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Flute : « La Marseillaise n’a pas duré assez longtemps »

Sébastien Flute

Sébastien Flute - -

Champion olympique de tir à l’arc à Barcelone le 3 août 1992, Sébastien Flute confie avoir mis énormément de temps à réaliser son exploit. Il n’y a que sur le podium que le natif de Brest a pu réellement savourer.

Barcelone 1992
« Les Jeux, à l’époque, c’était la quintessence de ce qu’on pouvait gagner. S’il y avait une compétition pour s’imposer, c’était celle-là. J’aurais aimé avoir une organisation, ces terrains parfaits et le plateau des Jeux tout au long de l’année. C’est aussi ce rassemblement de sportifs de toutes les disciplines, venus chercher la même médaille. C’est ça qui est assez magique. On a souvent coutume de dire qu’il y a les grands et les petits sports. Aux Jeux, il y a seulement les Jeux. »

Le Jour J
« J’ai des bribes de souvenirs qui reviennent comme ça… Mes souvenirs très précis se sont estompés avec le temps. Je me souviens de la pause déjeuner. Plusieurs matchs s’étaient déjà bien passés et on s’est regardés avec mon entraineur en se disant : ‘‘Il se passe un truc’’. Mais tout de suite, on s’est remis dans notre routine. C’est ce qui m’a permis de devenir champion olympique. Surtout que le matin de la médaille, je m’étais levé très tôt en prenant la première navette. 

Je voulais m’approprier l’espace. Je ne voulais pas subir l’évènement. J’avais fait l’effort en premier et je me suis fait la remarque en me disant que mes adversaires me disaient bonjour, et non l’inverse. Il y avait plus de pression pour la finale. Quand je suis monté sur le pas de tir, je ne peux pas dire que j’étais serein. Mais j’étais juste concentré sur la flèche que j’avais à tirer puis la suivante. Je portais une attention toute particulière aux évènements extérieurs, comme le vent. »

La dernière flèche
« C’est un petit peu comme si je l’avais dans la main et que j’allais la planter au milieu de la cible. Je voulais faire corps avec ma cible et ce sont des moments très rares. Quand on arrive à faire coïncider ces moments-là avec les grosses compétitions, c’est là qu’arrivent les grosses performances. Il n’y a plus de notion de technique, ni de physique, c’est juste de la volonté pure. Après tout s’enchaine et c’est juste magique. »

L’émotion
« Je ne me suis clairement pas rendu compte de mon résultat. En finale, je connaissais très bien mon adversaire. J’étais dans l’évènement mais pas aux Jeux. Il m’a fallu 3 à 4 semaines pour pouvoir dire, ‘‘je suis champion olympique’’. Pour moi, j’avais gagné la compétition et le dernier match mais ce n’était pas les Jeux. »

L’après-médaille
« C’est un film en accéléré, un vrai truc de malade parce qu’on est happé par les sollicitations et l’évènement. En même temps, il fallait garder les pieds sur les freins. Le lendemain, on avait la compétition par équipe où on avait une carte à jouer (l’équipe de France terminera finalement 4e, ndlr). On ne pouvait pas laisser échapper ça. C’est pour ça que sur le moment, je n’ai pas dû réaliser. Le podium et la Marseillaise par contre, c’était un vrai havre de paix. C’est le premier moment où j’étais tout seul en tant que champion olympique et où j’ai pu réfléchir à ce qu’il s’est passé. Là, je me suis : ‘‘Ah oui quand même, c’est pour moi…’’ Mais ça n’a pas duré assez longtemps. »

Propos recueillis par Georges Quirino