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Mondiaux de ski: enfin ceux de Pinturault?

En s’alignant ce mardi sur le Super-G des Mondiaux de Cortina d’Ampezzo, Alexis Pinturault n’aura pas pour ambition première de briller dans une discipline de vitesse qu’il apprécie mais qui n’est guère sa spécialité. Cela devrait en revanche lui permettre de prendre ses marques en vue d'une quinzaine italienne pleine de promesses. Avec en toile de fond pour le numéro 1 mondial, l'idée de marquer encore un peu plus l'histoire du ski français.

Evoquer Alexis Pinturault, c’est s'autoriser généralement l'emploi de quelques superlatifs et surnoms bien sentis comme "la bête", "la machine", "monstrueux"… Autant de mots qui traduisent à merveille l’image dont jouit aujourd’hui le skieur de Courchevel dans le monde du ski alpin professionnel à l'heure d'entamer les Mondiaux 2021 à Cortina d'Ampezzo en Italie. Large leader du classement général de la Coupe du Monde il devrait sauf coup de théâtre devenir au mois de mars le premier français depuis Luc Alphand en 1997 à remporter le Gros Globe de Cristal de numéro un mondial.

Entre temps, il est déjà rentré depuis janvier dans le top 10 des skieurs les plus victorieux de l’histoire sur des courses de Coupe du Monde, avec 33 succès dont 4 cette saison. Enfin, en remportant le géant parallèle de Zürs en novembre, il est devenu le premier skieur à s’imposer dans 6 disciplines différentes au plus haut niveau (seule lui manque la descente). Ça vous classe un champion.

Pourtant, s’il tutoie régulièrement les sommets, Alexis Pinturault n’a pas encore touché du doigt le graal absolu. Un seul titre de champion du monde en individuel, sur le combiné à Are en 2019 (discipline qui tend à tomber en désuétude), trois médailles olympiques, mais aucune en or … Oui, "Pintu" est très souvent placé, mais trop rarement gagnant dans les grands rendez-vous, ceux qui forgent une légende, ceux qui permettent à un nom de devenir une marque (Killy, Alphand, Chrétier, Déneriaz, etc.).

"Les titres ça lui manque, c’est sûr, reconnaît David Chastan, directeur des équipes de France masculines. Après il a eu comme adversaire pendant des années Marcel Hirscher qui a écrit l’histoire de son sport et qui est probablement le plus grand skieur de tous les temps. C’est comme en tennis être en concurrence avec Federer et Djokovic, tu gagnes difficilement des tournois."

"Les Mondiaux, des rêves de gosse à saisir"

Sauf que depuis un an et demi et une retraite surprise, Marcel Hirscher n’est plus là pour empêcher Pinturault de tourner en rond. Et à Cortina, le Savoyard aura pour la première fois de sa carrière sur des Mondiaux les coudées franches vis à vis du Mozart du ski autrichien. "Il y a un ou deux trucs qui lui manquent, il doit concrétiser ça, il en a la capacité", confirme d’ailleurs Fabien Saguez, DTN de la Fédération française de ski. Un ou deux trucs, c’est un titre olympique bien sûr mais aussi donc un titre mondial. "Dans une autre discipline que le combiné" ajoute David Chastan. Traduisez, en slalom géant voire en slalom. 

Au-delà de l’absence d’Hirscher, Alexis Pinturault semble justement avoir désormais toutes les cartes en main pour satisfaire à ce genre d’objectifs dans la Perle des Dolomites. Ses échecs entre autres lors des Championnats du monde de Saint-Moritz en 2017 (0 pointé en individuel) semblent lui avoir mis du plomb dans la tête. "Ici à Cortina, ce ne sont pas mes premiers Mondiaux, je vois les choses différemment maintenant, analyse ainsi le skieur de 29 ans. J’ai plus d’expérience, je connais un peu plus le milieu, je m’amuse dans ce que je fais. Les Championnats du monde ce sont des rêves de gosse à saisir."

