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Coupe Davis - Noah: "Il y a urgence"

Yannick Noah a livré sa première conférence de presse, ce mardi, dans la peau du nouveau capitaine de l’équipe de France de Coupe Davis. Posé, il a pris le temps de dévoiler les raisons qui l’ont poussé à venir au secours des Bleus qu’il estime en perte de motivation et d’épanouissement.

Les joueurs au cœur de la discussion

« J’ai l’impression que je ne suis jamais vraiment parti. J’ai toujours eu des contacts avec ce qui se passait dans le tennis. J’ai été contacté comme c’est le cas à chaque fois depuis une dizaine d’années. Il y a toujours un débriefing avec des gens qui m’appellent et avec qui on refait le monde. Là, on m’a approché et on m’a demandé si j’étais prêt à reprendre l’équipe. Ma réponse a été claire : il était hors de question de se relancer dans une aventure sans en parler aux joueurs. Ma réponse a donc été tardive. Après avoir parlé aux joueurs, il était clair que tout était en place pour y aller et tenter de gagner la Coupe Davis. »

Optimiser le niveau et la motivation des joueurs

« Je suis honoré, très excité et plein d’espoir. Je suis aussi très motivé. Avec les différentes conversations que j’ai eues, j’ai le sentiment qu’on peut vraiment s’améliorer. Il s’agit de faire jouer de très bons joueurs et de faire en sorte qu’ils soient dans les meilleures conditions possibles. J’ai le sentiment, et je ne m’en suis pas caché, que ce n’est pas le cas depuis quelques années. J’ai cet espoir fou et cette conviction de pouvoir le faire avec les joueurs. J’ai parlé longuement avec eux et je suis très confiant. »

Les délicates circonstances de la succession à Arnaud Clément

« Ce n’est pas simple de dire à quelqu’un d’apprécié, qui a été irréprochable et représente l’esprit de la Coupe Davis, qu’il est remercié. Depuis 15 jours, j’ai lu tout ce qui se disait et on se détourne un peu de l’essentiel. Ce qu’on essaie, c’est de redonner de l’espoir et du sourire aux supporters. Ça fait dix ans qu’on pleure. Comment dire cela à quelqu’un et le faire bien ? Arnaud doit être blessé et je le serais aussi à sa place. Mais il n’y a pas de bon moyen. On se noie dans des détails. Tout le monde sera d’accord pour dire qu’Arnaud est quelqu’un de très valable. Il est arrivé à un moment pas facile avec des joueurs différents et il a eu du mal et on est dans un moment d’urgence. Il y avait beaucoup d’espoirs sur cette génération et elle est en train de passer. On doit travailler dans l’urgence. C’est aujourd’hui qu’on doit faire passer des messages. C’est maintenant, pas plus tard. Je ne suis pas d’accord avec la façon de penser ‘‘on verra la prochaine fois’’. Oui, c’est dur. J’ai été contacté fin août mais comme on le fait tout le temps. Je parle tout le temps avec Arnaud. »

Le tacle glissé aux joueurs et leur pouvoir

« Il y a une urgence parce qu’il n’y a pas de résultats. S’il y en avait eu, je ne serais pas là. Mais il fallait que les joueurs adhèrent à mon discours. Je sens que j’ai une équipe motivée derrière moi. Après, je pense qu’Arnaud est toujours là. Certains sont restés deux ans, d’autres 14. C’est très bien que la Fédération décide, que ça vienne de là-haut, qu’il y ait une hiérarchie et un mode d’élection compris par tous. Ça flotte un peu car une génération de joueurs a pensé qu’elle décidait. Ce n’est pas le cas même si on prend leurs avis. Ça se passe comme ça dans tous les sports, c’est normal. Le sélectionneur national devrait toujours être le meilleur par rapport à l’équipe qu’il a à sa disposition. Ce qui compte, c’est ce qui se passe sur le terrain à la fin. On l’a tous vu. Je n’avais pas besoin d’être à Lille pour le voir. Il y a juste à voir l’entrée des joueurs, leur box ou la communication dans les jours d’avant. Ce sont des champions, ce que je dois faire c’est leur créer le meilleur environnement possible. Je n’ai pas peur de faire face, j’ai l’habitude. Et allez les Bleus ! »

Un problème d’épanouissement

« Je sais qu’on aurait pu faire mieux en finale (contre la Suisse en 2014) et contre les Anglais (en quarts cet été). Est-ce que cela aurait été suffisant ? Je ne sais pas. Mais je sais qu’on aurait pu faire mieux, je ne le pense pas. J’ai compris que les joueurs n’arrivaient pas à s’épanouir sur des matches importants en Coupe Davis depuis quelques temps. Pourquoi ? C’est mon travail. On va essayer de trouver. On a déjà des idées et on est déjà à fond sur cette question alors que le rendez-vous est dans six mois. On est dans l’urgence. L’objectif est d’être prêt au mois de mars, pour le premier tour. Federer a gagné sa première Coupe Davis à 34 ans donc on a un peu de temps… »

Un bail jusqu'en 2016

« Cela a toujours été comme ça. Je ne veux rien signer, pas de contrat, ça ne m’intéresse pas. Je veux vivre une aventure humaine, aller au bout, donner le maximum et si on a envie d’y retourner avec la Fédération, les joueurs, Arnaud. On se voit à la fin de la saison, on débriefe et on décide si on y retourne ou pas. »

Le staff dévoilé avant le Masters 1000 Bercy (du 31 octobre au 8 novembre prochains)

« Je suis en train de monter mon staff, je suis très avancé mais je préfère attendre que tout soit définitif pour en parler. Je vais essayer de mettre en place le meilleur staff possible au profit de l’équipe. Je ne serai influencé par personne, ce sera mon choix. Le timing de l’annonce ? Quand je serai prêt. Mais ça ne prendra pas trois mois. Ce sera avant Bercy, c’est sûr. »

Tous les joueurs contactés

« J’ai eu tous les joueurs au téléphone : Gilles Simon, Richard Gasquet, Jo-Wilfried Tsonga, Gaël Monfils, Nicolas Mahut, Pierre-Hugues Herbert, Julien Benneteau, Adrian Mannarino, Lucas Pouille, Benoit Paire. Je veux que les joueurs soient tous concernés par l’équipe de Coupe Davis, qu’ils sachent tout de suite comment on va fonctionner. J’ai passé beaucoup de temps à parler aux uns et aux autres. Je ne les ai pas tous vus mais j’en aurai l’occasion, je pense, à Bercy. On a la chance d’avoir un peu de temps car le premier tour est en mars et je veux vraiment que tout le monde soit concerné. On a de très bons joueurs de simple, de très bons joueurs de double, et on a perdu des simples et des doubles qu’on aurait dû gagner. »

Un rôle effacé entre deux tours

« Je n’ai pas envie de passer du temps à regarder des matches. Il y aura dans mon staff des gens qui iront voir les joueurs pour me rendre compte de leur état. Par souci de qualité, je préfère réserver mon discours pour le moment de la Coupe Davis. Ce qui ne m’empêchera pas de suivre les matches voire parfois de me déplacer. Pour moi, ce n’est pas important de parler tout le temps aux joueurs. Ça peut même être contre-productif. »