en outre une somme de 300 millions d’euros, jugée comme raisonnable, car égale aux dépenses lors du dernier mercato estival. Mais l’essentiel est ailleurs: il s’agit de maintenir la pression, de faire vivre le dossier, encore et encore.

Obsession pour les médias madrilènes, Mbappé l’est aussi pour la direction, qui a évoqué plusieurs fois son cas, sans toutefois se mettre en porte-à-faux vis-à-vis du PSG. Interpellé à la mi-septembre sur le cas de l’attaquant lors d’une réunion avec les socios, le président Florentino Pérez avait laissé la porte ouverte: "Bien sûr que nous sommes intéressés par un joueur français dont les médias évoquent le nom, et que nous serions prêts à bouger, soufflait-il. Mais ils (les dirigeants parisiens) ne sont pas vendeurs."

Et ce lundi, dans un entretien au Parisien, c’est Eden Hazard en personne qui en a remis une couche. "Dans quelques années, ce sera sûrement le meilleur joueur du monde, glisse-t-il au sujet de Mbappé. Ce titre, ils sont beaucoup à pouvoir y prétendre. Mais s’il continue comme ça, Kylian sera l’un des plus grands joueurs de l’histoire. […] Un joueur de foot rêve toujours de jouer avec les meilleurs. Si demain je peux faire venir Kylian, j’essayerai. Mais non seulement, ce n’est pas moi qui décide et, en plus, je ne pense pas qu’on me demandera mon avis." En conférence de presse quelques heures plus tard, Zinedine Zidane est allé plus loin en confiant "être amoureux de Mbappé" depuis longtemps.

Entre le buteur et le club merengue, une histoire de rendez-vous manqués

Si Mbappé fascine autant de l’autre côté des Pyrénées, c’est aussi parce que le prodige de Bondy a plusieurs fois été très, très proche de la Maison blanche. La première, c’était au sortir de l’enfance, comme le racontait il y a quelques mois à RMC Sport Laurent Glaize, ancien responsable du recrutement du SM Caen. "Kylian avait 13 ans, je crois, expliquait-il. Il a refusé le Real parce qu’ils (Mbappé et sa famille) voulaient rester en France. Mais il y avait eu une vraie opération séduction. C’est Zinedine Zidane qui était allé le chercher en voiture, d’après ce que Wilfrid (le papa) et Kylian m’ont raconté. Ils lui ont présenté Cristiano Ronaldo, son idole. A la base, Kylian voulait jouer sous les couleurs du Real, c’était son rêve. Il a d’ailleurs joué sous les couleurs du Real pendant un stage. Il avait envie de ça, et aussi de voir Ronaldo. Il l’a fait, il a assouvi cette envie." Puis il est reparti.

Un premier rendez-vous manqué, puis un deuxième, à l’été 2017. Après une saison folle avec l’AS Monaco, conclue par un titre de champion de France, Kylian Mbappé, 18 ans alors, avait été annoncé durant des semaines du côté de Madrid. Selon les "Football Leaks", analysés par Mediapart, l’ASM et le Real avaient même trouvé courant juillet un accord pour un transfert de 180 millions d’euros (dont 30 de bonus), somme qui pouvait atteindre 214 millions à cause d’une taxe espagnole prise en charge par le Real. Mais là-encore, le joueur avait recalé la formation merengue, et privilégié le PSG qui s’était aligné sur l’offre madrilène dans les dernières heures du mercato.

Il y a quelques semaines, l’ancien vice-président de l’ASM, Vadim Vasilyev, a évoqué ce dossier sur le plateau de Téléfoot. "Kylian m’avait dit: 'Vadim je sens qu’au fond de moi c’est trop tôt, je n’ai joué qu’un an dans mon pays, je suis Parisien, je ne veux pas quitter mon pays comme ça, confiait l’ex-dirigeant. Je veux devenir un grand joueur ici, le Real attendra.' […] Je l’ai félicité depuis, je lui ai dit: 'Tu as eu raison. Un jour le Real va taper à ta porte, et tout le Bernabeu t’applaudira.'" Et de poursuivre: "Est-ce qu’il ira au Real après le PSG? Oui."

Zizou, un argument de poids

Mbappé et le Real, c’est enfin l’histoire de Mbappé et de Zidane. Pas forcément réputé pour être un grand bavard, ni pour s’épancher sur des joueurs qu’il ne dirige pas, Zizou n’hésite pas, quand il s’agit du buteur français, à jouer l’ambassadeur pour son club. Ou l’appât, c’est selon. Et il le fait de plus en plus régulièrement.

"Ce que montre Kylian Mbappé n'est pas surprenant. Il fait partie des meilleurs joueurs, il le démontre avec ses statistiques, déclarait l’entraîneur madrilène le 1er novembre, en conférence de presse. Mais en même temps, ça ne changera rien pour nous: nous allons affronter une équipe. Il a de grandes qualités, on aura une attention particulière sur lui, mais comme sur toute l'équipe qui est performante. Ils sont en train de le démontrer à tous les niveaux." Quelques jours, plus tard, ZZ en remettait une couche, avec un appel du pied plus qu’explicite: "C'est lui qui décidera de son avenir, lâchait le champion du monde 1998 à propos du champion du monde 2018. Pour le moment, c'est un joueur du PSG. Nous verrons dans le futur. Il a toujours dit que son rêve était de jouer au Real Madrid."

Une deuxième sortie, moins fine, qui a provoqué la colère de Leonardo, le directeur sportif parisien. "Ce n’est la première fois, il faut arrêter, s’agaçait-il le lendemain, après la victoire de Paris face à Bruges en Ligue des champions. J'ai beaucoup de respect pour Zidane, mais ça ne se fait pas. Il ne faut pas toucher à un joueur, comme ça. Kylian a encore deux ans et demi de contrat, donc ce n’est pas un sujet." Réponse de Zizou: "J'ai simplement dit que le joueur le disait lui-même, que son rêve était un jour de pouvoir mettre le maillot blanc du Real Madrid. Je le redis aujourd'hui et je le redirai tous les jours. La réaction de Leonardo? Je n'ai pas de commentaire à faire. Il dit ce qu'il veut, il a le droit de répondre comme il veut aux questions."

Dans le sens inverse, Mbappé avait eu un petit mot pour Zidane en avril dernier, au moment de redire sa volonté de rester à Paris en 2019-2020. "Tant mieux pour le Real Madrid s’il y a Zizou, commentait l’attaquant au micro de Canal+, je regarderai les matchs en tant qu’admirateur." Mais mardi soir, c’est bien dans la peau d’un adversaire que le buteur saluera le coach adverse. Pour le moment, du moins.

CC