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Liste du XV de France: "Quand tu casses le rêve d’un joueur, il peut y avoir des pleurs", se souvient Philippe Saint-André

Le sélectionneur Jacques Brunel annoncera lundi soir son groupe des 31 joueurs retenus pour la Coupe du monde de rugby (20 septembre au 2 novembre). Un moment difficile que Philippe Saint-André a connu en 2015. Selon lui, il faut avant tout bien expliquer ses choix aux déçus.

Philippe, l’annonce du groupe pour une Coupe du monde est-elle un moment difficile à vivre ?

C’est un moment délicat mais cela fait partie du job. C’est compliqué parce que ces joueurs ont vécu ensemble durant huit semaines, ils ont travaillé, ils font partie prenante du groupe et de l’histoire collective. Mais il faut réduire de 37 à 31 joueurs. Il faut faire des choix. Moi, j’avais choisi d’avoir des entretiens individuels, c’est toujours mieux que le joueur l’apprenne comme cela plutôt que par la presse. C’est différent cette fois puisqu’une liste de 31 avait déjà été annoncée, avec six suppléants, et finalement certains de ce premier groupe de 31 risquent de ne pas prendre l’avion. Au niveau du management, ce sera compliqué. Mais on ne sait pas ce qui s’est dit dans le groupe, les règles doivent être claires dès le départ. Nous, on était 36 et après les deux premiers matchs amicaux, j’avais fait ma liste des 30.

Est-ce aussi un moment stressant pour le sélectionneur ?

C’est sûr qu’on ne passe pas sa meilleure nuit la veille. Tu es obligé de trouver les mots. Sur la liste, il y en a toujours qui s’y attendent parce qu’ils n’ont eu que très peu de temps de jeu ou sont partis de loin. Belleau, Rattez et même Taofifénua sont arrivés plus tard. Ils vont partir normalement et le savent. C’est beaucoup plus simple. Mais d’autres choix sont plus difficiles, c’est le cas cette fois en troisième ligne et au poste de pilier gauche. À l’époque, un joueur comme Sébastien Vahaamahina n’est pas parti, pas plus que François Trunh-Duc ou Rémi Lamerat. Pour eux, les entretiens avaient été plus difficiles, car c’était dur humainement. Ils n’avaient pas triché et avaient tout donné. Il s’étaient investis individuellement dans le projet et collectivement. Ce n’est pas facile de faire des choix mais ça fait partie du rôle d’un sélectionneur, d’un manager. En club, c’est toutes les semaines. Il faut leur parler et leur expliquer pourquoi. Pour la non-sélection de Mathieu Bastareaud, on peut le comprendre sportivement mais ne pas l’appeler ou ne pas avoir un entretien alors qu’il avait été vice-capitaine, j’ai trouvé que ça manquait énormément d’élégance.

Il faut savoir trouver les bons mots…

Oui, c’est difficile. Quand tu casses le rêve d’un joueur, il peut y avoir des pleurs et des mots durs. Il faut essayer d’expliquer et avoir la franchise d’effectuer un entretien. Certains écoutent, certains entendent. D’autres ne veulent ni écouter ni entendre. Mais on peut les comprendre car ce sont des compétiteurs, et quand tu leur dis que le rêve de participer à une Coupe du monde s’évanouit, c’est difficile.

En 2015, certains joueurs n’avaient pas compris vos choix ?

Cela avait été dur pour François Trinh-Duc. Je voulais un ouvreur numéro 1 au poste de demi d’ouverture, Frédéric Michalak, et un numéro deux, Rémi Talès. Je ne voulais pas un numéro 1 et un numéro 1 bis. C’était difficile de lui faire comprendre en lui disant que je ne pouvais pas le retenir comme 1 bis. Il y aussi une osmose à trouver sur une très longue compétition de cinq ou six semaines, voire plus. Il faut trouver des équilibres dans le groupe, celui qui accepté d’être numéro 2, etc… Cette fois, il y aura encore des joueurs très déçus lundi mais aussi des surprises, surtout aux postes de troisième ligne et de pilier gauche.

Avec cette annonce, passe-t-on dans une autre phase? Directement dans la Coupe du monde?

Oui, tout à fait. On rentre dans la compétition. On va travailler avec ce groupe, mais il peut y avoir des blessés. Et c’est important de dire qu’il ne faut pas lâcher. C’est toujours douloureux dans la vie de groupe après avoir vécu à 36 ou 37 joueurs durant huit semaines avant de réduire le groupe à 31. Des amitiés se créent entre certains joueurs, avec des joueurs qui ont des habitues de vieux couples en chambres. Il faut que le groupe digère le départ de leurs potes pour repartir sur un objectif exceptionnel avec cette Coupe du monde au Japon et ce premier match contre l’Argentine.

J-F Paturaud