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Tennis: "Cette génération était en or, on va devoir se réinventer", constate Boutter

Julien Boutter, directeur du tournoi de Metz, a livré son ressenti sur le futur du tennis tricolore après le sacre du Polonais Hubert Hurkacz au Moselle Open. Habituelle "chasse gardée" des joueurs français, l’épreuve lorraine a confirmé que les temps étaient durs pour les Bleus. Quatre finales en 2021, c’est maigre… Pour les directeurs de tournoi, l’heure est aussi à la réflexion.

Le week-end final du Moselle Open a confirmé les maux du tennis français. A l’instar de Montpellier, Marseille ou même Lyon, l’ATP 250 lorrain permet théoriquement aux Bleus de gonfler leur cv. Lors des onze dernières éditions, Jo-Wilfried Tsonga, Gilles Simon, Lucas Pouille ou encore Gaël Monfils avaient inscrit leur nom au palmarès. Douze ans après, ce dernier espérait bien goûter de nouveau à une finale aux Arènes mais le Parisien a calé en demi-finale face à Pablo Carreno-Busta. Rien d’infâmant puisque l’Espagnol est devant lui au classement ATP.

Durant la semaine, "Monfe" s’était montré offensif envers les médias, coupables, selon lui, de noircir le tableau. "Faut arrêter ce truc de zéro français, disait-il. C’est dur de pointer du doigt. La façon dont cela est tourné... C’est une critique importante qui a lieu d’être mais qui est peut-être trop agressive. Je trouve que c’est un peu sec."

Marseille, Halle, Gstaad, Umag et basta!

Sec comme le bilan des Français en Grand Chelem. Sur les quatre levées, seules dix-sept victoires ont été enregistrées. Un chiffre famélique accentué par l’absence de Tricolores au troisième tour de Roland-Garros. Une première dans l’ère Open!

Cette année, les Français qui ont atteint une finale se comptent sur les doigts d’une seule main: quatre! Pierre-Hugues Herbert à Marseille, Hugo Gaston à Gstaad, Richard Gasquet à Umag et Ugo Humbert à Halle. Le Messin étant le seul à soulever le trophée sur le gazon allemand. Un succès qui pesait lourd puisqu’il valait 500 points.

Il reste neuf tournois pour qu’un Français soit encore en lice un dimanche. Mais c’est plutôt en deuxième division que les Bleus excellent. Benjamin Bonzi, 64e mondial - mais 46e à la Race- est devenu le caïd des Challengers. Cette semaine, à Orléans, il a l’occasion de soulever un septième trophée en 2021, ce qui constituerait un record mondial absolu.

Le Gardois retrouvera une concurrence nationale, avec Richard Gasquet, Lucas Pouille ou Ugo Humbert. Le numéro 2 français reste sur trois premiers tours et a bouleversé son programme, renonçant dans la foulée à se rendre au Masters 1000 d’Indian Wells. Si ce choix lui permet de conserver son titre à Anvers – qu’il défendra mi-octobre - l’option sera validée.

Boutter: "Ugo Humbert n’a que 23 ans, il est tellement perfectible"

Julien Boutter, le patron du Moselle Open, a conscience que ce changement générationnel est une période charnière si l’on se place du côté des organisateurs. "On a toujours eu la chance d’avoir un contingent français très riche, dit-il pour RMC Sport. Moi, cela fait quinze ans que je dis: 'Profitons de cette génération en or, elle est incroyable'. Effectivement, on va devoir avoir une approche différente au moment de composer notre plateau mais je ne suis pas inquiet. L’important, c’est de proposer un bon spectacle avec une belle opposition. Vous savez, on est diffusés dans une centaine de pays."

Mais Julien Boutter ne cache pas qu’Ugo Humbert pourrait être un formidable ambassadeur pour son épreuve. "Il va peut-être falloir se réinventer, avoir un positionnement plus international mais on a Ugo… Il a 23 ans, il est encore tellement perfectible à plein de niveaux. On peut espérer qu’il puisse atteindre le Top 10 dans les deux-trois années à venir. En plus, c’est un Messin. Un Messin qui est dans les 15-20 meilleurs du monde, il fait presque autant le métier que deux autres français dans les 20. Maintenant, le tennis est cyclique. Quand je jouais, il y avait quatre Américains dans les 10…"

Julien Boutter a stoppé sa carrière en juillet 2004. A l’époque, il n’y avait qu’un seul tricolore dans le Top 50 : Sébastien Grosjean. Les Tsonga, Monfils, Simon et Gasquet n’allaient pas tarder à exploser…

Eric Salliot