RMC Sport

XV de France: "Il y a eu des discussions très franches", avoue Elissalde

Entretien RMC Sport. Arrivé avec le sélectionneur Jacques Brunel, Jean-Baptiste Elissalde a vu Fabien Galthié et Laurent Labit rejoindre le staff au début de la préparation de la Coupe du monde. L’entraîneur adjoint chargé des trois quarts, qui vit peut-être ses derniers jours au sein de l’encadrement, évoque leur association et leur apport, les moments difficiles avec les Bleus, son avenir, et avant tout les performances de l’équipe avant le quart de finale contre le pays de Galles (dimanche 9h15).

Avant le quart de finale face au pays de Galles, on a énormément de mal à situer votre équipe. Vous aussi?

Disons qu’on a de très, très bonnes périodes, où on a l’impression que tout roule, comme quand on mène 20 à 3 face à l’Argentine, très rapidement une quinzaine de points face aux USA, dix-sept face aux Tonga. Et après, des coupures de courant, qui nous mettent dans des situations délicates. Et puis, on reprend le fil du match, souvent quand on est dos au mur, pour arriver à se détacher. C’est vrai que c’est une problématique. On travaille avec les joueurs dessus, on réfléchit beaucoup, avec beaucoup de communications avec eux, beaucoup d’échanges. Et on espère ne pas reproduire le même scénario.

Y a-t-il une explication rationnelle à cela?

Non. Alors tout le monde parle de notre côté latin, français, qu’une fois que le score est soi-disant acquis, on retombe dans nos travers. Que l’on prend du plaisir uniquement dans le jeu et pas dans l’efficacité… je crois que tout ça est un peu faux et un peu vrai à la fois. Il faut juste qu’on soit conscients nous et les joueurs que dans les matchs couperets et notamment celui qui arrive, ce sera rédhibitoire d’avoir un trou d’air de trente ou quarante minutes

Difficile d’avoir de l’ambition avec ce genre de défaillances, une conquête parfois en difficulté et quelques déficiences dans les duels. Il y a beaucoup de points d’interrogations.

Plus que d’interrogations il y a des points d’améliorations. Tant mieux. Je crois qu’on va mettre à profit cette semaine pour être meilleur dans cette façon de tenir le match de bout en bout.

Le pays de Galles est une équipe que vous connaissez bien. De ce fait, est-ce que ce quart de finale est plus abordable, avec plus de repères, que si vous rencontriez une nation du sud, comme l’Australie?

On a plus de repères parce qu’on les a déjà joués. Plus abordable je ne pense pas. Ils restent sur une série de victoires impressionnantes, même s’ils ont eu des défaillances en matchs de préparation, avec des équipes remodelées, ce qui n’est pas leur habitude du tout puisqu’ils jouent avec la même équipe. Sinon, c’est l’équipe qui est quasiment la « numéro un » au monde en terme d’efficacité et de jeu. Donc ce ne sera pas plus facile que de jouer une équipe du sud. Il ne faut pas se tromper.

Vous les avez presque battus lors des deux derniers Tournois des VI Nations (14-13 à Cardiff en 2018 et 19-24 à Saint Denis en 2019). Mais presque, pas battus.

C’est vrai. Presque. Parce que cette équipe a l’habitude de gagner. Elle ne s’affole jamais, elle. Elle est toujours constante. A 16 à 0 en notre faveur à la mi-temps cette année, ils ont su revenir dans le match. On les a aidés, forcément. Et à Cardiff, dans le « money time », là où on pensait pouvoir faire la différence, on a manqué de réussite. Et à partir de ce moment-là, ils ont remis la main sur le ballon et nous n’ont plus laissé la possibilité de réinvestir leur camp pour aller mettre l’essai ou la pénalité qui nous auraient fait basculer. Deux fois on a été près de réaliser un exploit. On espère que la troisième fois sera la bonne.

Ils sont méthodiques?

Ils sont denses, ils sont méthodiques, ils sont sûrs de leurs forces. Et ils jouent toujours avec les mêmes joueurs. C’est une équipe qu’on pourrait presque considérer comme une équipe de club. Beaucoup de temps passé ensemble, avec les mêmes joueurs. Et on sent qu’il y a une sérénité assez incroyable qui se dégage d’eux.

