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Natation (Mondiaux): "Léon Marchand est très similaire à Michael Phelps", assure Bob Bowman

L’espoir de la natation française Léon Marchand (20 ans) dispute ce samedi les séries du 400m 4n aux Mondiaux de Budapest. Finaliste aux JO de Tokyo sur la distance (6e), le Toulousain s’est depuis exilé aux Etats-Unis, à l’université d’Arizona State, sous les ordres d’un entraîneur de légende : Bob Bowman. Celui qui a forgé la carrière du plus grand nageur de l’histoire Michael Phelps.

"Celui qui n’avance pas recule." Le proverbe est écrit en français dans le texte sur une feuille A4 où Bob Bowman a griffonné l’entraînement du jour à Canet-en-Roussillon où les Bleus ont passé les derniers jours de préparation avant les championnats du monde de Budapest. Léon Marchand tombe dessus et se marre. "Tous les jours aux Etats-Unis ont met une citation de motivation, donc j’essaye de faire la même chose ici mais en français du coup", raconte Bob Bowman qui dans un rire sonore expliquant qu’il l’a trouvée "sur Google". L’image est assez surprenante, voire impensable. L’ancien mentor du plus grand nageur de l’histoire, du sportif le plus titré de l’histoire des Jeux olympiques, Michael Phelps, vêtu du polo blanc de l’équipe de France. "France" floqué dans le dos. Bowman fait tout pour se fondre dans le groupe, essayant de glisser les consignes en Français, lui l’amateur de vin français.

"Il me demande des mots tous les jours", raconte Léon Marchand. C’est la première fois que l’entraîneur porte l’équipement d’un autre pays que les Etats Unis. Une aubaine aussi pour l’ensemble de l’équipe de France. Le coach échange lors des réunions du staff tricolore. Comme sur la façon de planifier dans les moindres détails la semaine de compétition de chaque nageur en amont. "Bob il va faire du bien parce qu’il échange, confirme Philippe Lucas. C’est quelqu’un qui parle un peu français, qui donne son avis et de son expérience, son vécu. Pour tous les jeunes entraîneurs qui sont là c’est bien. Bob c’est un plus, voire un plus plus !" A la tête de l’équipe de France, le Néerlandais Jacco Verhaeren, lui-même ancien entraîneur d’un autre très grand nom de la natation mondiale Pieter van den Hoogenband, assure que "dans notre sport la natation, on a des athlètes qui sont des légendes, et des entraîneurs aussi".

"Et Bob est exactement cela, une légende, si ce n’est le meilleur, ajoute-t-il. Il a entraîné le plus grand nageur de l’histoire. Et pour en arriver là ce n’est pas juste la question de nager vite. C’est aussi être sûr qu’il y a un bon process mis en place. Par exemple quand vous faites les interviews, combien de temps ça va durer, les questions du sommeil, de la récupération. Si vous nagez plusieurs épreuves dans la même soirée ce qui sera le cas de certaines nageurs, comment vous gérez ça mentalement et physiquement, comment vous vous préparez pour ça. Et Bob Bowman et Michael Phelps étaient les maitres pour ça." Bob Bowman le francophile, amateur d’histoire de France et de "côte du Rhône" a désormais entre ses mains un des trésors naissant de la natation française. Il est revenu sur ses neufs premiers mois avec Léon Marchand, son adaptation ultra rapide et la comparaison inévitable avec Phelps.

Où se situe aujourd’hui Léon avant ces championnats du monde ?

"Il est mentalement bien en place, il a nagé extrêmement bien ces derniers mois, il s’entraîne bien. Donc il est en confiance et il sait qu’il peut réaliser de bonnes performances."

Depuis qu’il vous a rejoint en septembre, sur quels domaine a-t-il progressé ?

Il a fait pas mal de progrès. Sur la technique il a progressé sur chaque nage. Je pense qu’il est plus fort physiquement, il a pas mal grandi physiquement. Il a aussi pu nager contre des nageurs de haut niveau aux USA et il les a battus ce qui lui a donné de la confiance. Je pense qu’il est dans un très bon état d’esprit en arrivant à Budapest et j’ai hâte de voir ce qu’il va faire.

