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UFC: McGregor, gauche caviar

De retour dans l’octogone ce dimanche contre Dustin Poirier lors de l’événement UFC 257 (en direct et en exclusivité à partir de 4h sur RMC Sport 1), Conor McGregor comptera sur ses meilleures armes de combattant pour s’imposer. A commencer par une gauche qui a fait tant de mal à ses adversaires tout au long de sa carrière. Focus.

Un "LOL" comme une déclaration. Quand l’ancien champion des plumes Max Holloway a signé sa masterclass contre Calvin Kattar samedi dernier (445 coups significatifs, un record) d’un "Je suis le meilleur boxeur de l’UFC" lancé aux commentateurs alors qu’il était encore en train de combattre, Conor McGregor n’a pas pu s’empêcher de réagir sur les réseaux sociaux. Avec trois lettres qui veulent tout dire sur la place à laquelle il se voit dans le classement de ceux qui font parler la poudre avec leurs poings dans la cage. 

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Si la question du meilleur boxeur de l’UFC reste subjective (on n’arrive déjà pas à se souvent mettre d’accord sur le numéro un dans le noble art toutes catégories confondues…), la superstar irlandaise qui revient dans l’octogone ce dimanche face à Dustin Poirier lors de l’événement UFC 257 se rang à coup sûr dans le haut du panier. 

Son arme de choix est une gauche caviar. Chirurgicale. Tranchante. Dans sa carrière (22-4, 19 KO/TKO), elle a éteint quelques lumières. Le Brésilien José Aldo, alors champion des plumes invaincu depuis dix ans, en a abandonné sa ceinture en treize secondes en décembre 2015 sur une gauche décochée après une feinte de jab et un décalage d’un pas arrière, mouvement répété dans les vestiaires juste avant le combat. 

Conor McGregor (de dos) met la gauche qui terrasse José Aldo, alors invaincu depuis dix ans, en décembre 2015
Conor McGregor (de dos) met la gauche qui terrasse José Aldo, alors invaincu depuis dix ans, en décembre 2015 © AFP

Quelques mois plus tôt, elle avait soufflé l’Américain Chad Mendes. En novembre 2016, au Madison Square Garden, elle était au cœur de son chef d’œuvre de combattant pour prendre la ceinture des légers à l’Américain Eddie Alvarez. On ne va pas tous les citer mais la liste est longue comme ses bras. Dans Obsessions, excellente biographie de la plume du journaliste (basé à Dublin) Charles Thiallier, des témoignages rappellent combien elle faisait des dégâts dès ses débuts en MMA dans des réunions anonymes encore loin des paillettes de l’UFC. "The Notorious", gaucher qui boxe en gaucher (southpaw) et qui adore combattre les gauchers comme Poirier, en a tiré une de ses célèbres punchlines: "Quand je balance ce crochet gauche, un crâne humain ne peut pas l’encaisser".

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Question de puissance? Owen Roddy, son coach de striking qui travaille avec lui depuis plus de dix ans, explique que "chacun de ses coups donnait l’impression d'être donnés par quelqu’un qui faisait deux fois sa taille" lors de leurs séances de sparring. Vu la source, on a le droit de sourire. Ecoutons plus neutre. En novembre 2019, Dustin Poirier expliquait que l’Irlandais avait été l’adversaire qui frappait le plus fort dans sa carrière, "et de loin". Mais son rival Khabib Nurmagomedov, qui l’avait battu en octobre 2018 pour la ceinture des légers, affirme que Justin Gaethje (qu’il a affronté en octobre pour son dernier combat avant d’annoncer sa retraite et que Poirier avait affronté en 2018) cogne plus fort. On n’ira pas vérifier.

Floyd Mayweather, qu’il avait affronté en août 2017 pour son seul combat de boxe pro, et qui s’y connaît, avait jugé sa puissance "solide mais pas au point de (l)’empêcher d’avancer". Avant l’UFC 205 et son bijou de performance contre Alvarez, l’UFC avait installé une machine pour permettre aux fans de comparer leur puissance à celle des combattants de la carte. McGregor était battu par Tyron Woodley, ancien champion des welters (la catégorie au-dessus des légers), mais devançait par exemple Stephen Thompson, autre welter. L’homme qui aurait aimé une salle sans aucun spectateur pour l’UFC 257 pour "mieux entendre (s)a puissance" envoie du lourd, ça ne fait aucun doute, mais pas plus que d’autres. "Il tape fort mais comme beaucoup de mecs le font à l’UFC", confirme Taylor Lapilus, consultant MMA pour RMC Sport. Avec sa gauche, la vérité est ailleurs.

