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Riolo : "Un exploit, vraiment ?"

Daniel Riolo.

Daniel Riolo. - DR

Retour sur la victoire du PSG face au Barça et la contagion émotionnelle sans limite qui s’est propagée à tous les étages…

« En tapant le mot exploit ce matin sur Google, on tombe très vite sur le succès du PSG face au Barça. Le mot était hier soir dans toutes les bouches. Ça dégoulinait. On n’était pas loin de la nausée. Une sorte d’extase médiatique s’est propagée et les réseaux sociaux ont suivi. Evidemment. Forcément. Une contagion émotionnelle sans limite. On aurait pu brûler les rabat-joie. Le problème de cette contagion, c’est que le plus souvent, elle conduit à la pollution émotionnelle. On est alors en pleine manipulation. Un collectif se dégage, une majorité virtuelle semble prendre le dessus. Le tribunal citoyen est en place prêt à découper celui qui voudrait se poser et réfléchir deux minutes. Il n’y a plus de contexte, plus rien à relativiser, plus rien à ranger, à expliquer.

Il faut dire que juste après cette victoire, l’émotion a submergé le cerveau du président parisien. Nasser El Khelaïfi s’est lâché : « C’est la plus belle victoire de ma vie ! » Rien que ça, pas moins ? Et le premier titre de champion de sa présidence ? Et la première sortie de poule de LDC ? Le premier 8e de finale ? Le premier quart ? C’est absolument délirant ce que les émotions peuvent avoir comme effets. On n’est pas passé loin du plus grand exploit de l’histoire du club. Heureusement, au moins ça, on y a échappé. Il se rend compte qu’en disant ça, le Président dévalue son club. Le transforme en petit club de rien du tout. Sans histoire, sans passé. Même le président de Nicosie n’aurait pas pu dire une chose pareille. »

De la justesse, s’il vous plaît

« En tapant le mot exploit sur Google, on tombe aussi sur sa définition : Action mémorable, qui dépasse les limites de l’ordinaire. Quand la mémoire est vide, qu’on ne sait rien à l’histoire, qu’on ne sait pas ranger ses souvenirs et ses émotions, tout devient un exploit. Mais on peut aussi penser que quand on reste sur deux quarts en Ligue des champions, qu’on dispose de plus de 400 millions d’euros de budget et d’autant de bons joueurs, on peut battre le Barça à domicile dans un second match de poule sans que ça fasse la Une des exploits sportifs de l’année. Il ne s’agit pas de diminuer la performance, seulement de tenter de la regarder avec un peu plus de justesse.

Le début de saison du PSG était mauvais et ça augmente le dit « exploit » ? J’ai récemment vu l’OM jouer un quart de LDC en étant englué dans une saison moyenne. J’ai vu le PSG battre le Bayern au Parc avec un but de Laurent Leroy en pleine saison pourrie. Monaco a battu Leverkusen en étant 19e de Ligue 1. C’était il y a deux semaines. Une éternité pour les vendeurs d’émotions bon marché.

Se souvenir de l’OL des années 2000

On le dit tous les ans, en phase de poule, on enregistre des résultats et souvent, ceux-ci ne sont pas révélateurs de ce qu’il se passera ensuite dans la compétition. A ce stade de la compétition, l’OL des années 2000 était souvent brillant en poule. Une année, le Real avait été corrigé 3-0 à Gerland. Perso, j’avais préféré de très loin la qualification inattendue au Bernabeu quelques années plus tard en 8e de finale, dans un match aller-retour.

Au sujet de l’OL, je me souviens avoir eu un échange vif à l’antenne avec Aulas. C’était après un succès contre le Real en phase de poule. J’avais relativisé la portée du succès car rien ne valait – et ne vaut - selon moi la qualification en aller-retour. Il n’avait pas aimé. Sa communication après des supporters en prenait un coup. Je ne pouvais pas toucher à l’entretien du buzz et du bizz. Qu’on dise que cette victoire était un exploit, que ça pouvait le mener à la victoire finale. C’est ça qu’il voulait entendre. Vendre du rêve avant tout. Nasser El Khelaïfi sait tout ça.

Paris a enfin lancé sa saison

La signification de la victoire parisienne n’est finalement pas si compliquée à trouver. Paris a enfin lancé sa saison. Et on ne découvre pas qu’il y a de très bons joueurs dans cette équipe. A l’image de Pastore, joueur extraordinaire, mais trop inconstant et qui surtout choisit ses matches de façon presque anti-professionnelle.

Cette victoire lance donc enfin la saison du PSG. Elle ne change pas (encore) le fond de ma pensée sur le coach Blanc. Je le répète, parce qu’on va me classer dans les anti sans vraiment entendre ce que je dis : Bon coach, avec une idée du jeu, mais trop court, trop juste pour un tel club. Son choix d’équipe initial hier était surtout dicté par les événements, les hommes disponibles. Quelle autre équipe pouvait-il aligner ? Quant à ses changements, on a le droit d’être dubitatif ? Son poste pour poste comme seule idée de coaching peut-elle être remise en question ?

La lecture seule d’un résultat qui n’est pas une victoire finale, une qualification concrète conduit souvent à des erreurs de jugements, d’interprétations. Tout cela fait-il de moi un rabat-joie ? Franchement je m’en fous. J’ai vu un très bon match, une belle victoire. Et ne pas choper la peste émotionnelle me va plutôt bien…

Daniel Riolo