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Judo: comment Alain Schmitt a tourné la page après l'affaire Margaux Pinot

Entraineur national de la Bulgarie depuis février, Alain Schmitt "kiffe" sa nouvelle vie. Son feuilleton judiciaire avec Margaux Pinot, qui l’accuse de lui avoir porté des coups lors d’une dispute conjugale en novembre dernier, ne connaitra son épilogue que le 10 juin, après la relaxe prononcée en faveur de Schmitt en première instance. Heureux de sa nouvelle vie mais aussi très remonté contre le comportement de son ancienne compagne, il essaye d’avancer. Un esprit partagé entre guerre et paix.  

Quand il ouvre les rideaux de sa chambre d’hôtel chaque matin, Alain Schmitt aperçoit la montagne Vitosha et ses sommets enneigés qui borde Sofia: "C’est une ville que je trouve belle, raconte le nouveau responsable de l’équipe nationale bulgare de judo. Il a des cotés communistes et à côté des quartiers neufs avec des gratte-ciels, des rooftops. La vue sur la montagne tous les matins ça me plait. Et puis à deux heures 2h tu as la Méditerranée, la Mer Noire à 4h."

En tribune de l’Armeec Arena à Sofia, Alain Schmitt s’est époumoné tout le week-end sur ses athlètes bulgares, mais aussi ses proches engagés avec le judogi français. RMC Sport a rencontré l’entraîneur débarqué en Bulgarie en février dernier comme responsable des équipes nationales, quelques semaines après sa relaxe en première instance dans l’affaire de violences qui l’oppose à son ancien compagne et athlète, Margaux Pinot. En appel, le ministère public a requis un an avec sursis. En t-shirt floqué Bulgaria Judo Team et pas de survêtement, le Lorrain est heureux en Bulgarie dans cette ambiance"familiale" avec 70 athlètes sur le tatami de Sofia chaque jour, garçons et filles, des cadets aux seniors. 

Il a signé jusqu’aux JO 2024. Les responsables de la fédération lui font confiance et croient sa version des faits. Ils lui ont déjà proposé de rester plus longtemps que son bail: "J’ai eu quelqu’un au téléphone qui a voulu témoigner dans mon affaire. C’est une judoka ici en club. Elle m’a dit ‘les Bulgares cherchent quelqu’un pour le mois de mai.’ J’ai demandé le contact. Ils ont été d’accord pour me rencontrer. Je suis venu en Bulgarie une première fois. J’ai pris le temps de réfléchir et quand je suis venu la deuxième fois je ne suis plus parti", sourit-il. La mayonnaise prend. Sur cet Euro, Schmitt a bien rempli sa mission. Yanislav Gerchev finit en argent en moins de 60 kilos et Mark Hristov en bronze en moins de 73 kilos. 

Un oeil sur les combats de Pinot

Schmitt a envie de parler. Très envie même. De judo, de son affaire. Le robinet de paroles est grand ouvert. Comme celui des émotions. Dans l’équipe de France présente à Sofia, Schmitt a revu quatre judokas qu’il a entraînés à l’Etoile sportive Mesnil (hormis Pinot maintenant à Montreuil, il y a Orlando Cazorla, Cédric Revol, Madeleine Malonga et Manon Deketer). Il a lâché encouragements et consignes pour eux aussi. Lorsqu’il évoque le super-léger Revol, médaillé de bronze en moins de 60 kilos à 27 ans, Alain Schmitt a des trémolos dans la voix.

C’est avec Revol qu’il a bu un verre avant de rejoindre Pinot à son appartement lors de cette nuit fatidique: "J’ai beaucoup d’affect avec mes anciens athlètes. On a passé beaucoup de temps ensemble. Cédric, au-delà du judoka, c’est un homme bien. Il y a deux ans je lui ai dit: 'ton prochain objectif ce sont ces championnats d’Europe de Sofia'. C’est magique quand ça se produit car il n’a rien lâché. Je lui tire mon chapeau. C’est une longue période de ma vie." Il poursuit: "Il y a des personnes que j’entraine depuis 6 ans." Il se reprend et dit "que j’entraînais."