Entre le moment où il est arrivé aux USA et aujourd’hui, il a changé physiquement…

Il est arrivé on aurait dit un petit enfant (rire)… Maintenant il grandit. Il avait besoin de se renforcer musculairement ce qu’on a fait. Il avait besoin d’être un peu challengé à l’entraînement et quand il l’a fait il a bien répondu à ça.

Vous pouvez nous parler de sa personnalité ?

C’est très facile de travailler avec lui. Il est focus sur ce qu’il veut faire, il a des objectifs clairs et il travaille pour les atteindre. Il est gentil, humble et s’intègre facilement dans un groupe. Il encourage ses coéquipiers qui à leur tour l’encouragent. Et au quotidien il est volontaire et veut toujours s’améliorer donc c’est très facile de travailler avec lui.

Quelle relation vous avez avec lui ?

On est très proches. Je veille un peu sur lui comme un second parent. Il est loin de sa maison donc il a besoin de quelqu’un pour vérifier que tout est ok pour lui. Mais il est très indépendant et je pense qu’il s’est bien adapté à sa nouvelle vie. Il s’est fait beaucoup d’amis, il a un bon réseau. Mais de façon générale, j’essaye de faire en sorte de vérifier que tout soit ok pour lui.

Ça prend parfois du temps de s’adapter au système universitaire. On dirait que ça a été assez simple pour lui.

Oui ça ne lui a pas pris beaucoup de temps. J’ai eu d’autres expériences avec des nageurs internationaux et ça ne s’est pas aussi bien passé (il rigole et lève les yeux au ciel)… Vous en connaissez quelques un… (il évoque sans le nommer Yannick Agnel qui s’est entraîné avec Bob Bowman 16 mois entre 2013 et 2014). J’ai appris d’ailleurs de ces expériences. Et ce que j’ai fait avec Léon c’est que j’ai essayé de l’emmener très graduellement vers ce que l’on fait. Je ne lui ai pas demandé trop d’entrée. On a adapté le programme de façon à ce que à chaque fois qu’il franchissait une marche on puisse passer à la suivante. Je pense qu'avoir été patient avec lui l’a beaucoup aidé.

Ça change beaucoup pour vous de passer de quelqu’un comme Michael Phelps à un jeune nageur comme Léon Marchand ?

Non car ils sont très similaires. Léon est très similaire à Michael au même âge. Pas le même, mais il a les mêmes qualités. Il a le talent, il est très bon à l’entraînement et veut progresser donc c’est facile avec lui.

On vous voit assez complices et pas forcément sérieux tout le temps, avec des moments pour rire. C’est important pour vous ?

Oui c’est très important. Je veux être en mesure de le garder relax, particulièrement en arrivant à Budapest où il ne doit pas être trop sérieux. Il faut rester tranquille, relâché.

Vous avez parlé de Michael Phelps et évidemment on ne peut pas passer à côté de la comparaison. Est-ce que vous les comparez sur les entraînements par exemple ?

Leur chronos sont similaires sur plusieurs points. La différence entre Michael et Léon, c’est que Léon est un très bon brasseur alors que Michael était un très bon dossiste. Léon n’est pas un grand dossiste et Michael n’était pas un grand brasseur. Donc c’est marrant pour moi d’avoir quelqu’un qui est très fort sur la brasse d’ailleurs je suis déçu que Léon ne puisse pas nager le 200m brasse à Budapest car ce n’est pas compatible avec le 200m 4n. Mais je pense que de façon générale, ils ont tous les deux avec Michael des qualités dans l’entraînement qui font qu’ils peuvent nager très, très vite quand ils le veulent, et qu’ils peuvent beaucoup s’entraîner. Donc c’est une bonne combinaison d’avoir du talent, une très bonne technique, et aussi d’avoir la volonté d’encaisser un gros volume d’entraînement à une grosse intensité ce qui les aides à passer au niveau supérieur. Et sur ce point-là ils sont très similaires.

Sur quels points d’amélioration vous travaillez particulièrement à l’entraînement ?

