RMC Sport

Florent Manaudou rêve de "dépoussiérer la natation" à l'ISL

Florent Manaudou sera l’une des têtes d’affiche de la première étape de l’International Swimming League ce week-end à Indianapolis. De retour à la compétition en juin, la star de la natation tricolore s'est confiée à RMC Sport et espère enchaîner les bonnes performances pendant l’ISL. Ravi de se mesurer au gratin mondial, le nageur de 28 ans compte sur cette nouvelle ligue pour redynamiser son sport et lui permettre d’arriver en forme aux JO de Tokyo.

Florent, l’an passé vous étiez encore handballeur au moment de nager aux interclubs à Istres, qu’est-ce que cela représente pour vous de vous trouver à Indianapolis pour les débuts de l’ISL?

Il n’y a pas vraiment les mêmes nageurs autour sans vouloir manquer de respect aux nageurs qui étaient à Istres… C’est vrai que même si Caeleb Dressel n’est pas là il y a quand même 80-90 % des meilleurs nageurs mondiaux qui sont là. Donc c’est excitant, en plus sur un nouveau format, cela va être assez fun. Je pense que je vais avoir un peu de mal sur l’enchaînement des courses...Si je dois enchaîner les courses. Ce n’est pas quelque chose où je suis très bon. Mais c’est vraiment une compétition à l’américaine où on nage beaucoup de courses. Et cela ne peut que nous faire du bien, aussi, de voir autre chose.

Qu’attendez-vous de l’ISL?

J’ai envie que cela dépoussière un peu la natation. On voit qu’il y a pas mal de choses qui sont différentes, il va y avoir un peu plus de show. On sait que, aujourd’hui, les gens ne s’intéressent pas qu’au sport en lui-même mais aussi au show. il faut que ce soit un spectacle. Dans tous les sports il y a des évolutions, et nous il n’y en a pas eu depuis très longtemps donc c’est cool que Konstantin (Grigorishin le milliardaire ukrainien à l’origine du projet, ndlr) ait mis cela en place. J’espère que cela prendra parce que cela a l’air bien pour l’instant. Même si la compétition n’a pas encore commencé, avec les briefings que l’on a eus, on a une vue sur la compétition et je pense que ça va être fun !

"Essayer de faire le show pour le public"

Vous a-t-on demandé de faire le show lors des briefings de l’ISL?

Oui je pense qu’il faut mettre un petit peu l’ambiance car le public aime ça. Pour nous c’est une compétition d’équipe donc avec un peu moins de pression et on est le 5-6 octobre donc ce n’est pas le timing idéal pour performer. Mais on est tous dans les mêmes conditions donc je trouve cela assez cool. Et on va essayer de faire le show pour les gens qui vont nous regarder.

Quelle part a eu l’ISL dans votre décision de revenir à la compétition? 

C’est dur à dire et maintenant que je suis revenu. Je dirais que même sans l’ISL je serais revenu, mais c’est vrai que au moment de ma décision cela a quand même pesé énormément parce que je n’avais pas envie de reproduire les mêmes saisons que j’avais faites. Mais franchement cela à l’air vraiment cool et je pense que dans le futur il n’y aura peut-être plus que ça comme compétitions donc ça peut être bien.

"Champion ISL cela peut devenir aussi important que champion du monde"

L’ISL peut-elle devenir la référence et reléguer au second plan les Championnats du monde ou les JO?

C’est dur à dire parce qu’il n’y a même pas eu encore la première journée. Je pense qu’il faut attendre la fin de l’année et la finale à Vegas pour voir comment cela se passe. Je ne sais pas trop si cela va tout le temps se passer en petit bassin ou en grand bassin. La natation, historiquement, c’est quand même en grand bassin. Là c’est bien parce que je me vois mal faire une compétition en grand bassin au bout d’un mois d’entraînement, mais on verra. 