Schmitt n’a pas coupé le cordon avec la France. Il répète qu’il n’aimait pas le système français, celui des entraineurs de club pris dans l’étau entre les coaches nationaux et les athlètes, un système "sans joie de vivre". En exil, il est ému lorsqu’il évoque son pays: "Je suis quelqu’un de patriote. Quand j’entends La Marseillaise j’ai les frissons, ça m’hérisse le poil. Pour l’instant je ne peux pas penser à revenir en France parce que je suis sur autre chose. Je l’ai fait et ce n’est pas pour moi." Pense-t-il que son histoire judiciaire est un frein à toutes volonté d’entraîner de nouveau en France ? Il se plait en Bulgarie avec des athlètes à l’écoute, affirme-t-il.

Il a "déjà le plan en tête" pour continuer à faire progresser ses judokas. A côté des garçons et des filles, il y a aussi Margaux Pinot, son ancienne compagne et athlète à l’ESBM. On a vu Schmitt appuyer sur la main courante lors du premier combat de Margaux Pinot face à la Roumaine Moscalu (ippon), attentif. Puis lorsqu’un judoka bulgare se démenait sur un autre tapis, jeter quelques regards sur les affrontements suivants de Pinot. Quand il évoque celle qu’il a entraînée et qui a partagé sa vie jusqu’à cette nuit de novembre, Schmitt ne dit jamais son prénom: "Elle sera toujours une judoka forte. Cela ne changera jamais. Elle a les bons réflexes, le ne-waza (sol), elle ne perd jamais au sol. Elle a une bonne garde. Elle continuera à faire des médailles. J’ai un peu tourné la tête sur son quart. Que voulez-vous que je vous dise ? C’e n'est plus trop ma vie."

Schmitt dénonce les "tissus de mensonges" de Pinot

Pinot a angoissé de recroiser Schmitt dans la salle de compétition. La moins de 70 kilos, épaulée par les autres judokas français et le staff, a réussi à maîtriser ses émotions pour monter sur la troisième marche du podium, souriante: "Je m’y étais préparée à le recroiser, raconte-t-elle en sortant de son dernier combat victorieux. Ce n’est jamais pareil quand on se prépare et qu’on vit les choses. J’ai dû prendre sur moi surtout en début de compétition. J’ai tourné la page et c’est une autre page qui s’ouvre."

Au sortir de ces Europe, il y aura l’acte final du feuilleton judiciaire avec le délibéré de la Cour d’appel de Paris le 10 juin. Un dernier round face à Pinot. Schmitt est un homme blessé, énervé malgré la relaxe prononcée par le tribunal correctionnel de Bobigny. Des proches se sont éloignés. Il pense qu’il y a un parti pris médiatique en faveur de son ancienne compagne: "Ce qui me saoule c’est qu’elle passe pour une victime constamment alors qu’elle ne l’est pas, c’est inadmissible. A chaque fois (les médias) vous lui donnez l’opportunité de parler et pas à moi."

En décembre, Schmitt a donné une conférence de presse avec ses avocats dès la publication de la photo du visage tuméfiée de la moins de 70 kilos sur les réseaux sociaux. Il déroule ensuite plusieurs pièces du dossier. Il les passe en revue pointant du doigt les incohérences selon lui entre les faits et le discours de Margaux Pinot: "Ma vie privée reste ma vie privée, au moment où on la déballe je suis obligé de réagir. Cela ne me va pas. On attaque l’homme, on m’attaque sur tout, ce sont des tissus de mensonges. J’en ai des milliers de choses à dire sur le mensonge. J’ai des textos, j’ai tout." Alain Schmitt n’a plus son sort entre ses mains. 

M.M. à Sofia