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XV de France: "Je n’ai jamais menti aux joueurs", rappelle Guirado

Entretien RMC Sport. Même s’il dit ne pas avoir encore tranché sur sa fin de carrière internationale, Guilhem Guirado ne boude pas son plaisir de disputer un quart de finale de Coupe du monde dimanche contre le pays de Galles (9h15). Un match qu’il devrait bel et bien débuter dans la peau d’un titulaire. Le talonneur aux 73 sélections, rencontré dimanche à l’hôtel des Bleus à Oita, nous a tenu un vrai discours de capitaine alors que son statut a parfois semblé menacé ces derniers mois.

Guilhem Guirado, le XV de France va donc affronter le pays de Galles dimanche…

C’est un petit peu inattendu. Nous ne savions pas si les Gallois allaient terminer premiers de leur poule, et nous ne savions pas non plus si nous allions finir premiers ou deuxièmes puisque le match décisif contre l’Angleterre a été annulé. Nous sommes contents d’être qualifiés pour les quarts. C’était un des objectifs que nous nous étions fixés. Maintenant, c’est la deuxième partie de la compétition qui est la plus intéressante.

De quels autres objectifs parlez-vous?

Ils vont se nourrir avec notre ambition. C’est forcément d’aller le plus loin possible. On ne connaissait pas encore des phases finales, on ne savait pas que le Japon allait battre l’Irlande et qu’il finirait premier de poule. Rien n’est écrit d’avance. C’est la magie de la Coupe du monde avec ses surprises. On commence à y voir plus clair. Au début de la compétition, on ne savait pas trop où l’on mettait les pieds avec le peu de confiance que nous avions généré après le dernier Tournoi. On sait que l’on vient de loin et on ne s’excite pas non plus. Pour gagner contre le pays de Galles, il faudra rééditer nos bons bouts de matchs durant cette Coupe du monde, mais cette fois sur 80 minutes.

Vous vouliez vraiment jouer ce match contre les Anglais?

Oui, forcément, on aurait aimé affronter une équipe de ce calibre pour savoir. Après les trois premiers matchs, nous sommes sortis un peu frustrés parce nous n’étions pas allés au bout de ce que nous voulions faire. On voulait savoir où l’on en était. Je ne vous cache pas que physiquement cela aurait été plus difficile à récupérer sur la semaine après un match de cette ampleur. Mais les préparateurs physiques se sont chargés de bien nous fatiguer pour avoir l’équivalent d’un match, sans les contacts. On a une longue semaine désormais pour préparer ce quart de finale.

Nourrissez-vous un sentiment de revanche avec cette qualification pour les quarts?

Non, pas du tout. Vu les résultats en demi-teinte complète de notre Tournoi des VI Nations, la qualification pour les quarts de finale n’étaient pas acquise. On savait qu’on jouait un gros morceau contre l’Argentine et heureusement que nous avons gagné ce match-là sinon, comme l’Italie, nous aurions perdu sur tapis vert sans pouvoir se battre. Cette victoire nous a propulsé vers la qualification. Durant la phase de poules, il faut savoir gérer un calendrier en enchaînant trois matchs en dix jours, on a réussi à le faire tant bien que mal puisque, comme je vous le disais, on est ressorti frustré. On a envie de plus de continuité et régularité sur nos matchs. On a mis tout en œuvre avant ce quart. Il nous reste encore trois gros entraînements et dégager un maximum de confiance face à une équipe que nous avons l‘habitude de rencontrer.

Durant ces trois matchs, le staff a aligné trois capitaines différents: vous contre l’Argentine, Picamoles face aux Etats-Unis et Poirot pour les Tonga. Qu’en avez-vous pensé alors que vous êtes le capitaine de de cette équipe?

Je veux bien comprendre que vous vous posiez des questions. Mais le staff et surtout Jacques (Brunel) ont décidé de faire tourner pour avoir de la fraîcheur. Jacques avait, je pense, son idée en tête depuis pas mal de temps. C’est vrai que Jacques a utilisé trois capitaines mais nous avons eu à peu près le même temps de jeu. On aurait aimé affronter l’Argentine pour que plusieurs choses se dégagent et resserrer le groupe. Mais, avec trois matchs en dix jours, c’est important de donner à certains des responsabilités qui n’en ont pas souvent afin d’arriver avec la même fraîcheur. Il faut penser sur le long terme. Il n’y a pas de souci sur ce poste de capitanat qui fait plus de bruit qu’autre chose. Il y a beaucoup de spéculations, ce que je peux comprendre. Mais la relation avec Jacques (Brunel) dure depuis plus de quinze ans. Je le connais très bien. C’est aussi une personne aussi réservée, timide, taiseuse. Il aime aussi quand c’est dur et fait le dos rond pour protéger tout le monde. Parfois, il nous arrive d’échanger avec beaucoup de respect. C’est avec lui que je fais passer les messages du groupe. Il n’y a pas de mise en tension, c’est pour qu’on puisse faire avancer l’équipe et le groupe qui vit ensemble depuis quatre mois.

Mais n’auriez-vous pas aimé que Jacques Brunel affirme clairement et publiquement que vous seriez le capitaine du XV de France durant cette Coupe du monde?

Je crois que Jacques l’a évoqué. Mais après il y a eu des spéculations et des questionnements sur le fait qu’il y ait beaucoup de turnovers et de changements. Jacques avait prévu de donner des missions particulières à tous les joueurs et c’est pour ça aussi, sans chercher d’excuse, qu’il y a eu un peu de fébrilité. Donc, non pas de souci par rapport à ça. Comme je vous le disais, c’est une relation de confiance depuis plus de quinze ans. Ça me rappelle aussi que je n’ai pas commencé hier! (Sourire). Il faut en profiter.

Etait-ce important pour vous de prendre la parole aujourd’hui et de créer un climat plus apaisé avant ce quart de finale?

Pas forcément. Mais les autres joueurs m’ont dit que la question leur avait été posée. C’était logique pour eux car ils l’ont dit spontanément, sans trop de réflexion. Ce qui m’importe le plus c’est d’être le plus loyal et respectueux avec les joueurs, et le plus respecté également. Je n’ai jamais menti aux joueurs et pour moi ce qui compte le plus ce sont les valeurs humaines entre nous. Sur le terrain, j’essaie de les transcender. J’ai appris à connaître certains joueurs durant cette compétition et je me régale avec eux. Ça laissera un lien d’amitié très forte entre nous.

Allez-vous vraiment arrêter votre carrière internationale après cette Coupe du monde ou pourriez-vous continuer jusqu’au prochain Tournoi des VI Nations?

Je ne sais pas trop. Je crois que j’ai répondu à cette question au début de la Coupe du monde. J’ai toujours du mal à me projeter. Je sais que je tire mes dernières cartouches et que je n’ai pas dix ans devant moi. Je préfère me focaliser sur notre quart de finale et prendre du plaisir avec mes partenaires.

Serez-vous capitaine dimanche?

(Grand sourire) Bonne question. L’équipe n’a pas encore été annoncée. Je ne sais pas. Je pense et j’espère que oui… J’ai besoin des quatorze joueurs à mes côtés et des remplaçants qui entreront pour finir le boulot. Donc j’espère que oui…

Propos recueillis par Jean-François Paturaud et Laurent Depret