Mais s’il y a vraiment une saison complète comme en NBA ou dans tous les sports avec des ligues je pense que oui, cela peut devenir aussi important que les Championnats du monde. Pas forcément sur la performance pure mais l’ensemble peut devenir important et champion ISL cela peut devenir aussi important que champion du monde. Après, champion olympique c’est quand même autre chose. C’est un petit peu à part et c’est quelque chose qui nous fait tous rêver quand on est gamins donc je ne vais pas le mettre à la même hauteur… En tout cas ce qui est bien c’est que l’ISL nous fait nager, cela nous fait voir de nouvelles choses et surtout dès le 5-6 octobre on peut nager contre les meilleurs nageurs du monde. Cela nous force à être un peu toujours prêts et je trouve ça bien.

Etes-vous toujours aussi ému et attendu que lors de votre retour à Rome ou vous sentez-vous plus détendu qu’en juin?

Non cela n’a rien à voir parce que c’est du petit bassin. C’est une compétition d’équipe et on est tous prêts et à peu près pareils. A Rome les gars n’avaient pas arrêté de nager, et moi dans ma tête il fallait que je valide mon retour. Là pour moi je l’ai validé, je sais à peu près ce que je vaux et je sais que j’ai ma place ici donc déjà c’est bien. Après, forcément, quand je serai sur le plot de départ il y aura des automatismes qui vont me manquer. Et je trouve cela bien de pouvoir, justement, faire beaucoup de courses, beaucoup de compétitions cet hiver pour pouvoir retrouver un peu ce truc.

Pas de confrontation avec Caeleb Dressel ce week-end, est-ce une déception?

Je suis venu aux Etats Unis pour cette compétition, je savais qu’il était là. Malheureusement il ne peut pas venir il a autre chose de prévu mais c’est juste reporté d’une semaine et c’est vrai que cela aurait pu être fun. Moi j’avais très envie de me jauger à côté de lui sur un premier 15m, sur une sortie de coulée c’était le plus important pour moi. Après je ne sais pas dans quelle forme il est mais c’est un très bon nageur de petit bassin car il a beaucoup nagé en yard (la distance des épreuves universitaires américaines, ndlr) donc c’est toujours bien de se confronter à des mecs comme ça. Mais je pense qu’il y en aura d’autres.

"Avoir des automatismes avant les JO"

Est-ce que vous connaissez les épreuves que vous allez nager à Indianapolis ?

Je l’ai encore demandé à James (Gibson son entraîneur, ndlr) mais il n’a pas voulu me dire… Logiquement je devrais faire le 50m nage libre avec Ben Proud ainsi que le 50m dos. Ensuite il y a un point d’interrogation sur le 50m papillon, sur les skins (épreuve à éliminations sur 50m, ndlr). Je devrais faire les relais.

Mais je trouve ça assez cool de ne pas savoir et d’être dans le truc. Il peut même me dire trois minutes avant que je vais nager ceci ou cela. Moi ça me va à moins que ce soit de la brasse ou des courses de plus de quatre longueurs (rire). Cela va être fun et l’ambiance est tellement bonne que ça va moins me faire mal. Le fait d’être moins focus sur une course va rendre plus facile d’aborder les courses. »

Et sportivement, qu’attendez-vous de l’ISL?

J’attends de prendre des repères pour le futur. Je me suis mis exprès beaucoup de compétitions sur cet hiver. Je suis un nageur de 50m donc le fait de faire beaucoup de courses va me forcer à retrouver des automatismes sur le départ, sur la coulée. Le fait de nager avec une combinaison par exemple, chose qu’on ne fait pas souvent à l’entraînement va me forcer à avoir des automatismes et je trouve cela bien en vue des Jeux.

Etes-vous satisfait de vos performances depuis votre retour ?

Je suis très content depuis septembre. C’était un petit peu flou de mars à avril et jusqu’à Rome parce que j’avais beaucoup de choses dans ma tête. Mais en ayant validé ce retour je suis beaucoup plus serein, je sais ce que je vaux sur ma course et je trouve ça bien parce que ça me donne un petit plus de confiance.

Je me sentais un peu perdu autour des autres nageurs et là c’est un peu différent parce que j’ai fait un temps qui me permet d’être dans ces compétitions-là. Les gens ne doutaient pas de ça mais moi c’est différent parce qu’on ne sait jamais ce qu’on peut faire, c’est du sport. Je me sens plutôt bien depuis septembre notamment en crawl où j’ai beaucoup de repères qui sont revenus. Après dans les autres nages c’est plus dur.

Julien Richard à Indianapolis