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"J'ai cru que j'allais y laisser ma vie", le témoignage fort de Margaux Pinot

La judoka Margaux Pinot s’est exprimée ce jeudi lors d’une conférence de presse après la relaxe en première instance de son compagnon Alain Schmitt, qu’elle accuse de violences conjugales.

C’est une affaire qui secoue le monde du sport et le judo en particulier. La judoka et championne olympique Margaux Pinot (27 ans) accuse son compagnon et ancien entraîneur Alain Schmitt (38 ans) de lui avoir asséné des coups, frappé la tête contre le sol mais aussi d'avoir tenté de l'étrangler lors d'une altercation dans la nuit de samedi à dimanche dernier à son domicile du Blanc-Mesnil, en Seine-Saint-Denis.

Très marquée, d’abord physiquement, elle a tenu à donner sa version des faits ce jeudi lors d’une conférence de presse, en présence de son avocat. Dans cette affaire, le tribunal correctionnel de Bobigny a relaxé Alain Schmitt à l'issue d'une audience en comparution immédiate, estimant "n'avoir pas assez de preuves de culpabilité". Le parquet, qui avait requis un an de prison avec sursis, a fait appel.

Sa version des faits

"Les faits se sont déroulés dans la nuit de samedi à dimanche aux alentours de 2h du matin, je rentrais d'un restaurant avec des amis chez moi vers 00h10. Il était convenu qu'on se retrouve avec Alain (Schmitt) pour que l'emmène le lendemain à l'aéroport pour qu'il parte en Israël. Il est arrivé beaucoup plus tard, vers 2h du matin, alcoolisé. (...) Je lui ai fait la remarque qu'il était tard et que je l'avais attendu deux heures. Je suis allée me coucher, il m'a rejoint dans le lit en me disant : "Ce n'est pas la peine de m'emmener à l'aéroport demain, je prendrai un Uber". Il s'est levé deux minutes après, a allumé la lumière et s'est rhabillé. Je lui ai demandé ce qu'il faisait. Il a commencé à me dire : "Tu ne comprendras jamais rien, je rentre chez moi". Je lui ai dit : "D'accord, rentre chez toi, pas la peine de rester, je ne veux plus te voir ici." Il a commencé à tenir des propos méchants et violents, en me disant que ma carrière était foutue, qu'il trouverait quelqu'un pour me niquer dans le judo, que j'étais débile. Je me suis bouchée les oreilles, j'ai l'habitude d'entendre ce genre de propos de sa part. Il s'est approché du lit, je l'ai repoussé. Il m'a pris par les cheveux et m'a tiré vers le sol. J'étais sur le dos, il s'est mis sur moi et m'a mis des coups de poings des deux mains. J'ai essayé de l'arrêter."

"Je ne me suis même pas défendue pour éviter les coups, j'ai essayé plutôt de le raisonner, de me relever. Il a tapé dans le mur. J'ai réussi à aller dans la pièce d'à côté. Il m'a rattrapé et m'a mise au sol, il a cogné ma tête sur le sol, plusieurs fois. Après cet épisode, il a voulu m'étrangler, en mettant ses mains autour de mon cou. J'ai essayé de serrer fort mes jambes pour qu'il ait moins de prise. Je lui ai dit : "Je t'aime, je vais me remettre avec toi. Stop, on va discuter". J'ai pu le repousser sur le côté et me relever, courir dans le couloir. On s'est un peu projeté sur les murs. Il m'a rattrapé, il m'a tiré les cheveux. Je me suis dit : "Soit tu arrives à te dégager, soit tu es morte." Mon instinct a parlé. Je me suis dit : "Si tu ne sors pas, c'est fini pour toi." J'ai ouvert la porte, j'ai couru. On est arrivés dans le couloir. Il m'a retenu une dernière fois par les cheveux, j'ai sprinté en criant au secours, j'ai demandé de l'aide. Des voisins m'ont ouvert la porte. Ils ont pris soin de moi, puis les pompiers et policiers sont arrivés. J'ai cru que j'allais y laisser ma vie. Ses coups ont été nombreux, je n'avais jamais fait face à une violence comme ça. Je parle pour les femmes qui ont pu mourir pour des actes aussi violents, qui peut-être n'avaient pas la carrure ou le mental pour s'en sortir. Je suis reconnaissante envers le judo, la vie."

Sa déception après la relaxe d'Alain Schmitt

"Je suis heureuse d'être là ce soir. Mais je suis triste du dénouement de l'audience. J'ai regardé la conférence de presse de M. Schmitt. Il reste sur sa lancée, il ment. Il continue de me faire passer pour une femme hystérique. Il ment. Sa relaxe ? J'ai été forcément étonnée, tout le monde était de mon côté. On me disait qu'il allait être puni pour ses violences. Cela a été une très longue journée. On a passé onze heures à attendre. Il est relâché dans la nature, j'ai forcément peur, je ne suis pas retournée chez moi. C'est la première fois qu'il me touchait le visage. Il y avait eu deux épisodes violents avec lui en quatre ans. Il y a une fois où il avait saccagé mon appartement et une autre fois où il avait mis ses mains autour de mon cou."

Ses remerciements après les messages de soutien

"La vague de soutien du monde du judo ? J'ai vécu cette entraide comme un soulagement, ça m'a prouvé qu'il y avait du monde pour me soutenir, le monde du sport est à mes côtés, notamment l'équipe de France de judo avec qui j'ai partagé des moments fabuleux cet été aux Jeux olympiques. C'est très important. Ça va au-delà du monde du sport. On m'écrit, on me remercie de prendre la parole, on me dit que je suis courageuse. Je veux aussi parler pour ces femmes qui n'ont pas réussi à s'en sortir. Ça m'aide à tenir le choc. Ces derniers jours n'ont pas été évidents."

Son avenir sportif

"J'ai repris début octobre, il faut que je me blinde. J'ai une fracture au nez et des contusions un peu partout. J'ai des examens pour les yeux. Je pense que j'ai une commotion à la tête. C'est peut-être un mois de repos pour guérir de tout ça. Je vais tout mettre en place pour revenir vite sur les tatamis une fois que je serais en forme, surtout psychologiquement, pour retrouver une vie normale et la compétition. J'espère que ça ira."

RR