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"Ce qui va faire la différence, poursuit le combattant français passé par l’UFC, c’est son timing et sa précision. Il va toucher la pointe du menton au bon moment, quand tu ne t’y attends pas, dans un angle que tu n’attends pas. Il n’est pas super rapide non plus. C’est juste au bon moment. C’est ce que je dis à mes élèves : quand tu mets les coups au bon moment, tu n’as même pas besoin d’aller vite. Et si tu rajoutes la précision, c’est mortel." Eddie Alvarez s’était dit "surpris par sa vitesse et impressionné par son timing". Pour Paulie Malignaggi, ancien champion du monde de boxe avec qui il avait sparré avant Mayweather, "c’est surtout la précision qui fait sa force". "La précision bat la puissance et le timing bat la vitesse", avait lancé Conor après avoir déglingué Aldo d’une fulgurance en treize secondes, formule restée dans la légende et sur de nombreux t-shirts.

Conor McGregor (à gauche) fait parler sa gauche face à Nate Diaz en août 2016
Conor McGregor (à gauche) fait parler sa gauche face à Nate Diaz en août 2016 © AFP

Les mots dessinent l'idée d'un noble art qui l'a façonné. S’il a viré superstar dans le MMA, McGregor a débuté son voyage de combattant entre les cordes, à douze ans, sur les rings du Crumlin Boxing, le club de son quartier d’enfance où coach Phil Sutcliffe lui a appris la boxe. La salle où il est retourné à l’automne 2019, en préparation de son retour dans l’octogone contre Donald "Cowboy" Cerrone en janvier 2020, quand il cherchait à réinventer sa carrière après de longs mois de trouble(s), symbole d’un Conor boxeur dans l’âme qui rêve toujours d’un titre mondial dans cette discipline.

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"Au moment où il rencontre son coach John Kavanagh, ce n’est qu’un boxeur, rappelle Taylor Lapilus. Kavanagh l’emmène au reste mais au départ, c’est même lui le coach de boxe de la salle du SBG. C’est lui qui donne les cours. Il a un vrai coup d’œil de boxeur. L’esquive qu’il fait où il part sur le côté, il enroule l’épaule avec un petit décalage du pied et il revient frapper avec une gauche, c’est purement boxe anglaise. Ce n’est pas du hasard ou de la chance mais beaucoup de boulot, de la répétition encore et encore, et du talent."

Tout se joue aussi dans la préparation. Son jeu de jambes et ses déplacements, travaillés avec des spécialistes, ses coups de pied, ses jabs: au sommet de sa forme, McGregor met très peu de coups superflus. Tous ont un but, ou presque, et poussent à lui permettre de placer sa spéciale en forçant l’adversaire à bouger où et comme il le souhaite. "Il prépare tout, pointe Dominick Cruz, l’ancien champion des coqs, dans le programme Unlocking Victory de l’UFC. Il ne lance jamais un seul coup en espérant que ça touche." "Il a de très longs bras et il sait très bien les utiliser pour garder l’adversaire à la bonne distance", ajoute Owen Roddy, qui adore "son style unique". 

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L’analyse technique pointe le brio du "Notorious", combattant qui ose pour mieux punir. "Il va jouer avec le feu, explique notre consultant. C’est-à-dire qu’il va jouer avec la limite. Il sort sa tête mais de temps en temps, sur certaines frappes, il se fait frôler le bout du nez, de la barbe ou du front. Mais on ne le touche pas, on le frôle à peine. Il calibre sa distance. Plus tu vas esquiver loin, plus tu vas avoir du mal à revenir. Lui, il calibre juste ce qu’il faut pour laisser passer le coup et ne pas être très loin pour que le contre soit incroyable. Et il l’est. On le voit contre Alvarez, par exemple, où techniquement tout est précis, millimétré, le coup d’oeil, la précision, le décalage, etc. Je regarde encore ce combat de temps en temps car ce jour-là, il marchait sur l’eau." McGregor répète aimer "performer dans toutes les facettes de l’art du MMA". Mais on sent et on sait qu’il adore quand elle tombe, cette gauche. C'est moins le cas en face. 

Alexandre HERBINET (@LexaB)