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UFC: McGregor-Poirier, le jour où Conor est devenu "Mystic Mac"

L’UFC est de retour sur RMC Sport! Et Conor McGregor est de retour dans la cage. Un an après son dernier combat, le combattant irlandais revient aux affaires ce week-end face à Dustin Poirier à l’occasion de l’UFC 257 sur Fight Island (à partir de 4h dans la nuit de samedi à dimanche sur RMC Sport 1). Un combat qui est aussi une revanche de sa victoire sur l’Américain en 2014, quand "The Notorious" n’était pas encore la superstar que l’on connaît. Retour en arrière.

Ils se sont serré la main avec respect. Ils ont parlé l’un de l’autre avec respect. Il y avait de la considération mutuelle. Presque un côté amical. Si leur esprit compétitif était bien présent à quelques jours de se retrouver dans la cage, la conférence de presse qui réunissait Conor McGregor et Dustin Poirier ce jeudi à Abu Dhabi – cadre de leur combat ce week-end lors de l’événement UFC 257 – a offert aux deux combattants un miroir inversé sur le passé. Loin, très loin de l’ambiance entre les deux avant leur premier combat du 27 septembre 2014 à l’UFC 178. Le retour aux affaires de McGregor, un an après sa dernière apparition dans l’octogone et sa victoire en quarante secondes sur Donald "Cowboy" Cerrone, est aussi l’histoire d’une revanche.

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Il y a un peu plus de six ans, "The Notorious" et "The Diamond" avaient déjà partagé la lumière. Mais l’approche du combat tenait alors plus de l’aigre que du doux. A l’époque, McGregor est une étoile qui brille de plus en plus. Mais pas encore la superstar que l’on connaît aujourd’hui. L’Irlandais a fait ses débuts à l’UFC un an et demi plus tôt, en avril 2013, et compte trois victoires dans la grande organisation américaine pour une série en cours de onze succès en MMA. Deux mois plus tôt, Conor a assumé avec brio sa première en main event (combat principal) d’une carte UFC, chez lui, à Dublin, avec une victoire au premier round contre le Brésilien Diego Brandao qui a électrisé une foule conquise par son enfant chéri. 

"Je ne pense pas avoir jamais autant détesté un adversaire"

Classé neuvième chez les plumes, le garçon a encore faim. Très faim. Il affiche surtout un potentiel énorme, sur le sportif comme sur l’attrait marketing et populaire. Avec Poirier, cinquième du ranking et qui a annoncé sa volonté de faire dérailler le train de sa hype, il va faire face à son plus gros test jusque-là. Mais il est déjà maître dans l’art de rentrer dans la caboche de l’adversaire. Et Poirier tombe dans le panneau. Dans son élément, McGregor récite sa prestation de trash-talker sur le bout des doigts. Il titille encore et encore Dustin, devenu cocotte-minute prête à exploser. "Je ne pense pas avoir jamais autant détesté un adversaire que je dois affronter", lâche l’Américain après l'avoir croisé dans le lobby de leur hôtel, une scène filmée par les caméras de la série UFC: Embedded et qui avait fait beaucoup rire Conor.

"Il voulait être celui qui allait faire fermer sa gueule à Conor, il était en colère", se souvient le journaliste Ariel Helwani (ESPN) pour un papier de The Independent. Lors de la conférence de presse pré-combat, l’animosité est palpable et certains journalistes pensent qu’ils vont en venir aux mains. "Mais Conor semblait s’épanouir là-dedans alors qu’on pouvait voir que Dustin devait faire de gros efforts pour se contenir", témoigne Megan Olivi, journaliste-intervieweuse de l’UFC. Idem lors de la pesée, la veille du combat, où Poirier n’a aucune envie d’attendre vingt-quatre heures de plus avant de poser ses mains sur l’Irlandais. "Je voulais faire payer ce type, j’étais très énervé, raconte-t-il pour ESPN. Je me souviens que j’avais envie de me battre avec lui lors de cette pesée, ce qui est dingue quand je regarde ça avec du recul."

"L'impression d'être tombé dans un piège"

Il va aussi se mettre à crier sur la foule réunie pour l’occasion et garnie de nombreux Irlandais qui ont traversé l’Atlantique pour encourager leur nouvelle idole. Poirier a conscience de ne pas affronter seulement McGregor. Il combat son peuple, les journalistes en pamoison devant chaque mot de son rival et les dirigeants UFC qui ne cachent pas avoir trouvé en Conor un nouveau diamant à polir au maximum. "J’avais l’impression que tout le monde voulait qu’il gagne, l’UFC, les fans, les médias qui voulaient leur nouvelle star, se rappelle-t-il. J’avais l’impression d’être tombé dans un piège." L’Américain compte régler tout ça dans la cage du MGM Grand Arena de Las Vegas. Il va y récolter la première défaite de sa carrière sur TKO en… à peine cent secondes.

