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Mondiaux de biathlon: mais pourquoi Martin Fourcade est-il si fort ?

Déjà quatre fois titré sur les Mondiaux d’Oslo, Martin Fourcade a encore l’occasion de glaner deux médailles d’or avec le relais masculin (ce samedi, 15h30) et la mass start (ce dimanche, 16h). Mais qu’est-ce qui explique une telle domination ? RMC Sport vous livre les secrets de la réussite du Catalan.

L’information devrait finir d’écœurer la concurrence. Adversaires de Martin Fourcade, sachez que le Catalan est arrivé aux Mondiaux en forme… moyenne. Résultat ? Quatre sacres consécutif, un en relais mixte, trois en solo, et deux autres titres en ligne de mire ce week-end (relais masculin samedi, mass start dimanche). Ecœurant, on vous dit. Malgré la fatigue accumulée, Fourcade avale l’or d’un appétit gargantuesque à Oslo. Mais au fait, qu’est-ce qui façonne une telle domination ? Réponse multiple. Sur le plan physiologique, le double champion olympique rentre dans la catégorie « hors norme ». Lors de ces Mondiaux norvégiens, Fourcade affiche ainsi entre 28 et 35 pulsations par minute au réveil. En course, le chiffre monte à 170.

Des qualités physiques qui en font un extraterrestre du biathlon quand on les couple à sa vitesse sans égale sur les skis et à son approche mentale. « Il est super intelligent sportivement et super fort physiquement, témoigne Stéphane Bouthiaux, son entraîneur en équipe de France depuis 2008. Ça fait le meilleur biathlète du monde. » Qui ne laisse rien au hasard. « Il ne fait jamais un entraînement sans un objectif bien précis, poursuit Bouthiaux. Ça fait plusieurs jours qu’il a des petits soucis techniques de tenue du bassin. Dès qu’il passait devant moi, il me demandait si c’était bien ou pas. Même en promenade, il ne lâche rien. » Autre avantage, sa faculté à faire face à la pression.

« Le fait de savoir qu’il est en danger le galvanise »

« Il est capable de prendre plus d’informations que les autres en course, confirme Bouthiaux, qui n’hésite jamais à lui apporter un maximum d’éléments depuis le bord de la piste. Il a plus de lucidité. C’est un sport très anxiogène, notamment au dernier tir debout, où on peut tout perdre sur une balle, mais il a une capacité hors du commun à élever son niveau à ce moment-là. C’est le seul athlète à qui je me permets de dire : ‘‘Il te faut le plein si tu veux gagner’’. Ça ne va pas le déstabiliser ou le stresser. Le fait de savoir qu’il est en danger le galvanise. Il se sert de ce stress et de cette anxiété alors que la plupart de ses adversaires vont se déliter. »

Confirmation auprès de l’intéressé, qui ne cache pas son bonheur d’aborder le dernier week-end des Mondiaux en position pour un Grand Chelem inédit : « J’avais envie de vivre cette situation de pression. Je suis sûr que ça va me faire progresser. » Imperméable au stress, Fourcade montre une supériorité qui ne s’arrête pas à la piste. « Ce qui m’impressionne, c’est l’après-course, tout ce qu’il fait en dehors », lance Raphaël Poirée, légende française du biathlon dépassée cette saison par Martin sur le plan des victoires en Coupe du monde.

« Il a cette capacité à ne pas vivre avec le passé »

« Ce qui m’étonne le plus, ce n’est pas son niveau de performance mais sa capacité à toujours repartir de l’avant, enchaîne Bouthiaux. Le soir du relais mixte, il était content d’avoir gagné, mais il était insatisfait de ses sensations et il se faisait beaucoup de soucis pour la suite. Il a cette capacité à ne pas vivre avec le passé. Beaucoup d’athlètes se seraient effondrés après le premier titre, comme souvent. Ça ne lui est jamais arrivé. Et il est de plus en plus fort par rapport à ça. »

Pas le meilleur du plateau au tir (le site de la Fédération internationale le place en septième position sur la saison avec 369/415, soit 88% de réussite, tout de même mieux que ses principaux rivaux), le Français sait utiliser sa carabine pour façonner ses succès. « Beaucoup d’athlètes considèrent le tir comme un passage où on va se faire sanctionner alors que Martin se sert du tir pour construire sa victoire, explique Siegfried Mazet, le coach tricolore du tir. C’est quelqu’un qui aime se retrouver dans l’enjeu, en confrontation avec ses adversaires et avec lui-même. Il s’entraîne pour se retrouver dans cette difficulté et la surmonter. Sur l’individuel, on sait que la gagne se joue à 19 ou 20/20. Mais il a une marge de sécurité car il est rapide sur les skis. » Un cocktail qui fait mouche à chaque fois ou presque.

A.H. avec J.Ri. à Oslo