"Une médaille d'abord, ensuite on verra"

Et pour le coup en Italie, Alexis Pinturault va plonger dans le grand songe d’une quinzaine mondiale pour la sixième fois de sa carrière, en laissant planer la douce impression de n’avoir jamais été aussi bien armé pour transformer le rêve en réalité dorée. "L’équilibre matériel-physique-confiance-expérience, le rend à maturité cette année, analyse d’ailleurs Fabien Saguez. Il a depuis l'hiver dernier sa structure d’entraînement propre (entraineurs, kinés, attaché de presse personnels) avec un fonctionnement bien huilé, bien calé. Il est sérieux, il ne laisse rien au hasard et exploite la moindre faille pour la récupération."

De quoi aborder cette parenthèse italienne les skis pétris d’ambitions. "J’aurai à cœur de m’exprimer au mieux, confirme le natif de Moutiers. J’ai envie de prendre des risques, et de toute manière ce sont des courses d'un jour donc ça passe ou ça casse. Le plus important c’est d’être concentré sur mes sensations et finalement il faut que les choses soient simples. Si je pouvais gagner une médaille d’abord… ensuite on verra."

Plus objectivement, en s’alignant au départ de quatre courses dans le somptueux cadre des Dolomites, Alexis Pinturault a toutes les raisons d’espérer remporter a minima deux médailles. Et même trois si les astres sont bien alignés.

Et si le Super-G de ce mardi a très peu de chance de lui sourire (il n’a plus gagné dans cette discipline depuis mars 2013 à Lanzerheide), il aura au moins le mérite de lui faire découvrir la très méconnue piste "Vertigine" en vue du combiné (vitesse + slalom) qui s’y disputera mercredi et pour lequel il sera en revanche LE favori face aux Meillard, Mayer, et autres Marco Schwarz ou Muffat-Jeandet. S’il parvient déjà à monter sur le podium de ce combiné, la part du job publiquement affichée sera remplie, avec derrière, encore deux chances de médailles en slalom géant et en slalom.

Saguez "impressionné par sa capacité à tourner le bouton"

Un programme gargantuesque, certes, mais pas de nature à affoler le staff de l’équipe de France. Cela fait dix ans désormais que Pinturault évolue dans le gotha du ski mondial. "Sans faire de bruit il a duré dans le temps, il est très fort physiquement, ce qui lui a permis de ne pas se blesser", rappelle ainsi Fabien Saguez. C’est une chance et il l’exploite à fond."

Au point de faire figure de favori pour le combiné donc, mais également vendredi prochain pour le slalom géant, sa discipline de prédilection, celle dans laquelle il vient de remporter avec la manière les trois dernières courses de Coupe du Monde. Celle dans laquelle il est intrinsèquement le meilleur skieur du monde, même si les Odermatt, Murisier et Zubcic seront de très redoutables adversaires. 

Pas mal de certitudes donc, et une inconnue en guise de potentielle cerise sur le gâteau. Quid de la performance d’Alexis Pinturault lors du dimanche de clôture sur l’épreuve du slalom? Souvent critiqué ces dernières années pour ses nombreuses sorties de routes entre les piquets serrés, "Pintu" a gagné depuis peu en constance dans cette discipline "à la faveur notamment de réglages toujours plus pointus de son matériel", détaille le vice-champion olympique de slalom 2002 Sébastien Amiez. Résultat, "Pintu" a systématiquement fini dans les points depuis le début de l’hiver en Coupe du Monde dans cette discipline, avec à la clé deux podiums, à Flachau et Schladming en janvier qui laissent entrevoir un espoir de médaille supplémentaire.

"Je suis impressionné par la capacité d’Alexis à tourner le bouton entre les disciplines, conclut Fabien Saguez. La manière dont il a réussi à s’adapter pour le slalom, discipline extrême, à part avec des hyper-spécialistes, c’est très fort." Une polyvalence qui lui sera plus que jamais utile pour être l'un des grands bonhommes de ces Championnats du Monde.

Le programme d'Alexis Pinturault aux Mondiaux 2021

Mardi 9: Super-G

Mercredi 10: Combiné Alpin

Vendredi 19: Slalom Géant

Dimanche 21: Slalom

Arnaud Souque à Cortina d'Ampezzo