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Top 14: Quesada s'interroge sur les reports et le casse-tête de la fin de saison

Avant le déplacement à Agen pour la quatrième journée de Top 14, le manager du Stade Français Gonzalo Quesada revient sur la situation des Parisiens, la crise sanitaire du Covid-19, la mise à disposition des internationaux ou encore les doublons.

Comment est vu, depuis l'étranger, ce Top 14 qui doublonne avec les matchs internationaux?

Moi j'ai toujours connu ça. C'est sûr que, pour les autres, c'est bizarre que pendant les matchs internationaux le championnat continue. Les Argentins vont jouer le Rugby Championship, ils vont partir 15 jours plus tôt, deux semaines avant le premier match pour une histoire de quarantaine. Donc on perdra (nos Argentins) non pas quand ils jouent mais deux semaines avant. Ils auront deux semaines pour l'histoire de la quarantaine donc on ne les aura pas au club, plus six matchs contre les meilleures nations au monde, plus un autre quarantaine, plus le retour, plus on leur devra des vacances, plus ils vont avoir besoin de récupération, de beaucoup de glace partout sur le corps après ce type de matchs d'affilée sur six semaines. Je pense que c'est un peu les conséquences du Covid-19, qui font que maintenant tout le monde a besoin de moyens, tout le monde a besoin de matchs pour le sport et pour les finances.

Les joueurs sont donc en première ligne... 

Ça va être encore aux joueurs de faire l'effort d'enchainer les matchs pour leur pays, pour leur club. Donc c'est logique qu'il y ait des disputes. Mais encore une fois, je ne sais comment les étrangers voient la situation de l'équipe de France. C'est sûr que c'est dommage qu'ils n'aient pas pu trouver un terrain d'entente. Maintenant, j'ai la chance d'être en club, le club est celui qui paie le joueur pour investir dans un certain potentiel. Donc c'est frustrant quand tu vois que tu ne peux pas compter sur certains joueurs.

Que pensez-vous de ces internationaux qui seront absents non plus trois ou quatre semaines mais six ou plus?

Je pense que certains clubs sont dans une meilleure situation que d'autres. Nous, on a Melikidze, Weisea, Sanchez, Matera, Kremer, Gaël Fickou et, quand il aura récupéré, Sekou Macalou. Je crois que je peux le dire parce que Fabien Galthié en a parlé publiquement. Ça fait bizarre parce que quand tu prépares ton recrutement, que tu analyse ton effectif, la marge de manoeuvre est très juste. Il n'y a même pas encore de calendrier mais c'est normal. Maintenant il faut réagir à propos de ça et faire au mieux avec les moyens que l'on aura: un bon enchaînement de matchs très importants et des joueurs internationaux qui ne seront pas présents. Encore une fois, c'est la particularité de ce championnat qui fait que des équipes qui ont moins d'internationaux se retrouvent à battre des équipes qui ont beaucoup d'internationaux. Finalement ça fait un truc un peu plus équitable mais bizarre en même temps.

Comment travailler dans ces conditions?

Aujourd'hui, on se concentre, on se focalise sur ce qui dépend de nous. Il y a beaucoup de travail sur notre fonctionnement, sur notre culture qu'on veut instaurer dans l'équipe. On veut changer beaucoup de choses, on y travaille tous les jours. On veut travailler aussi sur une nouvelle façon de jouer, de défendre et donc ça prend un peu de temps. Que les joueurs progressent, que l'état d'esprit et l'union dans l'équipe soient de plus en plus forts, qu'il y ait de plus en plus de liens, que nos objectifs et notre identité soient clairs dans la tête de tous. Ça, ça prend du temps. On ne regarde pas trop les joueurs qui vont nous manquer. Tout ce qu'on va devoir gérer dans l'avenir, on va s'appliquer surtout sur ce qui dépend de nous. Toutes les adversités qu'on va devoir affronter, on les affrontera et on pourra les affronter.

Avec la menace fantôme du Covid-19 plus tout ce que vous venez de nous dire, le championnat est-il faussé?

Je ne sais pas si c'est faussé. C'est un championnat particulier, très long. J'adore le Top 14, je souffre beaucoup, j'ai beaucoup de joies, beaucoup d'émotions... je ne pense pas qu'il y ait un pays où existe un championnat avec autant d'émotions, tellement il y a des enjeux sur la descente, les six, le titre de champion, des présidents avec des caractères extravertis comme les coachs ou les joueurs. C'est un championnat particulier dans lequel, tous les ans, se passent des choses un peu particulières, qui font que c'est un peu bizarre. Cette année, avec le coronavirus, tous ces joueurs qui vont manquer sur cet enchaînement de matchs, que va-t-il se passer? Castres vient malheureusement d'annuler deux matchs, il y en aura d'autres derrière. Qu'est-ce qu'on va faire quand il y aura plus de matchs annulés que de week-ends disponibles? C'est tout ça qui commence à être un peu inquiétant.

Les clubs peinent à enrayer l'expansion du coronavirus, quand celui-ci arrive au sein des équipes...

J'ai été surpris quand j'ai vu que le Racing, qui avait pas mal de cas la semaine dernière, a réussi à revenir à zéro la semaine suivante. C'est le seul qui a réussi ça. Nous, dès qu'on a eu une dizaine de cas, le week-end d'après, on en avait plus et la semaine d'après encore plus. C'est ce qui va arriver à plein d'autres clubs. Oui, c'est bizarre surtout quand tu vois que dans les grandes équipes, les meilleurs joueurs vont partir... ça fera que les résultats ne seront pas en rapport avec les potentiels des équipes. Mais je le dis encore une fois, j'aime ce championnat, c'est énorme comme challenge. Là on commence à penser à comment on va faire quand nos internationaux seront absents, plus les blessés, plus les cartons rouges à un même poste. Combien de fois, dans l'histoire du Top 14, il y a eu deux cartons rouges d'affilée à deux piliers droit d'un même club? C'est un sacré challenge et en termes de management, on grandit toujours.

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L.Depret