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Manchester City-Tottenham: Son, le nouveau talisman des Spurs

Son Heung-min célèbre la victoire des Spurs contre Man City

Son Heung-min célèbre la victoire des Spurs contre Man City - AFP

En l'absence de Harry Kane (blessé), c'est désormais l'homme dont tout le monde parle à Tottenham. Talent discret et travailleur, Heung-min Son a été l'artisan majeur de la qualification des Spurs pour les demi-finales de Ligue des champions. Une mise en lumière légitime pour le joueur de vingt-six ans, qui pourrait bien offrir une fin de saison mémorable aux supporters londoniens.

Encore aujourd'hui, son nom ne sonne pas comme une évidence au moment de conter la belle histoire qu'est en train d'écrire Tottenham. Il y a d'abord le buteur patenté Harry Kane, le tempétueux Dele Alli, le chef d'orchestre habile Christian Eriksen, la paire insubmersible Vertonghen-Alderweireld ou encore le rempart Hugo Lloris. Heung-min Son arrive ensuite, à pas feutrés. Mais le silence, le Sud-Coréen en est définitivement sorti après ses prestations immaculée lors de la double confrontation face à Manchester City (1-0, 4-3), en quarts de finale de Ligue des champions. Et pourrait le confirmer ce samedi, lors du rematch, en Premier League cette fois (13h30 sur RMC Sport).

Deux matchs où il s'est illustré - un but à l'aller, deux au retour - apprivoisant la lumière comme jamais. L'histoire, aussi, lui a tendu les bras puisqu'il est tout simplement devenu le meilleur buteur asiatique de la plus prestigieuse des compétitions européens avec douze réalisations, détrônant ainsi l'ex-joueur du Dynamo Kiev, Maksim Shatskikh (Ouzbékistan).

La "pile" incontournable des Spurs 

À vingt-six ans, Son est certainement en train de vivre sa saison la plus accomplie depuis son arrivée à Londres en juin 2015. Avec 20 buts et 10 passes décisives en 42 apparitions toutes compétitions confondues, il s'érige comme le joueur des Spurs le plus prolifique derrière Harry Kane (24). Et en l'absence de l'attaquant anglais - touché aux ligaments de la cheville le 9 avril dernier et dont la saison est terminée - son influence a pris encore un peu plus d'épaisseur. Si ailier gauche reste son poste de poste de prédilection, le Sud-Coréen a également montré qu'il avait toutes les qualités pour évoluer sur le front de l'attaque. Inoxydable, véloce, vif et adroit, ce dernier fait désormais le bonheur de Mauricio Pochettino. 

"Il travaille dur, il persiste toujours, n'abandonne jamais. Il essaie encore et encore. Il est toujours comme ça dans ses efforts, avec et sans ballon. Il est très régulier et constant, c'est ce qui est le plus important, l'encensait le manager argentin en février dernier, après une victoire contre Newcastle (1-0) en Premier League. "Sonny" est comme une pile: il travaille encore et encore, et quand la batterie est vide, alors c'est terminé. Il est comme ça, il donne tout et quand il est épuisé, il vous dit 'Il faut me remplacer.'" La quintessence de l'Asiatique tient sans doute ici: dans l'effort, la pugnacité et le sens du sacrifice. 

Entraînement drastique et Pochettino le guide

Car l'ascension de Heung-min Son n'a en rien été une sinécure. C'est sous la houlette d'un père intransigeant, aux méthodes singulières et aux punitions brutales, que le natif de Chuncheon s'est forgé au côté de son frère. "Il nous imposait quatre heures de jonglage, expliquait-il au Guardian, en mars dernier, d'un ton toujours affectueux. Après trois heures, je voyais trois ballons et le sol était rouge (à cause de ses yeux injectés de sang, ndlr). Quatre heures à garder la balle sans qu'elle touche le sol. C'est dur, hein? Elle ne touchait pas le sol une seule fois. J'étais tellement fatigué. Il était tellement en colère. C'était un coach strict, effrayant aussi. Je pense que c'était la meilleure histoire et on en parle encore quand on est ensemble." La route s'est avérée un brin sinueuse à son arrivée sur la scène européenne.

Après avoir rejoint les catégories jeunes de Hambourg puis effectué ses débuts professionnels là-bas, celui qui avait hérité du sobriquet de "Müller coréen" a rallié le Bayer Leverkusen pour deux années prometteuses en Bundesliga (2013-2015). L'envol suivi pour le pays de Sa Majesté a été quelque peu malaisé au départ, la faute à une période d'acclimatation nécessaire au style et à la culture britanniques. À tel point que le départ de Londres est même envisagé dès la première année. 

Mais, sous l'impulsion de Mauricio Pochettino, l'Asiatique a fini par s'ériger comme une pierre angulaire des Spurs. "Bien sûr, après la première saison, il a compris ce que nous attendions de lui, éclairait Pochettino, début février, en conférence de presse. Si vous le voyez maintenant, c'est l'un des joueurs qui bouge le plus sur le terrain, cherchant à être présent dans les situations offensives comme défensives. Il donne toujours des options à ses coéquipiers. C'est un joueur très complet aujourd'hui, et nous sommes très heureux de ses performances." 

L'idole de tout un pays 

La nouvelle dimension de Son a forcément eu un écho majeur en Corée du Sud, qui attendait une relève digne de ce nom depuis la retraite de Park Ji-sung. Élevé au rang d'idole dans son pays où son visage orne de nombreuses publicités, l'attaquant de Tottenham a déjà inscrit son rang au panthéon en remportant les Jeux Asiatiques en 2018 avec les U23. Un titre qui lui permet au passage d'être exempté du service militaire de deux années, obligatoire avant vingt-huit ans. "C'était un tournoi énorme, confiait-il encore au Guardian. Je suis si fier d'avoir gagné pour mon pays. Mon objectif n'était pas d'éviter le service militaire, simplement de devenir un grand footballeur."

"Ambassadeur" de la Corée

Conscient de son aura, Son assume avec simplicité et fierté la responsabilité d'être un porte-étendard exemplaire d'un pays où le respect et les principes guident les conduites. "Est-ce que je me sens comme un ambassadeur pour mon pays? Bien sûr, je dois en être un, avançait-il récemment dans la presse anglaise. Par exemple, quand on joue à 15h, il est minuit en Corée. Quand on joue en Ligue des champions à 20h, il est 5h du matin et regardent la télévision. Je dois donc leur rendre la pareille. J'ai donc beaucoup de responsabilités."

Avec la fin de saison haletante qui attend Tottenham - la course au podium en championnat et les demi-finales de Ligue des champions face à l'Ajax - le Sud-Coréen se sait attendu. Ne reste désormais plus qu'à être à la hauteur. Pour entrer, une nouvelle fois, dans la lumière.