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Open d'Australie: comment Monfils a retrouvé la lumière à 35 ans

S’il veut atteindre le troisième carré final d’un Grand Chelem de sa carrière, après Roland-Garros 2008 et l'US Open 2016, Gaël Monfils devra sortir un gros match mardi matin à l'Open d'Australie face à Matteo Berrettini, surnommé le marteau. Mais le Parisien, à 35 ans, n’a jamais semblé aussi sûr de ses forces.

Patrick Proisy, Yannick Noah, Nicolas Escudé, Arnaud Clément, Sébastien Grosjean, Jo-Wilfried Tsonga et Lucas Pouille connaissent l’odeur d’une demi-finale à Melbourne. A 35 ans, Gaël Monfils a conscience que l’opportunité ne se représentera pas de sitôt. Jusqu’alors, Melbourne ne lui a jamais réellement souri. Mais les planètes semblent alignées. On subodorait que le tirage au sort lui avait été favorable. L’expulsion du territoire australien de Novak Djokovic – actée par les juges suffisamment tard pour qu’on ne retouche pas au tableau - a officialisé ce statut. Mais le Parisien y a mis la manière en remportant ses quatre matchs sans lâcher le moindre set.

D’habitude, Monfils vagabondait en route. Mais la rigueur autrichienne imprimée par son coach Gunter Bresnik – absent en Australie mais qui bénéficie d’un excellent relais avec son adjoint – lui a fait comprendre plusieurs aspects essentiels du jeu. Gaël Monfils ne se contente plus de cavaler. Désormais, il lâche le bras pour faire mal.

Des hauts et des bas

Ce parcours immaculé a amené en conférence de presse la brûlante question: a-t-il déjà aussi bien joué ? Le Parisien s’est presque offusqué: "Quand même les gars, il y a un autre Grand Chelem où je jouais bien, c’était l'US Open 2014. J'avais perdu contre Roger (Federer) en ayant eu deux balles de match..." Lors du fameux Majeur qui avait consacré un non-membre du Big 3, en l’occurrence Marin Cilic.

Derrière, "Monfe" avait signé un autre Flushing intéressant en 2016, où Novak Djokovic l’avait puni en demi-finale. La manière dont le Français s’était trompé sur le plan tactique avait interpellé les observateurs. La suite a été sans saveur. Il manque la finale de la Coupe Davis 2017. Il revit lors d'un mois de février 2020 fabuleux avec deux titres (Montpellier et Rotterdam) et dispute un match d’anthologie à Dubaï face à Novak Djokovic. Le Serbe s’en sort par un trou de souris mais "Monfe" est sur une formidable vague. Hélas, le Covid-19 vient tout gâcher…

Berrettini, un sacré morceau

Fin 2020, il prend une décision lourde de sens: il embauche Gunter Bresnik, l’ancien coach de Dominik Thiem, réputé intransigeant. Le technicien autrichien veut modifier plusieurs aspects mais le résultat est catastrophique à l’Open d’Australie, où il tombe d’entrée face au Finlandais Emil Ruusuovuori. En conférence de presse, il fond même en larmes. La déprime n’est pas loin. Il mettra des mois à émerger. Son mariage avec Elina Svitolina constitue son seul rayon de soleil. Un deuxième mariage professionnel survient avec Décathlon qui lui confectionne une raquette. L’annonce est révélée fin décembre et lors du premier tournoi, à Adelaïde, le Français soulève son onzième titre. Le "Happy Slam" australien  s’annonçait radieux. C’est le cas pour l’instant.

Reste à franchir l’obstacle Matteo Berrettini. En quart de finale de l’US Open 2019, le Parisien n’avait pas assumé son statut de favori face à l’Italien, "seulement" 25e mondial. Le tie-break du cinquième set avait mis en lumière sa fragilité dans les moments clés. L’heure de la revanche a peut-être sonné même si "Monfe" n’a que des compliments pour Berrettini, aujourd’hui 7e mondial. "Depuis deux ans, il est bien ancré dans le Top 10, dit-il. C’est un des meilleurs serveurs du circuit. Il a un jeu très flashy. Beaucoup de points gagnants, un énorme coup droit. Il se déplace de mieux en mieux. Il fait beaucoup de choses. C'est quelqu'un qui te bouscule vraiment. Je m’attends à une grosse grosse bataille. J'ai pleinement ma chance et je vais essayer d'aller en demies pour la première fois ici." La Rod Laver Arena est prête pour un match qui s’annonce spectaculaire.

Eric Salliot