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Bruce Lee en guide, deux contrôles positifs: qui est Povetkin, l'homme qui peut détrôner Joshua?

Kickboxing, boxe amateur, boxe pro... Le Russe Alexander Povetkin, qui défie Anthony Joshua ce 22 septembre à Wembley pour les titres WBA Super, IBF et WBO des lourds, a une longue carrière victorieuse dans les sports de combat. Inspirée par Bruce Lee et avec ses zones d'ombre. Portrait de celui qui peut créer un séisme dans la catégorie reine.

Opération dragon, La Fureur du dragon... Pour tout amateur d'arts martiaux, ces appels à la bête mythologique n'évoquent qu'un nom. Bruce Lee. Le maître, acteur et réalisateur sino-américain a marqué au fer rouge toute une génération tombée en pâmoison devant ses combats chorégraphiés sur grand écran. Et parmi ses disciples, un certain Alexander Povetkin. Pas enfant de la balle mais du septième art. La découverte d'un monde qui va mener le minot russe qui rêve devant Bruce aux sommets de la catégorie reine d'un autre art, qu'on surnomme noble.

Jusqu'à ce 22 septembre à Wembley où l'expérimenté pugiliste au punch de plomb défiera le Britannique Anthony Joshua pour ses titres WBA Super, IBF et WBO des lourds. "En Russie, à une époque, les magasins qui vendaient des cassettes vidéo étaient très populaires et ils vendaient des films de Bruce Lee, s'est souvenu pour Sky Sports le natif de Koursk. J'ai décidé que je voulais devenir puissant et fort pour pouvoir me protéger en cas de besoin. J'ai demandé à mon père de m'emmener quelque part où je puisse faire ça." Sage décision.

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Le virus est inoculé. Une maladie qui sied au teint du garçon. "J'ai commencé par du karaté, puis du kickboxing, et de la boxe à partir de treize ans." Le gamin ne s'arrêtera plus. On ne l'arrêtera plus beaucoup non plus. Kickboxing? Champion du monde junior (1997) et senior (1999) chez les amateurs, champion d'Europe (2000) chez les pros. Boxe amateur? Double champion d'Europe (2002, 2004), champion du monde (2003) et surtout champion olympique à Athènes en 2004 chez les super-lourds. Pour un bilan final dans la discipline de 125-7, et toutes ses défaites vengées.

La boxe pro, suite logique, arrive en 2005. Vu le pedigree et la talent du bonhomme, elle ne lui résistera pas. Vingt-six victoires de rang pour débuter sa carrière, la vingt-deuxième pour le titre WBA régulier (la WBA présente également un titre "Super") de la catégorie reine. Sacré au niveau planétaire, Povetkin s'attaque au défi des défis en octore 2013: Wladimir Klitschko, roi des lourds de l'époque. Sa seule défaite chez les pros à ce jour, sur décision unanime. Trois ans et demi plus tard, Joshua battait le même Klitschko pour poser la couronne sur sa tête. De quoi condamner d'avance "White Lion" (l'un de ses surnoms) face à "AJ"? Surtout pas.

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La boxe poids lourds est un animal trop dangereux, où un seul coup peut tout changer, pour enterrer un tel punch façon vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Depuis Klitschko, Povetkin a repris sa marche victorieuse et destructrice (24 KO en carrière en 35 combats pro, 34-1), s'offrant au passage des KO sur les Français Carlos Takam et Johann Duhaupas. Le public britannique, témoin de son impressionnant KO sur l'enfant du pays David Price en mars dernier sur la carte de Joshua-Parker, sait mieux qu'un autre combien le Russe qui revendique être adepte de la rodnovérie (néopaganisme slave) peut coucher n'importe qui pour le compte en un clin d'oeil. Au point de voir beaucoup de spécialistes en faire le plus gros punch de la catégorie, même devant le terrifiant Deontay Wilder.

Povetkin sera moins grand que Joshua, avec moins d'allonge, mais gare au lion de Watford s'il en prend bien placée à toute patate. Les mauvaises langues, où les plus réelles, au choix, s'amuseront à pointer que les capacités physiques du Russe n'ont sans doute pas que le travail comme origine. Le cas Povetkin raconte les difficultés de la boxe à affronter ses démons. Deux contrôles antidopage positifs à sept mois d'intervalle, en 2016, au meldonium puis à l'ostarine, via le programme de l'agence indépendante VADA, qui lui ont coûté un combat pour la ceinture WBC de Wilder et un pour un titre WBC intérimaire face à l'ancien champion du monde canadien Bermane Stiverne.

>> L'impressionnant KO de Povetkin sur Price

Moins de deux ans plus tard, le combattant aux zones d'ombre se retrouve en pleine lumière face au nouveau roi des lourds, les yeux du monde de la boxe fixés sur les deux fauves dans le ring de Wembley. Povetkin n'aura payé ses écarts qu'avec une suspension d'un an par... la WBC. Ce qui ne l'empêchait pas de boxer pour n'importe quel autre organisme de sanction de combat à travers la planète.

Le chemin l'aura finalement mené à Wembley, écrin sublime aux 90.000 spectateurs unis derrière son adversaire où il peut signer à trente-neuf ans LA victoire de sa vie. Un séisme des rings qui balaierait le fantasme Joshua-Wilder et ferait enfin de lui un vrai champion du monde de boxe pro - le titre WBA régulier est vu le "secondaire" par rapport au "Super" - pour apporter la reconnaissance qui manque encore à celui qu'on regarde toujours un peu d'un coin de l'oeil, désormais. Avant, peut-être, de se lancer un film de Bruce Lee pour se souvenir du bon vieux temps.

Alexandre Herbinet