Vous concernant, deux autres anciens trois quarts, Fabien Galthié et Laurent Labit, vous ont rejoint dans le staff. Que vous-ont-ils apporté?

Leur expérience. Une vision extérieure. On avait un peu la tête dans le guidon, on subissait beaucoup de revers. Alors des revers francs et sans rien à redire face aux Anglais, aux Irlandais et aux Fidji. Et des revers comme on connaît depuis des années en équipe de France et pas que depuis nous. Avec des matchs que tu as dans les mains et que tu perds dans les dernières minutes. Le Pays de Galles deux fois, l’Afrique du Sud, l’Irlande. Et d’autres. Et en ayant cet apport extérieur on a pu recentrer un peu notre projet, sur des points d’amélioration, des choses essentielles. Qu’on ne faisait pas ou qu’on faisait moins bien. Et ils nous ont apporté toute cette analyse, que nous on n’avait pas quand on était la tête dans le guidon. Et l’autre chose qu’il faut bien prendre en compte, c’est que dans le Tournoi on n’avait que quelques entraînements, trois ou quatre par semaine, pour préparer les matchs. Et aujourd’hui ça fait plus de trois mois que nous sommes ensemble. Donc ça amène forcément plus de précisions aussi.

Prenez-vous du plaisir actuellement?

Bien évidemment. Enormément, parce que ces deux garçons ont été bienveillants vis-à-vis de moi. Parce qu’on a à peu près les mêmes profils, les mêmes feuilles de route. Il y a eu des discussions très franches. Et à partir du moment où ils m’ont donné leur confiance et que je l’ai ressenti, j’ai travaillé à 150% comme je l’ai toujours fait avec tout le monde.

Après presque deux ans en équipe de France et après votre échec à la fin de votre aventure au Stade Toulousain, pensez-vous avoir progressé?

Mon échec… il me semble qu’on était plusieurs dans le staff. Donc ça, c’est mis de côté. Après, bien sûr qu’on progresse. Et on le fait souvent plus dans les moments difficiles que quand tout va bien. J’ai eu la chance de gagner deux titres en tant qu’entraîneur très rapidement (2011 et 2012, ndlr) et je pensais que ce métier était d’une facilité incroyable. D’une, j’avais de très grands joueurs. De deux, j’avais un manager, à l’époque Guy (Novès), qui nous chaperonnait et qui nous mettait dans les meilleures conditions. Et j’avais un garçon à côté de moi, Yannick Bru, qui m’a donné beaucoup de méthode pour bien attaquer ma carrière. Plus, je le répète, des grands joueurs sur le terrain et c’était facile au début. Et après, ça s’est un peu compliqué. Mais j’ai aussi beaucoup appris dans ces moments. Et j’apprends encore. Et Laurent (Labit) et Fabien (Galthié) sont des sources exceptionnelles pour moi dans ma vie d’entraîneur. Je suis jeune entraîneur. Ça fait que huit ans que j’entraîne et j’espère le faire longtemps.

Que ferez-vous le mois prochain?

(il sourit) Je ne me suis pas projeté. Je l’ai toujours dit, c’est une aventure incroyable que je suis en train de vivre. Je finirai mon contrat le 30 novembre. Il sera temps de réfléchir. De toute façon, la saison sportive en France sera bien avancée. Je vais me reposer, me ressourcer, faire le point sur tout ce qu’il s’est passé. Faire le tri dans toutes les notes que j’ai prises, toutes ces informations. Et après, on verra.

Si on vous propose de continuer avec l’équipe de France, acceptez-vous?

J’y réfléchirai, bien évidemment. Je n’ai pas trop réfléchi quand Jacques m’a appelé parce que pour moi, c’est un truc à part. C’est quelque chose d’exceptionnel. Même s’il me semblait que c’était un peu tôt pour arriver déjà à ce niveau-là. J’y suis allé. Maintenant, je ne pense pas, malgré tout ce qu’il se dit et si ça me flatte, que ce soit le cas. Le staff est préparé pour après. On verra, on en discutera après.

Et votre souhait, pour votre avenir?

Mon souhait? Que ça se termine le plus tard possible avec l’équipe de France.

Propos recueillis par Wilfried Templier