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Coupe du monde: Farrell, le personnage clé du XV de la Rose

Replacé au centre du XV de la Rose, Owen Farrell brille lors de la coupe du monde 2019 au Japon. Le nouveau capitaine de la sélection anglaise est l’un des plus grands talents du rugby mondial.

Une semaine après son exploit retentissant contre les All Blacks (19-7), l’Angleterre défiera l’Afrique du Sud ce samedi (10h) en finale de la Coupe du monde disputée au Japon. Contrairement à leur précédente confrontation en 2007, le XV de la Rose partira favori de cette rencontre tant il a impressionné lors du Mondial nippon. Sur la pelouse du Yokohama Stadium, un joueur sera scruté avec attention par le public comme par les Springboks: Owen Farrell.

Pièce maîtresse de l’équipe dirigée par Eddie Jones, le capitaine de la sélection britannique était un temps incertain pour cet ultime duel en raison d’une béquille contractée face à la Nouvelle-Zélande. Bonne nouvelle pour l’Angleterre il tiendra bien sa place pour le plus grand défi de sa carrière, celui qui pourrait lui apporter une gloire éternelle auprès des supporters… et ça, ce n’était pas forcément gagné. Depuis le début de sa carrière et encore lors du tournoi au Japon, Owen Farrell suscite à la fois de l’excitation pour ses performances que parfois une certain agacement chez les supporters adverses en raison d'une attitude qui peut être prise pour de l'arrogance.

Un joueur aussi talentueux…

Owen Farrell joue au rugby, mange rugby, dort rugby et même respire rugby depuis son enfance. Biberonné à l’ovalie par son père, Andy, ancien international à XIII et à XV, le demi d’ouverture a effectué ses classes dans les équipes de jeunes des Saracens. A seulement dix-sept ans, il a débuté chez les pros lors de la saison 2008-2009, la dernière de son père. Mais à l’inverse de son troisième-ligne de paternel, il brille dans les lignes arrières.

Malgré son jeune âge et son manque d’expérience, on loue très rapidement son pragmatisme et son efficacité au pied et ses performances sur le terrain et devient rapidement international. Régulier à souhait, il a effectué ses débuts en sélection dès 2012 et cumule désormais 82 capes et 894 points. Présent lors de l’échec anglais en 2015, il brille désormais lors du tournoi au pays du Soleil Levant.

Owen Farrell a déjà tout gagné avec les Saracens
Owen Farrell a déjà tout gagné avec les Saracens © Icon Sport

Si bien qu’aujourd’hui Owen Farrell possède déjà un superbe palmarès à 28 ans avec cinq titres de champion d’Angleterre, trois trophées consécutifs en Coupe d’Europe et deux victoires dans le Tournoi des VI Nations. En ajoutant samedi un sacre mondial, l’ouvreur replacé au centre s’offrirait déjà l’un plus beaux palmarès de l’histoire du rugby. Et lors de cette Coupe du monde, bien que replacé au centre par Eddie Jones, Owen Farrell a encore montré beaucoup de qualités. Certes il n’a réalisé que deux franchissements ou deux passes offloads, mais il a réussi pas moins de 23 relances à la main. Egalement appliqué en défense avec 49 plaquages réussis (74%) Owen Farrell a largement contribué à la belle solidité du XV de la Rose lors de cette Coupe du monde.

Owen Farrell est apprécié par ses coéquipiers et ses supporters. Dans une mesure qui n’a d’égal que l'agacement que peuvent parfois éprouver les fans de ses adversaires. Une simple question de posture selon Thomas Castaignède, ancien des Sarries entre 2000 et 2007: "Owen a de l’allure, donc il doit avoir tendance à agacer les mecs en face… Mais c’est quelqu’un qui montre un profond respect pour ses adversaires."

Outre son arrogance épisodique, Owen Farrell se voit également reprocher un certain nombre de gestes limites comme des plaquages légèrement en retard ou à l’épaule. Mais plus utile encore pour son équipe, il sait faire sortir ses adversaires de leurs gonds. Au Japon, l’Américain John Quill et l’Argentin Tomas Lavanini ont ainsi écopé d’un carton rouge après des fautes sur… Farrell. 

De la même manière, une vilaine claque de Sam Whitelock sur l’Anglais a définitivement enterré tout espoir d’un retour des All Blacks en demi-finale du Mondial. Là encore, le comportement d’Owen Farrell a énervé et impressionné à la fois. "Que l’on soit d’accord avec ou pas et qu’on l’aime ou pas, il a obtenu une pénalité cruciale pour son équipe", a avoué Scotty Stevenson pendant qu’il commentait la demi-finale de la Coupe du monde 2019 pour la télévision néo-zélandaise.

Un capitaine métamorphosé au Japon

L’arrivée d’Eddie Jones à la tête de la sélection anglaise a par ailleurs agi comme un déclic pour Owen Farrell. Le technicien australien l’a d’abord installé à l’ouverture et l’a nommé vice-capitaine. Mais lors de la Coupe du monde au Japon, c’est au centre et dans la peau d’un capitaine que le talentueux rejeton d’Andy a fait parler sa classe. George Ford titulaire à l’ouverture, Owen Farrell régule à merveille les lignes arrière du XV de la Rose avec son jeu au pied ou ses relances à la main. Son sang-froid à toute épreuve lui a permis d’apporter une grande maîtrise au jeu de son équipe. 

Lors de la compétition au Japon, il a embrassé son rôle de leader en prenant la parole dans le vestiaire et en particulier au moment d’affronter les All Blacks. Afin d’être définitivement perçu comme le meilleur joueur de sa génération outre-Manche, Owen Farrell doit encore accomplir un dernier exploit contre l'Afrique du Sud et guider le XV de la Rose au titre mondial. Cela lui suffira peut-être à définitivement mettre la planète ovalie dans sa poche…

Jean-Guy Lebreton