Pour la dernière fois de sa carrière, McGregor n’a pas le droit aux honneurs du main event pour un pay-per-view UFC (c’était son premier), revenus au champion des mouches Demetrious Johnson face à Chris Cariaso dans une carte qui voit aussi Donald Cerrone affronter Eddie Alvarez et la future reine des coqs et des plumes Amanda Nunes subir sa dernière défaite en date (contre Cat Zingano), le tout après des "prelims" (combats préliminaires) où on aura pu assister à des victoires de Dominick Cruz, Jorge Masvidal et Stephen Thompson. Mais quand on évoque cette carte aujourd’hui, les souvenirs ramènent presque toujours à la performance de McGregor. Il avait annoncé un KO au premier round, il va tenir parole. Après avoir continué de provoquer Poirier avant le premier coup de gong, l’Irlandais balance deux coups de pied pour commencer. 

Une moitié de dent cassée pour Conor

Poirier parvient tout de même à le toucher d'un crochet qui lui casse la moitié d'une dent mais sa pression constante – tout en parlant à son adversaire pour continuer le travail mental – va faire mouche: une gauche, sa grande spécialité, envoie "The Diamond" au sol et l’arbitre arrête vite les frais après quelques coups en plus. Conor a passé le test Poirier (qui le félicite, beau joueur) et devient un challenger légitime à la ceinture du Brésilien José Aldo, alors seul champion de l’histoire des plumes à l’UFC. Son équipe lui remet sa ceinture marron de jiu-jitsu qu’il va porter pendant la traditionnelle interview dans la cage avec le commentateur Joe Rogan, morceau d’histoire. "Je ne les mets pas seulement KO, je choisis le round, lance-t-il au micro. Vous pouvez m’appeler ‘Mystic Mac’ car je prédis ces choses!" Il l'avait déjà fait contre Brandao. Un surnom est né et la légende s'écrit.

Rogan l’informe que 10% des 15.000 sièges vendus l’ont été à des fans venus tout droit d’Irlande. Conor jubile: "Je voulais montrer aux Américains la nouvelle ère du combattant irlandais. Si un de nous part à la guerre, on part tout à la guerre!" Il reste deux combats à la carte mais une partie du public s’éclipse. Ils ont vu celui qu’ils étaient venus admirer. "On avait l’impression d’avoir vu la cérémonie de présentation d’un des nouveaux visages de l’UFC", juge Ariel Helwani. "Dans ma tête, j'étais déjà une superstar", sourit-il aujourd'hui quand BT Sport lui demande si cette soirée l'avait transformé en étoile. La hype est réelle, les sceptiques réduits au silence et la vague ne s’arrêtera plus. 

Parallèles et différences

Moins d’un an plus tard, McGregor est sacré champion intérimaire des plumes après sa victoire sur Chad Mendes. Avant de devenir champion incontesté en écrasant un Aldo invaincu depuis dix ans en treize secondes en décembre 2015, puis premier double champion en même temps de l’histoire de l’UFC en novembre 2016. Six ans et quelques mois plus tard, l’heure est aux retrouvailles avec Poirier. Avec des parallèles à tirer. McGregor comptait alors s'installer en challenger crédible chez les plumes. Cette fois, il s’agit de le redevenir chez les légers. Il avait des choses à prouver. C’est encore le cas, statut de superstar ou pas. Mais il y a surtout des différences. L’approche du combat, donc, avec un Conor qui ne verse plus dans le trash-talking à outrance mais préfère promettre un don à la fondation "Good Fight" lancé par Poirier.

Comme en 2014, McGregor accapare la lumière. Mais "The Diamond" n’en a cure. Plus mature, devenu père de la petite Parker Noelle, il n’a plus la colère, la revanche ou l’idée "moi contre le monde" comme carburant mais l’envie de montrer sa "croissance". Aucun doute possible: celui qui a conquis la ceinture intérimaire des légers en avril 2019, avant une défaite pour le titre incontesté contre Khabib Nurmagomedov, est un meilleur combattant qu’à l’époque. Mais John Kavanagh, le coach de McGregor, affirme que son poulain a encore plus progressé que lui entre les deux. Conor a cette fois promis une victoire en moins de soixante secondes. "Mystic Mac" va-t-il encore frapper et s’offrir un autre "Diamond"? 

Alexandre HERBINET (@LexaB)