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Natation: du show, des stars, des performances… L’ISL, avec Manaudou, a soigné sa première

L’International Swimming League, la nouvelle ligue privée professionnelle, a déboulé dans le monde de la natation pour lui donner un nouveau souffle. RMC Sport était présent à Indianapolis ce samedi pour la première journée de compétition.

L’International Swimming League et sa tête d’affiche française, Florent Manaudou, rêvaient de dépoussiérer la natation avec une compétition par équipe réunissant les meilleurs nageurs mondiaux pour une épreuve par équipe. RMC sport était présent aux Etats-Unis ce samedi pour la première de l’ISL.

Dans la piscine de l’université d’Indianapolis, transformée en scène géante de spectacle pour les débuts de cette nouvelle une ligue professionnelle privée, les équipes de l’Energy Standard Paris (Florent Manaudou), des Aqua Centurions (Federica Pellegrini), des DC Trident (Katie Ledecky) et des Cali Condors étaient opposées pour cette première en grande pompe.

Du spectacle!

Un DJ placé au niveau de l’entrée des nageurs sur la plage de départ, de la musique à fond, un jeu de lumière et une scénographie impressionnante. "Un show à l’américaine, dixit Jérémy Stravius, nageur des DC Trident qui avoue avoir eu des frissons. La présentation avec le DJ avant de nager c’est énorme. Ça met l’ambiance et ça donne envie."

Charlotte Bonnet qui nage pour l’Energy Standard décrit l’entrée en scène. "Il fait vraiment noir dans notre zone derrière où on attend avant de nager, a détaillé la Française. Tu passes le mur, il y a grave de lumières, le son à fond, les gens qui applaudissent, notre équipe qui nous encourage à fond, c’est vraiment grandiose !"

Un contexte qui aide à se surpasser dans une période habituellement sans compétition et axée sur l’entraînement. "C’est plus facile de se motiver, assure Florent Manaudou. Avec la concurrence aussi. J’ai vu des nageurs comme Katie Ledecky, Lily King que je regardais à la télévision sur les deux derniers Championnats du monde donc c’est vrai que les retrouver directement début octobre cela force à être focus et c’est bon pour tout le monde."

Et beaucoup de rythme

90 secondes entre chaque courses… Les organisateurs avaient promis du rythme, il y en a eu ! A peine le temps de respirer. "Ils nous ont expliqué que c’était le but, qu’il n’y ait pas d’attente pour les spectateurs et c’était top", raconte encore Charlotte Bonnet. "Il y a un rythme incroyable, soulignait aussi Florent Manaudou. En moins d’une heure j’ai fait trois courses, ce que je ne faisais jamais avant. Mais vu que tout le monde le fait, franchement ce n’est pas un problème, j’aime ça, le fait que ce soit en équipe. Je trouve ça hyper bien comme format, il n’y a pas de cérémonies protocolaires ce qui casse le rythme."

"C’est presque trop" s’est même amusée Federica Pellegrini, championne olympique du 200m nl à Pékin en 2008. "Ce qu’ils ont voulu faire c’est un spectacle, explique de son côté le Tricolore Jérémy Stravius. Un spectacle en général cela dure entre une heure et demi et deux heures maximum, c’est ce qu’ils ont fait. On ne s’ennuie jamais, dès qu’une course est terminée on a à peine le temps de sortir de l’eau qu’une autre course enchaîne avec d’autres stars, d’autres sportifs de très très haut niveau."

Et Charlotte Bonnet d’enchaîner et d’abonder dans ce sens: "Ce qui est attrayant c’est que c’est les meilleurs du monde qui nagent. Tu ne vas pas te dire qu’il y a trois ou quatre séries où tu vas te mettre sur ton téléphone… Là c’est direct les huit meilleurs mondiaux et c’est parti. C’est ça qui est génial."

Le public se cherche encore

Le seul bémol de cette première journée historique de l’SL reste l’absence d’une grande ferveur populaire dans les gradins. "Il manque juste un peu de public…", avoue Florent Manaudou. Entre 500 et 600 personnes, seulement, s’étaient massées dans l’unique tribune latérale ouverte de la piscine de l’université d’Indianapolis. 

L’Italienne Federica Pellegrini promet "plus de chaleur" et "plus de monde dans les tribunes", la semaine prochaine lors de la prochaine étape à Naples. Pour la deuxième étape de l’ISL, la première en Europe, les places se sont arrachées depuis plusieurs semaines et les épreuves se dérouleront à guichets fermés. Et l’ancienne protégée de Philippe Lucas et capitaine des Aqua Centurions, sextuple championne du monde et jury en Italie du très populaire show télé "L’Italie a un incroyable talent", y est pour beaucoup!

