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Laporte : "Replacer l’équipe de France au centre du village"

Bernard Laporte

Bernard Laporte - -

Bernard Laporte va officialiser, ce mardi à Gaillac sa candidature à la présidence de la Fédération française de rugby. L’ancien sélectionneur des Bleus et Secrétaire d’Etat aux Sports a profité de son émission sur RMC, Direct Laporte, pour dévoiler les grandes lignes de son projet.

Son annonce à Gaillac

« Pourquoi Gaillac (Midi-Pyrénées) ? Parce d’abord tous les éducateurs que j’ai eus, tous les bénévoles qui m’ont accompagné de 8 à 20 ans, ce sont ces gens qui m’ont transmis l’amour de ce jeu. Sans eux, je ne serais peut-être pas là aujourd’hui. Je n’aurais pas fait ce que j’ai fait. J’ai été privilégié, je pense. J’ai eu des moments merveilleux dans le sport professionnel ensuite. Mais je n’ai jamais oublié Gaillac. Et je ne l’oublierai jamais. C’est ce club qui m’a donné cette passion, cette possibilité de m’éclater, de m’épanouir dans un sport alors que j’étais tout petit, tout maigrichon. Ce sont mes racines. »

Son slogan : « 1885 clubs et un rugby »

« Le rugby finit à Clermont, à Toulon, à Castres, mais il commence chez les amateurs. Sans ça, il n’y a pas de rugby professionnel. D’ailleurs, n’opposons pas les deux. L’un sans l’autre n’existerait pas, c’est une évidence. On se rend compte que depuis un certain nombre d’années que le rugby professionnel a pris un essor considérable. Le Top 14 est devenu le premier championnat au monde, ou l’un des premiers. Par contre, le rugby amateur meurt. Ils n’ont plus de moyens, ils n’ont plus rien. Plus personne ne va au stade, les bénévoles arrêtent, c’est trop compliqué, il y a pleins de contraintes. Je le vois puisque ça fait quatre mois que je me déplace pour aller dans les clubs. »

Ses ambitions

« Serge Simon, qui est mon directeur de campagne, m’en a souvent parlé. Il me disait : "Toi, tu as la légitimité, tu as fait ci, tu as fait ça." Et je lui répondais : "Je n’ai pas envie, ça ne m’intéresse pas. J’ai été Secrétaire d’Etat aux Sports j’ai fait plein de choses. Je n’ai pas envie de faire ça." Et puis, petit à petit, à force de discuter et d’aller dans des clubs, j’ai senti un certain malaise. Et souvent, les gens me disaient : "Pourquoi vous ne vous présentez pas ?" Quand Serge me le disait, ça ne me faisait rien, mais à force que ces gens me le disent, au bout d’un moment, j’ai commencé à y croire et je me suis dit : "Pourquoi pas ?" Mais ce n’est pas une candidature de rupture. Moi, je n’ai rien contre personne. Quand j’étais Secrétaire d’Etat, je disais aux fédérations : "Ce n’est pas normal qu’il n’y ait qu’une liste." Ça manque de démocratie. Maintenant, il y aura deux listes. Et j’espère qu’il y en aura encore plus parce que je veux un débat. Chacun a ses idées. Je ne dis pas que ceux qui sont en place font mal les choses mais je sens aussi un mécontentement. Donc il y a des choses à faire. Et puis, il faut vivre avec son temps. Il y a des réformes à mettre en place. Il faut oser le faire. »

L’équipe de France

« Il faut la replacer au centre du village, c’est une évidence. C’est une des priorités. C’est notre vitrine, donc elle doit être belle. C’est aussi simple que ça. Mais il faut le gérer avec le monde professionnel. Sans eux, on ne pourra pas trouver les solutions. C’est avec eux qu’il faut travailler. Pas contre eux. Parce que ce qu’ils ont fait du Top 14, c’est formidable. Ce sont tous ces présidents de clubs qui ont fait la renommée, la notoriété de notre championnat. Quand (Dan) Carter signe en France, c’est merveilleux. Mais il y a aussi l’équipe de France. Il faut travailler pour que l’équipe de France soit la plus performante possible. Et c’est avec les clubs pros que nous devons travailler et trouver des solutions. »

Sa campagne

« Je vais sillonner la France puisque ce sont les présidents des clubs qui votent. Je vais tous les voir. J’en ai déjà vu beaucoup. Je vais enchainer les réunions durant dix-huit mois pour leur expliquer ce que je compte faire, quelles sont mes convictions, mes idées. Je viens du monde professionnel. Mais quand j’entends un élu du Languedoc qui dit : "Il veut se présenter dans le monde amateur mais il est issu du monde professionnel." Ça voudrait dire qu’un boulanger ne peut pas se présenter parce qu’il est boulanger ? J’ai la chance d’être du rugby professionnel. Quand on me fait ces remarques-là, ça me donne encore plus de force. Parce ce sont des gens qui ne veulent pas perdre leur place, vous le comprenez bien. Ils se disent : "Qu’est-ce qu’il vient faire celui-là ? Qu’est-ce qu’il vient nous emmerder ? Moi, j’étais bien. Je monte à Paris, tout est offert pendant trois jours et il veut nous enlever ça ?" Oui, on va lui enlever tout ça à cette personne qui se reconnaîtra. Je suis fier de venir du rugby professionnel. Et pour gérer le monde amateur, je pense que c’est une bonne chose. »

Pierre Camou, l’actuel président de la FFR

« Je l’apprécie, je l’ai toujours dit. J’ai toujours eu de bonnes relations avec Pierre. C’est quelqu’un que j’aimais beaucoup quand j’étais entraîneur de l’équipe de France. Il n’avait pas encore ce poste-là. Je le voyais très souvent à Marcoussis. C'est quelqu’un de très intelligent. Je n’ai rien contre Pierre Camou, mais absolument rien. Si j’en crois ce qu’il a dit, il ne va pas se représenter puisqu’il a dit qu’il arrêtait après ses deux mandats. Quand on dit les choses, il faut le faire. Si je gagne, j’écrirais qu’un président ne peut s’engager que pour deux mandats. C’est quelque chose qui me semble logique parce qu’il faut savoir laisser la place de temps en temps. Certains sont là depuis 40 ans. Je les vois, ce sont toujours les mêmes. Pourquoi on ne donne pas la place aux autres ? C’est quelque chose qui m’a toujours agacé. Moi, je n’y vais pas pour durer. J’y vais parce que je suis passionné par ce sport et que je veux changer les choses. Obama, il faut qu’il change les Etats-Unis en deux fois quatre ans et les présidents ne peuvent pas changer une fédération avec le même délai ? »