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Mondiaux de ski: quelles ambitions pour les Français en super-G?

Repoussés à cause de la météo exécrable qui sévit depuis plusieurs jours sur Cortina d’Ampezzo, les Super-G dames (10h45) et hommes (13h) initialement prévus mardi, vont a priori pouvoir se tenir ce jeudi sous un beau ciel bleu et dans un froid polaire (-15 degrés). Avec Tessa Worley chez les filles ainsi que Nils Alègre, Johan Clarey et Alexis Pinturault chez les garçons, la France ne manquera pas d’outsiders. Mais peut-elle vraiment espérer obtenir une première médaille ? Décryptage de nos quatre meilleures chances.

Tessa Worley, le podium serait un petit exploit

De retour en forme au meilleur moment après une opération au genou début 2020, Tessa Worley reste sur une victoire en slalom géant à Kronplatz fin janvier, dans une discipline dont elle est double championne du monde. "Ça se met en place au niveau physique mental et technique et c’est agréable, explique la skieuse du Grand-Bornand. "Je prends énormément de plaisir. J’ai plus confiance en moi, en ma manière de skier, c’est un cercle vertueux."

Vertueux, oui, mais suffisant pour espérer bousculer une hiérarchie très établie du Super-G féminin, discipline de vitesse moins adaptée à ses qualités de géantiste ? Il faut bien l’avouer, atteindre le podium serait un petit exploit. Car même si Tessa Worley confie beaucoup apprécier "les paysages ensoleillés et colorés" qui enveloppent la piste "Olympia delle Tofane" de Cortina, ses résultats en Super-G ne plaident pas en sa faveur. Sa meilleure performance en Coupe du Monde est une quatrième place à Lake Louise en 2017. Et cette saison, elle n’est rentrée qu’une seule fois dans le Top 10, 8ème à Garmisch-Partenkirchen. Loin des Lara Gut-Berhami, Corine Sutter et autres Federica Brignone qui trustent les premières places depuis le début de l’hiver.

Alexis Pinturault, pour se tester en vue du combiné. Mais sait-on jamais...

Si le Super-G a peu de chance de sourire à Pinturault, il aura au moins le mérite de lui faire découvrir en compétition la très méconnue piste "Vertigine" en vue du combiné (vitesse + slalom) qui s’y disputera lundi et pour lequel il sera en revanche LE favori. C’est d’ailleurs l’une des raisons de sa présence au départ ce jeudi après-midi, lui qui regagnera ensuite son domicile autrichien d’Altenmarkt im Pongau quelques jours pour s’entraîner au calme avant de revenir dimanche soir en Italie. Mais si l’on ne peut pas classer le skieur français parmi les outsiders légitimes au podium de ce Super-G, il serait injuste de l’en écarter totalement.

Oui il s’aligne rarement sur cette discipline de vitesse (trois à quatre départs en moyenne ces dernières saisons), mais paradoxalement il adore ça. "Je suis là pour essayer de jouer la carte à fond et m’amuser. Si je peux m’inviter aux avants postes je ne m’en priverai pas" confirme d’ailleurs le Savoyard. "Je pense que beaucoup de choses font que je ne suis pas favori dans cette discipline. Mais le fait pour une fois qu’il n’y ait pas eu d’entrainements avant la course peut jouer à mon avantage". N’oublions pas que Pinturault a connu à trois reprises le podium en Super-G en Coupe du Monde, dont une victoire à Lenzerheide en 2013. Cette saison, il a pris trois départs pour une septième place et deux douzièmes places. S’il veut venir jouer les trouble-fête ce jeudi, il faudra parfaitement maitriser un haut de piste assez technique, partie sur laquelle il pourra éventuellement faire la différence sur les purs spécialistes de l'exercice, comme les Autrichiens Vincent Kriechmayr et Matthias Mayer.

Nils Alègre, le meilleur français a un clou dans la chaussure

À tout juste 27 ans, le skieur de Serre Chevalier fait partie des valeurs montantes de l’équipe de France de vitesse. En progression régulière depuis deux hivers, il commence peu à peu à s’implanter dans le Top 10 de la spécialité, et aurait même pu sans une petite erreur monter sur le podium pour la toute première fois de sa carrière en Coupe du Monde samedi dernier sur la piste Kandahar de Garmisch-Partenkirchen, lors d’un Super-G finalement achevé en 4ème position à huit petits centièmes du Suisse Odermatt, 3ème de la course. Mais pas de regrets pour le champion de France 2018 de la spécialité qui espère juste à Cortina produire son "meilleur ski, et prendre un maximum de plaisir".

Une épine malgré tout dans sa chaussure, et même "un clou" à l'écouter, Nils Alègre souffre d’une périostite au tibia droit depuis Bormio fin décembre. Ce qui lui cause des douleurs assez intenses. "Quand j’ai la jambe en contact avec languette de la chaussure ça fait vraiment mal mais on essaie de gérer. C’est très compliqué à l’échauffement mais en course ça va, on fait ce qu’il faut, on met de la pommade anesthésiante, et puis on a fait des trous dans la languette aux endroits où la membrane est déchirée pour limiter encore les douleurs". S’il est dans un bon jour comme le weekend dernier sur les contreforts du Zugspitze, il ne devrait pas se situer très loin de la vérité sur ce Super-G.

Johan Clarey, devra "se botter les fesses" pour faire un bon résultat

Johan Clarey a eu 40 ans le 8 janvier, et il est devenu à ce titre lors de la descente de Kitzbühel quelques jours plus tard, le premier "quadra" de l’histoire du ski à se hisser sur un podium de Coupe du Monde. Après 18 ans passés sur le circuit principal le Tignard, monstre de physique, reste donc hyper-performant et estime même n’avoir "jamais eu un tel niveau en descente". Mais si les deux épreuves rentrent dans la catégorie "vitesse", la descente n’est hélas pour Clarey pas le Super-G.

Vice-champion du monde en titre de la discipline, il n’est pourtant depuis les mondiaux 2019 d’Are, rentré qu’à trois reprises dans un Top 10 en Coupe du monde en Super-G, septième notamment à Val Gardena en décembre. "Je me cherche un peu dans cette spécialité notamment niveau matos" avoue le natif d’Annecy. "J’ai des super portions mais je manque de confiance. On ne va pas se mentir il va falloir que je me botte les fesses pour aller chercher un bon résultat". D’autant que le haut de parcours assez technique et ponctué de deux gros sauts ne sera pas forcément à son avantage.

Arnaud Souque