RMC Sport

Pourquoi le mercato est-il aussi calme?

Peu d'opérations, peu de millions déboursés, ou de rumeurs alléchantes de la part des clubs. Alors que la mi-janvier approche, le mercato hivernal, en Europe et surtout en France, tourne au ralenti. Mais comment expliquer ce calme plat?

Rémi Oudin à Bordeaux pour environ dix millions d’euros, Renaud Emond à Nantes et Dylan Bronn à Metz pour quatre millions, et… c’est tout. Douze jours après l’ouverture du mercato hivernal, les clubs de Ligue 1, à eux vingt, n’ont enregistré que trois petits transferts payants. Trois transferts dont deux pour des joueurs, disons-le, relativement inconnus du grand public.

Si le marché des transferts de janvier a toujours été considéré comme un mercato d’ajustement, "d’opportunités" comme se plaisent à dire les entraîneurs et directeurs sportifs, il nous avait tout de même habitué à davantage d’action et de mouvements durant sa première quinzaine. Mais cette année, rien. Ça ronronne, ça tourne – pour le moment – au ralenti.

Le PSG n’a pas de besoin particulier

Pourquoi le foot français se fait-il aussi discret sur le marché? Déjà parce que son fer de lance, son club le plus riche, à savoir le PSG, n’est pas spécialement acheteur cet hiver. "Ce n’est pas absolument nécessaire de faire quelque chose, annonçait ainsi Thomas Tuchel à la mi-décembre. Si quelqu’un veut absolument jouer avec nous, on ne dira pas non. Mais ce n'est pas nécessaire de pousser le président ou le directeur sportif maintenant…" Après avoir réclamé, conférence de presse après conférence de presse, des renforts en milieu la saison dernière, le technicien allemand a été entendu. Leandro Paredes est arrivé en janvier, avant Idrissa Gueye et Ander Herrera durant l’été. Le coach a aussi accueilli avec plaisir un nouveau gardien numéro 1 en la personne de Keylor Navas, un défenseur et un milieu offensif pour la rotation (Abdou Diallo et Pablo Sarabia), et un nouvel avant-centre: Mauro Icardi.

En clair, Tuchel est aujourd’hui très satisfait de son effectif, plus complet et plus expérimenté que l’an passé, et ne souhaite pas chambouler l’équilibre de son vestiaire. Dans le sens des arrivées comme des départs. "Leonardo et moi avons le même avis, nous n'aimons pas trop changer l'effectif pendant l'hiver, lâchait-il la semaine passée. Ce n'est pas le Monopoly, ce sont des humains, des joueurs ensemble dans un vestiaire, qui ont créé un état d'esprit... A chaque fois qu'un nouveau joueur entre ou part, on n'aime pas trop, il y a toujours une part d'incertitude."

Monaco est davantage en mode dégraissage

L’autre acteur majeur du mercato hexagonal, c’est habituellement Monaco. Le club de la Principauté, spécialiste de l’achat-vente, n’hésite pas à recruter, depuis quelques années, ses joueurs par lots de dix. Mais cet hiver, ce devrait être différent: avec un nombre incalculable d’éléments sous contrat, l’ASM semble plutôt décidée à dégraisser.

D’autant que le joli match nul contre le PSG dimanche soir (3-3) a rappelé qu’il y a de la qualité dans le groupe de Robert Moreno. "On doit toujours contrôler le mercato, avait prévenu le nouveau coach monégasque, quelques jours après son arrivée. Je n'aime pas dire ici que je veux prendre un joueur pour tel poste. Parce que j'ai beaucoup de respect pour les joueurs professionnels. Et j'ai un groupe de 28-29 joueurs…"

Sur le papier, c’est sans doute en défense que le club du Rocher aurait d’éventuels besoins, mais il est déjà passé à l’action en recrutant le jeune Serbe Strahinja Pavlovic (18 ans, 10 millions) qui n’arrivera que l’été prochain.

L'OM n’a pas d’argent

Surveillé de près par le fair-play financier, privé de coupe d’Europe cette saison, et donc de quelques revenus supplémentaires, l’OM se sert quant à lui la ceinture, et ne vend pas de rêve à ses amoureux: le mercato phocéen sera calme, voire inexistant. Tout éventuel achat étant conditionné à une vente préalable.

"Sans départ, on ne fera rien, résumait récemment André Villas-Boas. C’est l’information que j’ai (des dirigeants, ndlr). Je n'ai pas d'intérêt à ce que cette équipe change trop." Le Portugais croise même les doigts pour que son effectif, actuel deuxième de L1, ne soit pas affaibli d’ici le 31… Kevin Strootman, dont le salaire pèse lourd dans les finances phocéennes, pourrait ainsi quitter la Provence à la première offre raisonnable.

"J’ai dit à Andoni (Zubizarreta, le directeur sportif), qui l’a transmis à Jacques-Henri (Eyraud, le président), qu’il était important pour moi de garder le groupe tel qu’il est, poursuivait Villas-Boas. Pour moi, on reste comme on est. S’il y a des offres on verra… Mais je ne pense pas qu’on en aura. Le mercato de janvier est plus cher que le mercato estival où tu as plus de temps pour négocier."

L’OL est acheteur, mais…

Actuel septième de Ligue 1, Lyon doit pour sa part se renforcer pour redresser la barre en seconde partie de saison, d’autant qu’il est encore engagé sur quatre tableaux et qu’il est privé de plusieurs joueurs majeurs: Memphis Depay, Jeff Reine-Adélaïde et Léo Dubois. Alors que le directeur sportif Juninho avait dans un premier temps évoqué "un renfort par ligne", le coach Rudi Garcia s’est plutôt prononcé en faveur d’un attaquant et d’un défenseur latéral. "On a surtout besoin d'étoffer l'effectif, parce qu'on est encore sur les quatre compétitions et aura du mal à jouer sur tous les tableaux si on a encore des pépins", redisait le technicien le week-end dernier, en fermant la porte à des départs.

Sauf qu’après plusieurs semaines de prospection, Lyon n’a encore rien bouclé. Le Portugais Gedson Fernandes (Benfica), ciblé par la formation rhodanienne, serait aux dernières nouvelles plus proche de la Premier League et de Tottenham. La piste de l’attaquant camerounais Karl Toko-Ekambi (Villarreal) a elle été refroidie par le président Aulas en personne. Sur le plan offensif, Lyon aurait désormais dans son viseur Jonathan David, jeune attaquant canadien de La Gantoise. Mais là encore, la concurrence s’annonce rude, et il faudra pour les Lyonnais trouver les bons arguments…

Ailleurs, le flou

Pour les autres clubs de Ligue 1, difficile de savoir si l’on va passer à l’offensive d’ici le 31 janvier. Le LOSC fait plutôt parler de lui pour de potentiels départs, Bordeaux cherche toujours un avant-centre, mais rien ne dit qu’il le trouvera, et Nice, malgré l’arrivée récente du groupe Ineos à la tête du club, ne devrait pas faire de folies non plus, comme l’a laissé entendre Patrick Vieira. Patience, donc.

CC