Un bel esprit d’équipe

"L’ambiance est dingue, le fait que ce soit par équipe c’est motivant, c’est fou", lâche Charlotte Bonnet qui n’a pas eu de mal à se fondre dans le groupe de l’Energy Standard Paris… Une équipe où l’on parle anglais avec seulement deux nageurs français sur ce premier match (Fantine Lesaffre les rejoindra à Naples). "Je trouve ça cool que l’on soit présentés par équipe, abonde Florent Manaudou. J’ai l’impression que limite on s’en fou des nageurs qu’il y a. On est juste là pour l’équipe. C’est vraiment appréciable."

La Suédoise Sarah Sjöström, coéquipière de Manaudou et Bonnet à l’Energy Standard était "fière et heureuse d’avoir pu participer à ça avant que sa carrière ne soit terminée". C’est elle qui a remporté la première course le 100m papillon. 

"Habituellement je ne suis pas trop ce qu’il se passe entre mes courses, là je me suis pris au jeu, je regardais, je calculais les points, je regardais le classement", a lancé celle qui détient toujours quatre records du monde.

Trop de compétitions?

Autre léger bémol, le circuit de l’ISL vient s’ajouter au circuit de la coupe du monde FINA, aux Champions Series de la fédération internationale créé en réaction à l’apparition de l’ISL, aux circuit américain de meetings, aux meetings internationaux, aux championnats continentaux et du monde… Trop? Les stars de la natation mondiale ont encore une fois défendu ce modèle. "Non c’est comme ça que cela doit être, lance Sjöström. Regardez les autres sports, si vous regardez Serena Williams vous la voyez à la télé quasiment tous les week-end. Alors que les nageurs ce n’est pas souvent. Juste une ou deux fois par an donc c’est cool, les gens verront des filles en maillot de bain et des garçons plus souvent, les gens attendaient de voir des nageurs forts plus souvent à la télé."

La quintuple championne Olympique Katie Ledecky partage cet avis. "C’est génial pour la natation. Chaque compétition est en quelque sorte en concurrence donc ça rendra la natation meilleure pour tout le monde sur les prochaines années et même plus loin, assure même l’Américaine aux quinze couronnes mondiales. Aujourd’hui c’était un tournant pour la natation et je pense que l’ISL va continuer de s’améliorer ce qui poussera la FINA et d’autres organisations à créer le meilleur environnement pour les athlètes pour faire de la compétition au meilleur niveau possible."

Manaudou fait le show…

Et visiblement, il y en a un qui a profité de cette première journée de l’ISL pour marquer les esprits. Son nom? Florent Manaudou. "Waouw ! It was so fast!", s’extasie Natalie Coughlin, la star américaine sortie de sa retraite uniquement pour l’ISL après avoir croisé et félicité le Français pour sa course. Comme Coughlin, Manaudou a impressionné une nouvelle fois, comme lors de son premier plongeon depuis l’annonce de son retour, en juin dernier à Rome. Vainqueur en 20’77’’, il réalise la quatrième performance de sa carrière en petit bassin sur sa course de prédilection.

"Je me sens bien, vraiment, depuis que j’ai repris je me sens bien dans ma nage. Je suis très content de faire du petit bassin parce que ça me fait bosser les ondulations et j’ai trouvé déjà sur une course que c’était mieux qu’à Rome, explique le vice-champion olympique du 50m nl à Rio. Je sens que je fais un super start, je nage bien jusqu’à 25m, j’ai un petit problème sur le virage et la coulée. J’ai l’impression que je nage aussi vite qu’avant. Sur les parties non nagées (départ, virages et coulées, ndlr) j’ai encore un peu de boulot mais par rapport aux autres pour le moment c’est bien et je suis vraiment content de ce 50m."

…Mais en veut encore plus

Manaudou à qui l’on apprend qu’il s’agit du quatrième chrono de sa carrière sur la distance et qu’il aurait fini en bronze lors des derniers mondiaux petit bassin avec ce chrono. "Troisième ce n’est pas là où je veux être (rires), mais on va dire que pour un 5 octobre, c’est super, vraiment. C’est la fin de la cinquième semaine de boulot, j’axe mon travail différemment, je fais beaucoup de sprints, a finalement analysé le triple médaillé olympique. Donc c’est possible que je nage assez vite rapidement comme je l’ai fait là et que je n’ai pas un gros « jump » après. Donc je pense que ça va progresser petit à petit mais c’est bien. Après je ne suis pas non plus étonné par ce temps, c’est quelque chose que j’ai en moi je pense ce 50m."

Grand rival annoncé du Français, Caeleb Dressel le nouveau roi du sprint et double champion du monde du 50m et du 100m n’était finalement pas là à Indianapolis… L’Américain était ce week-end introduit dans le Hall of Fame de son université des Florida Gators. Mais ce n’est que partie remise. Le nageur le plus rapide de l’histoire sur 50m hors combinaisons sera la semaine prochaine à Naples pour la deuxième étape de l’ISL et un premier duel face à Manaudou. Cela promet!

Julien Richard à Indianapolis