J’essaye d’améliorer sa partie de dos, car c’est ce qui le limite dans le quatre nages. Et ce travaille paye, il est bien meilleur sur le dos. Mais je pense que pour Michael et Léon, ils sont des nageurs de 4n donc il faut veiller à travailler toutes les nages. Les deux sont très bons sur les parties sous-marines et on essaye de le travailler à l’entraînement. Et Léon est probablement même meilleur que Michael dans les parties sous-marines. Ils sont très comparable sur ce point. Mais assurément aujourd’hui Léon est le meilleur au monde sur les parties sous-marines. Donc il faut garder ça. Et de façon générale il faut de l’équilibre entre les nages, chaque jour on travaille des choses, mais pas trop pour que le lendemain il puisse revenir à l’entraînement et être capable d’en travailler d’autres.

Donc il peut être le meilleur dans le futur ?

Je n’en sais rien ça. Michael c’est Michael et Léon c’est Léon… Ce que l’on veut pour Léon c’est qu’il devienne le meilleur Léon qu’il peut. Et il a une opportunité dans deux ans de réaliser quelque chose de spécial. On veut lui donner une chance de le réaliser. C’est très différent des buts qu’avait Michael, mais les deux veulent exceller à leur meilleur niveau et on verra jusqu’où peut aller Léon. Mais je pense qu’il peut aller loin.

Vous avez dû gérer dans votre carrière avec Michael Phelps des moments avec une pression énorme. Léon va disputer dans deux ans les JO à la maison avec une énorme pression. Comment est-ce que vous le préparez à ça ?

Nous n’en avons pas beaucoup parlé parce que je pense que plus vous en parlez et plus ça devient un problème. Toutefois, je travaille à le préparer pour ça et c’est une des raisons qui fait que je voulais être avec lui à Budapest. Pour l’aider à intégrer le process car c’est une très bonne étape pour une sorte de répétition de ce qu’il rencontrera à Paris. Ce sera un peu similaire. Bien sûr la pression ne sera pas la même, mais c’est une compétition de très haut niveau. Et au bout du compte, on l’entraîne pour performer dans des compétitions, et laisser de côté tout ce qu’il y a autour. On travaille sur ça à la maison avec les meetings que l’on fait. On travaille son état d’esprit tous les jours à l’entraînement. Donc étape par étape c’est ce à quoi je le prépare. Même si je ne lui dit pas ça, c’est ce que l’on fait.

Vous parlez quelques mots de français, est-ce que vous avez une relation spéciale avec notre pays, et les nageurs français ?

J’ai toujours aimé la France ! J’ai eu une super prof de français au lycée qui avait étudié à la Sorbonne. Elle était une super prof de français mais je n’étais pas un super élève (rire). Mais j’ai suffisamment appris et j’ai toujours voulu venir en France. J’adore la culture française. Ce que je préférais étudier c’était l’histoire française, j’adorais ça. Donc c’est un plaisir pour moi d’être là et en quelque sorte de faire partie de cette culture même si mon niveau de français n’est pas là où j’aimerais qu’il soit. Mais j’y travaille.

Vous aimez le vin français parait-il ?

Oh oui ! (en français dans le texte). Le Bordeaux et le côte du Rhône !

Comment travaillez-vous avec l’équipe de France ?

Je parle avec tous les entraîneurs. Ils ont été super sympas avec moi. Je travaille avec Nico (ndlr : Nicolas Castel qui a formé et entraîné à Toulouse Léon Marchand jusqu’à Tokyo), le coach de Léon. On travaille directement ensemble et il m’aide un peu à naviguer ici sur les différentes choses. On travaille ensemble sur les programmes, on met en place un programme que l’on adapte individuellement aux nageurs et leur besoins.

Pour revenir à Michael Phelps, est-ce qu’il suit ce que fait Léon et est-ce que vous échangez ensemble à son sujet ?

Oui il suit ce qu’il fait ! Il me donne son opinion sur les courses de Léon, sur ce qu’il peut changer et améliorer. Il est toujours très intelligent sur ses analyses donc je les prends en considération toujours. Nous discutons ensemble sur ce que l’on sent que Léon pourrait faire. Chaque fois que Léon nage en compétition il regarde ses temps de passages, regarde les vidéos et me donne son retour. Donc ça l’intéresse vraiment.

Julien Richard