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Coupe Davis : Toni Nadal se défend d’être sexiste

Toni Nadal

Toni Nadal - AFP

DOCUMENT RMC SPORT. Au lendemain de ses propos polémiques sur la nomination d’une femme, Gala Leon, à la tête de l’équipe d’Espagne de Coupe Davis, Toni Nadal a nuancé ses propos auprès de RMC Sport. Se défendant de tout sexisme, l’oncle et entraîneur de Rafal Nadal assure que ses critiques ne concernent que le terrain de la compétence.

Première femme désignée pour diriger l’équipe espagnole de Coupe Davis, Gala Leon s’attendait sans doute à susciter un peu de scepticisme. Mais c’est sur le terrain du machisme qu’a semblé s’égarer Toni Nadal au moment de commenter la nomination de l’ancienne joueuse de 40 ans. « C'est un problème. Dans le tennis, il y a beaucoup de vie dans le vestiaire et la présence d'une femme est étrange, a ainsi confié l’oncle et coach de Rafael Nadal au micro de la Radio Nacional de España. Je respecte Gala mais elle ne connait pas le circuit masculin, ni les joueurs, en tout cas pas Rafael. Je n'imagine la sélection de foot coachée par une femme. » Pas très rassurant pour celle qui succède à Carlos Moya avec la mission de relancer l’Espagne, qui sera absente du groupe mondial l’année prochaine après sa défaite au Brésil il y a huit jours. Une première depuis 1996 pour les quintuples lauréats de l’épreuve.

Joint par RMC Sport ce mardi, Toni Nadal a tenté d’éteindre la polémique naissante : « C’est une surprise parce ce poste a toujours été occupé par une personne qui connaissait le circuit masculin. Si tu demandes à Rafael qui est la 40e joueuse du monde en tennis féminin, il ne la connaît pas. Rafael connaît le tennis masculin, pas féminin. C'est l'unique chose que j'ai dite. Je crois que c'est mieux que ce soit une personne qui connaît le tennis masculin, rien de plus. » L’entraîneur du n°2 mondial estime ainsi qu’Amélie Mauresmo, qui coache actuellement Andy Murray et « connait le circuit masculin », pourrait faire un « bon capitaine de Coupe Davis pour la France. C’est une personne avec un "très haut curriculum". » Ce qui est effectivement moins le cas de Gala Leon, victorieuse d’un seul tournoi en simple dans sa carrière (1990-2004) et dont le classement a culminé au 27e rang mondial, quand la Française a trôné tout en haut de la hiérarchie féminine et remporté deux tournois du Grand Chelem.

« Rafael jouera la Coupe Davis à chaque fois qu'il pourra »

Malgré son désaccord sur ce choix, Toni Nadal assure qu’il n’aura pas d’incidence sur la volonté de son neveu de jouer ou non pour l’équipe nationale. Une équipe que le Majorquin zappe déjà régulièrement ces dernières saisons au gré de ses blessures ou de sa volonté de privilégier ses objectifs personnels. « Que ce soit Gala Leon ou je ne sais pas qui, Rafael jouera la Coupe Davis à chaque fois qu'il pourra », promet Toni Nadal. Mais quid des vestiaires alors ? « Ce n'est pas ça le plus grave », élude-t-il. Ce qui l’agace davantage, c’est l’attitude de la Fédération espagnole, à laquelle il reproche de ne pas avoir consulté un joueur qui pèse quelque 14 titres du Grand Chelem. « Ce n'est pas normal, juge Toni Nadal. La fédération devrait nous demander notre avis sur telle ou telle personne. C'est ce qui se passait avant. Nous n'avons jamais parlé avec Gala Leon, Rafael non plus. C'est un peu étrange alors qu'elle est la directrice sportive de la fédération espagnole. » Les dix mois qui séparent l’Espagne de sa prochaine rencontre de Coupe Davis permettront peut-être d’établir la communication.

Pitkowski : « Ça n'a ni queue ni tête »

Ancienne 29e joueuse mondiale, aujourd’hui consultante pour RMC Sport, Sarah Pitkowski ne comprend pas non plus la nomination de Gala Leon. « Sportivement et psychologiquement, ça ne se défend pas, estime-t-elle. Pour qu'il y ait un impact il faut que le joueur soit impressionné, qu'il y ait une histoire. Des références, elle n'en a pas. Qu'elle entraîne une équipe de - de 18 ans, garçons ou filles, très bien, mais là c'est incohérent. Il ne faut pas mettre un joueur moyen pour une équipe vainqueur de Coupe Davis, c'est ridicule. Tu passes de Carlos Moya, ancien °1 mondial, à Gala Leon, ancienne Top 30. Et elle n'a pas un parcours de coach incroyable. Qu'est-ce que tu veux qu'elle aille expliquer à un mec espagnol comment jouer ? Il faut de la crédibilité, il faut que la personne sur la chaise ait de la bouteille et vachement d'emprise sur ses joueurs. Ça n'a ni queue ni tête. » Plus grave, Sarah Pitkowski estime que cette décision pourrait être contre-productive : « Ce n'est pas un pari sensé Ca ne fera que renforcer les gens dans le sport qui pensent qu'on ne peut pas instaurer de mixité dans l’encadrement du sport. On va donner raison à ceux qui pensent que ce n'est pas possible. »

S.C. avec C.G.