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Dan Carter: "Le Racing a une vision à long terme, c’est ce qui m’a plu"

EXCLU RMC SPORT - Invité exceptionnel de Direct Laporte, Dan Carter, s’est confié sur son retour en France, sept ans après son passage à Perpignan. Le champion du monde néo-zélandais et vedette du Racing 92 explique les raisons de son choix et affirme qu’à 33 ans, sa motivation reste intacte.

Dan Carter, comment vous sentez-vous en France ?

(Il répond en français) Je suis très heureux d'être ici en France. C'est à peu près tout ce que je peux vous dire en français ! Les deux dernières semaines ont été très denses mais mes coéquipiers m'ont réservé un accueil très chaleureux. J'ai enfin pu disputer mon premier match le week-end dernier (samedi, contre Northampton, ndlr) et j'ai hâte d'en jouer plein d'autres.

Vous aviez déjà joué en France, il y a sept ans, à Perpignan. Notre pays vous plait à ce point ? 

Oui, c'est un endroit formidable pour y amener ma jeune famille. On a hâte de vivre l'expérience de la vie à la française mais ça me plaît aussi de me frotter à une compétition aussi relevée que le Top 14. Donc c'est parti pour trois ans et j'en suis très heureux. Après, il est beaucoup plus facile de se balader tranquille dans Paris qu'en Nouvelle-Zélande. En Nouvelle-Zélande, on est assez dingue avec notre rugby. C’est un truc de fou, on l'aime tellement que ça en devient difficile de s'en échapper. Alors vivre dans une ville si grande comme Paris... Vous pouvez marcher dans les rues et personne ne vous reconnait, c'est assez rafraîchissant. Et c'est une des raisons qui m'ont poussé à signer dans ce club.

Quand avez-vous décidé de dire oui au Racing ?

En décembre 2014. Je sortais de deux saisons très compliquées. Je savais que 2015 serait ma dernière saison en Super Rugby. Il y avait aussi la Coupe du monde. Je ne voulais pas avoir à décider de mon avenir en 2015. C’est pour cela que j’ai pris ma décision en amont et je suis très, très content de l’avoir fait. C’est ce qui m’a permis de faire une belle saison et d’arriver ici en forme.

« Séduit par la vision de Jacky Lorenzetti »

Combien de temps dure votre contrat ?

J’ai signé trois saisons, enfin deux saisons et demi puisque je suis arrivé six semaines après la fin de la Coupe du monde. J’ai été séduit par la vision de Jacky Lorenzetti et la façon dont il comptait m’utiliser. Et puis, il y a l’Arena 92 qui sera inaugurée dans un an. C’est quelque chose qui m’a mis l’eau à la bouche. C’est excitant pour un joueur de découvrir un stade comme ça. Il y a aussi d’autres Kiwis au Racing et cela sera beaucoup plus facile pour moi de m’intégrer. Le Racing a une vision à long terme et c’est ce qui m’a plu.

Avec 22 All Blacks dans le Top 14, vous ne risquez pas d’être dépaysé.

Oui, c'est agréable de voir autant de visages familiers dans l'équipe, beaucoup d'anciens coéquipiers qui jouent ici au Racing. C'est super de les avoir ici, ils me facilitent les choses. Ils jouent le rôle de traducteur et me rendent les choses plus faciles à apprendre. On s’en met plein la figure pendant 80 minutes mais après le match, on redevient amis et on parle du bon vieux temps.

Comment avez-vous vécu votre premier match avec le Racing ?

Quand vous vous apprêtez à disputer votre tout premier match pour votre nouveau club, en ne vous étant entraîné qu'une semaine et demie, il y a de l'incertitude et cette incertitude provoque un peu de nervosité. Vous vous demandez comment le match va se dérouler, comment vous allez vous en sortir à titre personnel. J'ai été heureux de bien m'en sortir avec soixante-cinq minutes de jeu. L'équipe a très bien tourné et m'a rendu, pour être honnête, la tâche plus facile.

« Le rugby représentait la moitié de ma journée d’enfant »

Vous allez être scruté, épié en France. Cela pourrait-il vous inhiber ?

Oh, il y a tellement de pression quand on joue pour les All Blacks. On ressent le poids de toute une nation à chaque fois que vous enfilez le maillot des All Blacks. Il y a beaucoup de pression ici aussi mais c'est une chose à laquelle je suis habitué. C'est juste une donnée à prendre en compte.

Comment était Dan Carter petit ? Vous jouiez tout le temps au rugby ?

Oui, tous les jours. Pour mon 8e anniversaire, on avait un champ à côté de la maison, et mon père m'a offert comme cadeau d'anniversaire des poteaux dorés puis il a semé de l'herbe tout autour. Alors non seulement je jouais tous les jours à l'école, mais en plus en rentrant à la maison, je jouais jusqu'à ce que la nuit tombe et qu'on n'y voit plus rien. Le rugby représentait la moitié de ma journée d'enfant. On s'amusait bien. Mais aujourd'hui en considérant ces années de ma jeunesse, c'est là que j'ai acquis mon bagage technique et les fondamentaux qui font de moi le rugbyman que je suis devenu aujourd'hui.

Enfin, à 33 ans, qu’est-ce qui pousse à jouer encore au rugby, alors que vous avez tout gagné ?

On joue toujours pour l'amusement. Ça a toujours été le cas que je sois professionnel ou avant quand j’étais enfant, je joue pour le plaisir. C'est pour cela que je continue à jouer au rugby et que j'aime ça. Je continuerai aussi longtemps que je pourrai jouer à un haut niveau, ce qui est actuellement le cas, en évoluant au sein d'une équipe de qualité, dans une compétition formidable. Vous voulez toujours vous améliorer. C’est une des raisons pour lesquelles je joue, c'est pour être le meilleur, si possible, en essayant d'aider l'équipe à gagner le championnat. C'est sûr, c'est de plus en plus dur au fur et à mesure que le temps passe. On vieillit mais il faut redoubler d'efforts, être un peu plus malin à chaque fois et essayer de tout faire pour rester au plus haut niveau.

Pour finir, une petite question concernant la finale de la Coupe du monde contre l’Australie. Alors que vous êtes gaucher, on vous a vu taper la dernière transformation du pied… droit. Pourquoi ?

Quand j’étais gamin, je tapais aussi bien du droit que du gauche parce je me disais que j’aurai peut-être besoin un jour de taper du pied droit en finale de la Coupe du monde. J’en avais parlé un petit peu avec Aaron Smith quelques jours avant le match. Il m’a branché en me disant « mais qu’est-ce qu’il faudrait pour que tu tapes du droit la pénalité de la gagne ? » « Je ne sais pas… qu’on mène de 7 points ou plus, qu’on soit tranquille. » Alors quand ça s’est produit avec notre essai en contre, j’ai essayé de le faire très rapidement pour que les caméras ne me voient pas mais en finale de la Coupe du monde, ce n’est pas facile…

la rédaction avec Direct Laporte et L.D.