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Roland-Garros : ce qui a changé chez Tsonga

Qualifié après avoir fait tomber les n°4 et 5 mondiaux, Jo-Wilfried Tsonga disputera vendredi face à Stan Wawrinka la deuxième demi-finale de Roland-Garros de sa carrière. Mais le Français semble transformé, bien loin du joueur qui avait été humilié par David Ferrer au même stade il y a deux ans.

Il y a quelque chose de changé chez Jo-Wilfried Tsonga. Physiquement au top, le Français s’appuie depuis le début du tournoi sur un « mental d’acier » comme il le disait lui-même après sa victoire contre Tomas Berdych. Vainqueur de Kei Nishikori en cinq sets après avoir mené deux sets à rien, dans un match interrompu pour cause d’incident, c’est une nouvelle fois grâce à son mental qu’il doit la deuxième demi-finale de Roland-Garros de sa carrière. Face à Stan Wawrinka vendredi, le Manceau devrait avoir dans un coin de la tête l’humiliation reçue face à David Ferrer en 2013, au même stade du tournoi. Mais arrivera avec de nouvelles certitudes.

Physiquement très affuté

La transformation est impressionnante : en quelques mois, Tsonga s’est affuté, a retrouvé en carrure et en puissance, lui permettant de catapulter son service et son coup droit. « Je me dis que quand tout va bien, il est vraiment capable de battre Wawrinka, estime Patrice Hagelauer, ancien DTN du tennis français. Je vois vraiment la puissance de son service, il sert particulièrement bien. Quand il a fallu faire la différence face à Nishikori dans le cinquième set, son service était là, son coup droit était là. Je suis aussi impressionné par son jeu de jambes : je trouve qu’il bouge très très bien. Il a fait un gros travail avec son équipe, ça se sent, il est très affuté, vraiment très bien physiquement. »

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- © AFP

Un « mental d’acier »

Le regard rageur, le doigt sur la tempe, il le crie lui-même après son 8e de finale face à Berdych : « j’ai un mental d’acier ». C’est sans doute dans ce domaine que le Manceau a le plus progressé cette année, aidé de ses entraineurs Thierry Ascione et Nicolas Escudé. Jean Gachassin se dit impressionné par cette rage de vaincre : « Sa force c’est cette confiance en lui : il était serein dans son match. Actuellement il y croit, il n’a rien à perdre. »

Mais si on lui connaissait cette rage de vaincre, il lui manquait sa capacité à rester zen, malgré les tourments : « C’est une évolution de Jo : toutes ses expériences passées l’amènent à être mieux dans sa tête », résume Patrice Hagelauer. « C’est sa volonté à lui d’essayer d’aborder différemment la gestion de ses émotions, confirme Eric Winogradsky, son ancien coach. Tsonga a toujours été une personne qui communique sur le terrain avec ceux qui sont venus le voir et avec lui-même. L’idée, c’est de se recentrer sur des choses positives et peut-être un peu moins par moment. Je pense que tous les joueurs sont sujets à ce genre de réaction. L’idée c’est d’arriver à mieux canaliser ses émotions de façon à être encore meilleur, surtout dans les moments importants. » Comme dans ce cinquième set tout en maitrise face à Nishikori, malgré sept balles de break ratées.

Deux armes de feu

Le plus frappant, au sens propre, c’est que Tsonga a retrouvé ses armes : son service surpuissant et son coup droit catapulté. « Mardi face à Nishikori, il a servi au-delà de 210 km/h, malgré le vent, rappelle Patrice Hagelauer. Il a ce coup droit dévastateur : quand il est bien sur ses jambes, il arrive à tourner son revers pour frapper très fort en coup droit pour trouver des angles absolument impossibles. Ces atouts-là en font un joueur qui, s’il n’avait pas eu ces blessures, aurait dû se situer aux alentours de la cinquième place. »

De l’expérience à revendre

Depuis sa finale surprise à l’Open d’Australie en 2008 et sa demi-finale expéditive face à David Ferrer à Roland-Garros en 2013, Tsonga a fait du chemin. Son expérience lui permet d’aborder ces grands rendez-vous différemment : « Il est arrivé à ce stade en 2008 sans comprendre ce qu’il se passait, rappelle Patrice Hagelauer. Ensuite, il a réalisé petit à petit ce qu’il se passait et malheureusement, il a été gêné par tous ces pépins physiques. » Aujourd’hui épargné par ces soucis physiques récurrents, Tsonga fait sa route à l’abri de la pression, comme le précise Arnaud Di Pasquale : « Aujourd’hui il est beaucoup moins attendu, il s’est planqué derrière finalement l’effet Monfils et finalement lui il a tracé sa route tranquillement. Ce n’était pas le numéro 1 français dans l’esprit des gens mais si on regarde, c’est quand même lui qui a les meilleurs résultats en Grand Chelem ces dernières années et de loin. »

A.Bo avec N.J et R.M