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Manaudou: "J'avais les larmes aux yeux..."

Florent Manaudou a pris la deuxième place du trophée des 7 collines, à Rome, pour son retour à la compétition. Une journée qui va compter dans le chemin du Français, ému après sa course, vers les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020.

Florent Manaudou a pris la deuxième place de la finale du 50m nage libre du trophée des 7 collines, derrière le Brésilien Bruno Fratus, meilleur performeur mondial de l’année, vainqueur en 21 secondes 42 centièmes. Le champion olympique de 2012 a nagé un centième plus vite qu’en séries ce matin (21''72). Toujours à hauteur de la 8ème performance mondiale de l’année.

"Je fais moins d’erreurs que ce matin, mais j’ai moins de jus parce que j’ai beaucoup relâché après les séries, analyse Manaudou. J’avais l’impression d’avoir déjà "checké" la compétition après les séries et j’étais plus concentré ce matin. Je voulais juste être dans la bataille et à partir de ce matin, je savais que j’allais l’être. Je nage un centième plus vite, c’est bien (rires), mais je voulais faire un petit peu mieux. C’est une bonne journée, je repars avec deux chronos à 21''7, donc c’est bien!"

"J'avais les larmes aux yeux"

Manaudou a verbalisé devant la quinzaine de micros la pression qu’il avait sur les épaules et avait du mal à tirer des enseignements de cette journée. "La série de ce matin était tellement importante pour moi que je ne peux pas tirer des enseignements parce que j’ai perdu beaucoup d’énergie, continue-t-il la voix tremblotante. J’avais les larmes aux yeux ce matin après ma course alors que j’avais très bien nagé, parce que ça fait dix semaines que je nage pour ça. Je suis content avec ces deux temps de la journée, c’est cool, je suis dans le coup."

Clément Mignon son coéquipier marseillais et de l’équipe de France qui nageait aussi le 50m à Rome confiait ne "jamais l’avoir vu aussi tendu dans une chambre d’appel comme ce matin". Florent Manaudou a regretté de ne pas avoir pu remporter la finale. "J’aurais pu nager plus vite mais je n’aurais pas pu faire ce qu’a fait Bruno (Fratus), donc j’aurais perdu quand même. Mais le temps est bon, d’avoir fait deux fois 21''7. Après je suis un peu déçu d’avoir perdu. Mais si je ne l’étais pas, je ne serais pas revenu."

Manaudou a "l'impression d'être redevenu un nageur"

Une journée très forte émotionnellement pour le champion olympique de Londres en 2012. "Je ne sais pas, vous êtes combien pour le meeting de Rome, demande Manaudou à la quinzaine de journalistes qui avait fait le déplacement pour voir son retour. Tout le monde m’attendait, moi le premier. C’était chargé émotionnellement parce qu'on n’est jamais sûr de son retour… C’est dur de faire un comeback comme ça. C’était vraiment top ce matin, j’ai ressenti des choses que je n’avais pas ressenties depuis longtemps. J’avais vraiment l’impression de faire une demi-finale olympique ou une finale alors que ce n’était que les séries d’un meeting à Rome. Alors ce soir c’était un peu compliqué, je n’arrivais pas trop à me connecter. J’ai tiré le meilleur de la journée."

Une journée qui comptera pour le français. "J’ai vraiment l’impression d’être redevenu un nageur ici, à côtoyer les mecs que je voyais à la télé depuis 3 ans, je suis content et fier d’avoir ma place parmi eux encore parce que ça nage vite. Ce matin sur le plot j’avais l’impression d’être un étranger, alors que ce soir j’avais l’impression d’avoir vraiment ma place avec le temps de ce matin. La bascule s’est faite entre les deux. Je voulais gagner ce soir et j’avais l’impression que je n’avais jamais arrêté. Bon, dans l’eau c’est différent, je n’ai pas les mêmes appuis, la même nage etc… Mais en tout cas je n’ai rien perdu de tout ça et rien perdu de mon envie."

Faire mieux qu'une demi-finale à Tokyo

Deux gros chronos accrochés après moins de trois mois d’entraînement, pas de quoi inciter Manaudou à lever le pied pour la suite. "Il doit bien y avoir une quinzaine de nageurs qui ont déjà fait mieux que mon chrono… Et je ne veux pas faire une demi-finale. Je suis capable de faire 21''7 avec dix semaines d’entraînement, mais je suis rasé, j’ai relâché les deux dernières semaines aussi, je n’arrive pas comme les autres nageurs, je ne prépare pas les championnats du monde. C’est ma seule compétition là et j’étais beaucoup plus impliqué que les autres. J’ai tiré le meilleur de moi-même aujourd’hui, mais 21s7 ce n’est pas l’objectif."

"Une journée top, assurait avec le sourire James Gibson son entraineur. Ça ne fait que 9 semaines et demi d’entraînement, on n’est pas prêt et on choisit de venir affronter ce qui se fait de mieux et il a très bien répondu. Le public attend un chrono très très rapide mais pour moi 21s7 c’est un chrono magique. Il aurait nagé 22s3, ça aurait aussi validé. On ne cherchait pas le chrono, ce n’était pas l’objectif. C’était dur parce que tout le monde depuis trois, quatre jours parlait de chrono, le chronomètre, le chronomètre, le chronomètre. Mais pour moi ce n’est pas important, ce qui est important c’est d’être face aux meilleurs nageurs mondiaux, en tête à tête, d’apprendre. C’est ça le plus important pour Tokyo. En anglais, on dit "the scoreboard is the result of the process", le chronomètre est le résultat du processus. Je suis très content."

Viser toujours plus haut

Alors que la nuit était tombée sur Rome apportant un peu plus de fraicheur, Florent Manaudou tout sourire descends du podium accompagnée par sa petite amie Alizé Lim qui joue avec le bouquet de fleur. "C’est la première mais j’espère pas la dernière" lance-t-il, avant de corriger de concert avec Alizé Lim : "Et pas le même métal aussi!"

Son entraîneur James Gibson trépignait de pouvoir enfin voir son élève. Une accolade, quelques mots glissés à l’oreille de Manaudou. La grande carcasse du Marseillais a ensuite filé vers le bassin de compétition pour effectuer sa récupération. Et si Manaudou pendant Roland-Garros échauffait raquette à la main la joueuse de tennis, Alizée Lim a elle mouillé le maillot en accompagnant son petit ami dans le bassin. 

Julien Richard